C’est notre immense coup de cœur de 2015. Sorti sur l’excellent label Mello Music Group, « Breakfast at Banksy’s » est le premier album du groupe Semi Hendrix, duo composé de Ras Kass et Jack Splash. Le premier est une légende et un monstre de l’underground made in L.A depuis les années 90. Le deuxième, en plus de son groupe psyché-funky Plantlife a produit la plupart du milieu hip hop ou R’n’B (Cee-Lo, Alicia Keys, Kendrick Lamar). Un projet incroyablement authentique pour un vrai retour aux sources du pur hip hop, qui prend des allures soul, funk, blaxploitation ou psyché.

Entre deux séances studios, nous avons pu (longuement) discuter avec le grand Splash, aussi affable qu’enthousiaste quand il s’agit de parler de Semi Hendrix et de son amour du hip hop.

 

L’INTERVIEW


Une telle collaboration amène forcément la première question : comment s’est passée la rencontre ?

Jack Splash : Je suis de Los Angeles, c’est là que j’ai grandi, et même si je vis à Miami, je retourne souvent voir ma famille, mes amis, et surtout je reviens pour travailler. C’est dans un restaurant brésilien à côté du studio que j’ai aperçu Ras. J’étais très impressionné car c’est une star locale et une légende underground dans les cercles du hip hop. J’ai vaincu ma timidité et j’ai décidé d’aller lui parler. Il m’a demandé mon nom et était ébahi quand je lui ai donné. Il adorait mon travail et a tout de suite émis le souhait de bosser avec moi. Je lui ai tout de suite exposé le projet : du pur « classic hip hop ». Il n’en fallait pas plus.

 

« Le but était de faire la musique qu’on aime et de lui rendre ce qu’elle nous a offert. »

 

Pour un MC aussi chevronné que Ras Kaas, est-ce que ce fut difficile pour lui de ne travailler qu’avec un seul producteur sur un même projet ?

JS : Pas du tout. Il s’est tout de suite rendu compte que j’avais un solide background hip hop et ça l’a beaucoup rassuré. Mon discours a été simple dès le premier jour : on s’en fout de faire un disque à succès ou de se présenter comme une grosse production. Le but était de faire la musique qu’on aime et de lui rendre un peu de ce qu’elle nous a offert, voilà l’idée.

Vous êtes connus (et reconnus) pour être très méticuleux sur votre image et les détails de vos projets. J’imagine que le choix du nom du groupe a été difficile ?

JS : Choisir un nom était quelque chose de très important pour nous car nous sommes très protecteurs en ce qui concerne notre image est ce que nous projetons au public. Le premier nom que nous avions trouvé c’était « Oxymoron » et tu peux me croire, nous étions vraiment contents de ce nom, à tel point que le mot se retrouvait dans plusieurs titres de l’album ! J’étais en studio au même moment à travailler sur le disque de Kendrick Lamar qui me dit « mec, Oxymoron est le nom du nouvel album de Schoolboy Q ! ». J’ai appelé Ras pour lui dire et nous étions totalement dégoutés.

 

« Le premier nom du groupe était Oxymoron. Kendrick Lamar m’a dit que c’était déjà le nom de l’album de Schoolboy Q. Nous étions dégoutés. »

 

Du coup ça a dû être difficile de rebondir…

JS : Ça nous a vraiment contrarié, pour être honnête on a mis un gros mois à s’en remettre, tout nous paraissait tellement parfait… Mais nous nous sommes remis à la recherche du nom parfait. Si je devais faire la liste de toutes les conneries qu’on a pu trouver, il y aurait de quoi faire rire le monde entier. Finalement c’est Ras qui a trouvé « Semi Hendrix » et c’est le meilleur nom dont nous puissions rêver, et de loin. Jimi Hendrix se réclamait du rock mais en y amenant l’héritage du blues. C’est ce que nous souhaitons faire : du pur hip hop en y mêlant l’héritage de tout ce qui a amené cette musique là où elle est aujourd’hui.

Quand vous parlez de ce mélange d’héritages, est-ce que ça revient à dire que Semi Hendrix est la version moderne du travail de producteurs comme Rick Rubin ?

JS : C’est amusant de faire ce parallèle car nous l’avons rencontré à de nombreuses reprises et qu’il voulait nous signer en tant qu’artistes sur des projets différents. Ce que je tente de faire comprendre au public, c’est que « Breakfast at Banksy’s » est une lettre d’amour au hip hop. Récemment j’ai entendu de très bonnes choses qui revenaient un petit peu à l’essence même du hip hop, c’est à dire une musique rebelle et sans aucune frontière. Pour nous il n’y avait aucune limite. Si nous voulions utiliser des instruments en live, les batteries en live, ou juste un sample, aucun problème.

 

« C’est ce que nous voulions faire avec ce disque : amener l’auditeur dans notre petit monde un peu barré. »

 

Ce qui marque c’est la diversité des morceaux, toutes ces ambiances différentes…

JS : Certains morceaux sonnent sale et d’autres sonnent incroyablement clean. Le hip hop est un sentiment qu’on ne peut pas définir. C’est un sentiment de plénitude. Ecoute « Sade », elle te mettra dans un état de bien être que personne ne pourra expliquer. Que ce soit les premiers Jay Z, Tupac, ou les prods originelles de Rick Rubin, il suffisait de s’asseoir et d’avoir ce même sentiment. Kendrick Lamar y est arrivé en 2015. C’est ce que nous voulions faire avec ce disque : amener l’auditeur dans notre petit monde un petit peu barré.

Est-ce qu’il y aura d’autres albums ? Et une tournée ? 

JS : Ras et moi nous aimons tant travailler ensemble qu’il y aura d’autres albums, c’est certain. Nous avons enregistré tellement de choses que ça devra certainement sortir un jour ! Pour ce qui est de la scène, nous avons d’abord à finir nos projets déjà commencés chacun de notre côté, pour trouver le temps d’avoir la meilleure formule. Kendrick a attendu plus de 6 mois avant de se lancer. Mais quand nous serons prêts, ce sera énorme !

 

 

L’album « Breakfast at Banksy’s » de Semi Hendrix est disponible sur le Bandcamp de Mello Music Group.

JACK SPLASH ET RAS KASS SONT SEMI HENDRIX

TRACKLISTING :

01. Intro
02. Breakfast At Banksy’s (feat. Coast Contra & 4Rax)
03. I.T.
04. Think About It (feat. Brothers Voodoo)
05. Sex Pistol (feat. CeeLo Green)
06. Loogies
07. Waterboarding Tinkerbell
08. Heartbreak (feat. Teedra Moses)
09. Stone Cold Hustler (feat. Raheem Devaughn)
10. Niggnorance
11. Don’t Hurt My Feelings
12. M.A.S.H. (feat. Kurupt)
13. Jehri Curl Juice
14. Jesus Pressed Mute
15. Trunk Rock (feat. Montego Meli)
16. Gotta Get A Grip (feat. Alice Russell & Wrekonize)
17. Semi Hendrix – #4081
18. Can’t Give Up Now (feat. Jessica)
19. Bukowski (feat. DJ Starstream of Sliknot & Russell Peters) [BONUS]

 

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