C’est en juillet dernier qu’on apprenait le grand retour de Birdy Nam Nam, groupe pionnier de la scratch music, qui est aujourd’hui un trio composé de Crazy B, Little Mike et DJ Need. Le cri de ralliement avait pour nom « Dance Or Die » et avait fait l’objet d’un teaser remarqué et aussi de l’annonce du début de la tournée « Hammer Heads Tour ». Tournée qui bat encore son plein et qui trouvera son apogée au Trianon à Paris le 12 février prochain.

En attendant, BNN continue à affirmer son come-back, 4 ans après « Defiant Order », avec la révélation des clips « Can’t Do Me » et « Dance Or Die » ainsi que le titre « Hammer Head ».

Le compte à rebours vers ce nouvel album, dont la sortie est imminente, sonne donc comme une renaissance. Pas celle de la recherche d’une gloire passée mais plutôt comme le début d’une nouvelle ère, celle d’un groupe qui a décidé de s’émanciper du système et de faire ce qu’il lui plait. Le trio nous en dit plus dans cette interview.

 

L’INTERVIEW

 

Mike, la particularité de ce nouvel album est que tu l’as entièrement produit alors que pour les précédents vous aviez fait appel à d’autres artistes. Il semblerait que ce soit la première fois que tu entreprends un tel travail. Stress ou excitation ?

Lil Mike : C’est une sacré responsabilité avant tout. Cela faisait déjà un moment que j’étais enfermé en studio pour me sentir capable techniquement de traduire ce qu’on avait envie d’exprimer. N’étant pas d’un naturel assez confiant, c’est en effet une grosse pression que je subis et que je fais subir aux autres quelques fois. C’est un grand challenge et je me donne à fond pour qu’on soit tous contents du résultat.

Sans parler du départ de Pone, la philosophie du groupe n’a pas changé même si vous êtes 3 désormais.

Crazy B : On prend cela comme une nouvelle aventure même si on est plus que trois et que Mike a produit le disque. Cela ne nous a pas empêché de continuer et de vouloir exprimer encore des choses.

LM : On a le sentiment de n’avoir pas été au bout de nos idées. Du coup, on expérimente encore en composant des chansons dans un format plus classique et en ayant des featurings.

C’est marrant car comme vous évoluez dans la scratch music, on vous a toujours jugé par la technique, plus que pour le fond, les messages ou l’émotion suscitée par votre musique.

CB : On a toujours voulu exprimer des choses, même sur notre premier album qui était essentiellement basé sur le scratch. Le scratch étant un moyen d’expression comme un autre. On ne faisait pas de la performance pour faire de la performance, on pensait musique avant tout. On s’est toujours considéré comme un groupe de musique et avec le temps, cela a évolué plus facilement. On ne s’est pas attaché qu’aux platines et on s’est ouvert aux moyens modernes pour exprimer nos émotions.

LM : Ceci dit, on s’est déjà fait cette réflexion entre nous concernant cette étiquette de scratchers. Pour moi, cela a sûrement crée une petite frustration qu’on a eu envie de dépasser en allant dans des sphères où les gens ne nous attendaient pas. Certains n’avaient peut être pas capter l’émotion exprimée jusque là mais sur cet album, ce sera beaucoup plus évident.

On ressent un sentiment de replis sur vous même en mode « do it yourself » non ?

LM : Il y a de ça oui. C’est aussi le fait de se prouver à nous même qu’on est capable de le faire. Qu’on veut montrer qu’on reste modernes et qu’on continue à être influencés par plein de choses. Le challenge est de représenter ce qu’on est vraiment. On a toujours eu le cul entre deux chaises, pour le monde hip hop on est un groupe électronique et vice et versa. Là l’idée est d’assumer pleinement toutes nos références.

 

« On a décidé d’assumer l’énergie qu’on dégage, entre électronique et hip hop, entre l’amour et la violence. Elle ne vient pas de Paris ni de banlieue, elle est de partout. »

 

Toujours dans ce mode « do it yourself », vous avez crée votre propre label Zipette Island.

CB : Notre démarche a été aussi d’être pour la première fois nos propres patrons. Le label s’inscrit dans la nouvelle énergie à trois que nous recherchions et le but était un peu de nous prendre en main. Parce qu’on était prêt pour ça et que notre histoire nous a amené naturellement à ça. Mais on continue à s’associer à des gens, on ne reste pas reclus sur nous même.

LM : On voulait que cette nouvelle énergie soit profitable avant tout à notre propre épanouissement et à notre propre structure. On ne voulait pas qu’elle soit profitable à ceux avec qui on avait travaillé et dont nos chemins se sont séparés à un moment ou un autre. Du coup, on doit et on a dû tout recréer, y compris le lien avec les gens qui ont voulu travaillé avec nous à une époque. On ne nous a jamais vraiment « accepté » pour ce qu’on était. On a donc décidé de s’accepter nous même et d’assumer l’énergie qu’on dégage qui est entre l’électronique et le hip hop, entre l’amour et la violence, elle ne vient pas de Paris ni de banlieue, elle est de partout.

BIRDY NAM NAM DE RETOUR, JAMAIS PARTIS

Quelque chose de plus universel donc.

LM : Juste nous même, sans prise de tête, sans arrogance, avec les certitudes sur ce qu’on a fait et sur ce qui est l’ADN du groupe. Et sur cet avant-gardisme dans l’éclectisme musical qui a été le notre depuis nos débuts et que beaucoup ont eu du mal a accepter. Aujourd’hui, on endosse tout ça, y compris le fait qu’on veuille délivrer une musique qui s’ouvre aux gens et pour laquelle on n’a pas besoin de doctorat pour la comprendre.

La catégorisation de groupe technique par les médias vous a quand même été bénéfique.

CB : Totalement. On ne le remet pas en question. Il est vrai que c’était l’accroche pour attirer l’attention. Cela a même été notre différence au début. Mais malgré les années et tout ce qu’on a fait derrière, les médias ont continué à nous cataloguer de la même manière et on a finit par en pâtir au dépend de la vraie nature de notre musique qui est basée sur l’émotion.

 

« La particularité de « Dance or Die », c’est sa luminosité… La lumière parce qu’on n’a pas envie de froncer les sourcils en permanence. »

 

Vous aviez tapé fort lors de l’annonce de votre retour avec la révélation du premier titre « Can’t Do Me ». Au vue des autres titres partagés par la suite, on se rend compte qu’il n’était pas représentatif de l’album. Pourquoi l’avoir choisi pour annoncer votre retour ? C’était le bon compromis pour garder la fan base électro et en même temps frapper avec un morceau punchy d’entrée ?

LM : On avait la sensation qu’il y avait dans ce morceau d’un peu de tous les albums. Le morceau est plutôt solaire et il ouvre une des portes de l’album qui en contient plusieurs. C’était aussi un des premiers titres qu’on avait produit pour le disque et on a voulu respecter la chronologie de production. La particularité de « Dance or Die » c’est sa luminosité. « Can’t Do Me » était un titre qui laissait entrevoir cette lumière.

Les précédents albums sonnaient plus dark notamment parce qu’ils correspondaient aux artistes qui les avaient produit. Si « Dance or Die » est plus solaire, c’est que vous êtes vous même dans la recherche de lumière ?

LM : On cherche la lumière dans le sens où on cherche à vivre et on cherche à se débarrasser de nos démons. On cherche à faire briller le groupe de milles feux si je peux me permettre de m’exprimer ainsi. La lumière parce qu’on n’a pas envie de froncer les sourcils en permanence. Et puis au delà de ça, on retrouve aussi un peu de nostalgie, un peu de féminité dans cet album qu’il n’y avait jamais eu auparavant.

En quoi il y a plus de féminité justement ? C’est plus mélodieux ?

LM : C’est féminin harmoniquement. Il y a aussi l’ajout de voix et qui plus est féminines.

CB : Il y a quand même quelques morceaux dark. Ce sont les influences qu’on a toujours défendu sauf qu’avant c’était hybride dans le morceau. Maintenant, chaque morceau est défini avec un style propre. On assume qu’un titre soit complètement funk et qu’un autre soit complètement techno.

Cette féminité ne donne t-elle pas plus de « groove » à l’album ?

CB : C’est le plus groove qu’on ait fait. Plus hip hop aussi puisqu’on a fait appel à des rappeurs. Ce n’est pas du hip hop de platines. Pour nous c’est nouveau car on a souvent dit que notre premier album était hip hop alors que pas du tout.

Après « Can’t Do Me », vous avez publié le clip de « Dance or Die » qui est plutôt dérangeant.

CB : A l’image de « Can’t Do Me », ce morceau est encore une autre facette de notre musique puisque c’est un morceau techno façon BNN avec tout de même du scratch pour garder un peu de notre ADN. Il est dansant mais fait un peu « 5 heures du mat » dans l’esprit. Mais ce n’est vraiment pas le plus solaire de l’album et on reconnaît qu’il est plutôt dérangeant avec ce personnage inquiétant. On n’a pas décidé de le rendre dérangeant pour qu’on en parle mais parce que son univers marche super bien avec le titre.

Parlons des featurings qui constituent la grande nouveauté de votre travail. Qui est présent sur l’album ?

LM : Il y aura Elephant qui a collaboré avec Major Lazer. Il y a aussi un rappeur qui s’appelle Broderick et qu’on a rencontré à Los Angeles.

CB : On a aussi fait appel à une chanteuse et amie qui s’appelle Lola. Elle est française mais vit aux États-Unis. Elle chante divinement bien façon RnB. Il y a aussi Dogg Master qui joue de la talkbox et avec qui on fait quelques dates en ce moment.

LM : Il y a bien sûr Mai Lan sur le morceau « Hammer Head » dont on est très fiers et qui est en téléchargement gratuit.

 

BIRDY NAM NAM DE RETOUR, JAMAIS PARTIS

 

Travailler avec des featurings vous a mis dans une nouvelle position. Celle d’être un peu au service de ces artistes ?

LM : C’est vrai que la voix était un nouvel instrument à incorporer dans notre travail. Un instrument qui prend une place plus forte que tous les autres. On s’est adaptés au featurings au même titre qu’ils se sont adaptés à nous. On a réussi à trouver une osmose.

CB : Ça partait avant tout de la musique qu’on faisait écouter aux invités. Les beats étaient déjà prêts et on a eu la chance qu’ils aient tout de suite plu aux artistes. On a eu aussi de belles surprises comme sur le titre « Hammer Head » sur lequel on n’avait pas imaginé de voix et quand Mai Lan l’a écouté, elle nous a proposé d’y poser des paroles et le résultat est bluffant. On a quand même laissé la place à la spontanéité et l’échange. C’est tout l’intérêt de travailler avec des chanteurs.

Vous avez débuté une tournée de plusieurs dates depuis septembre avec un point culminant au Trianon de Paris le mois prochain. Vous avez commencé à incorporer des nouveaux tracks dans votre set ?

CB : Sur les premiers concerts, on était un peu entre deux puisqu’on avait pas le temps de préparer le nouveau show. Mais on a commencé à intégrer 3 ou 4 titres et cela a super bien marché. La nouvelle mise en scène s’est mise en place progressivement et on est quasiment prêts.

L’album a été annoncé pour début 2016. On imagine aisément qu’il sortira avant février pour faire de la date du Trianon un belle release party. Est-ce qu’on est dans le vrai ?

LM : Presque. On aimerait bien que ça se passe ainsi. L’idée est que si l’album ne sort pas au moment du Trianon, il y aura déjà eu assez de matière. Il y a déjà les 3 morceaux et on ne se refuse pas d’en révéler d’autres.

 

« L’idée est que la totalité de l’album soit disponible en téléchargement gratuit. »

 

Lors de l’annonce du come-back, il était dit que vous alliez rentrer dans une ère de partage plus libre de votre musique. Ça veut dire quoi ?

LM : A l’image du morceau avec Mai Lan, l’idée est que la totalité de l’album soit disponible en téléchargement gratuit. Entre autre parce que plus personne, à commencer par nous, n’achète de musique, surtout les jeunes qui passent par Youtube et le streaming. On a l’impression que l’industrie du disque ne survit plus que sur ses bas de catalogue et grâce à des exceptions qui pètent les scores. Du coup, comme nous n’avons pas bénéficié des moyens nécessaires et à défaut de nous les procurer nous même, on a préféré tout gérer pour supprimer les intermédiaires et pour être en adéquation avec la manière dont on vit la musique, à savoir sans l’acheter. On pense que cela n’a plus d’intérêt de détenir de la musique.

CB : Cette démarche est aussi liée à notre histoire. On y arrive au bout de 12 ans. C’est notre réflexion personnelle. On est persuadé que c’est comme cela qu’on va consommer la musique dans le futur. Dans 5 ou 6 ans ce sera quelque chose d’évident.

Vos détracteurs diraient que vous êtes aux abois pour faire ça.

CB : Pas du tout. Parce qu’on a mis beaucoup d’ambitions dans ce disque. On a engagé beaucoup de moyens, qui plus-est personnels, pour produire les morceaux et réaliser les vidéos qui sont de très bonne qualité. Si on était aux abois, on ferait un disque à la va-vite et on le balancerait négligemment sur Internet. Là on a mis nos tripes et les moyens que les labels ne voulaient pas nous donner pour réaliser « Dance or Die ».

A l’heure où l’on se parle, le concert du Trianon est complet.

LM : Oui ça va être une belle fête. Mais comme je te l’ai dis tout à l’heure, BNN n’est pas parisien. Les gens peuvent encore nous voir sur scène à Nancy et à Lille, puis dans plusieurs festivals dans toute la France. Pour Paris, on voit si on peut revenir ultérieurement.

CB : On sera aussi au SXSW en mars. Ça changera de la première fois (ndlr : 2006) où c’était assez roots.

BIRDY NAM NAM DE RETOUR, JAMAIS PARTIS

 

Merci BNN pour votre franchise. On est content que vous soyez de retour.

LM : Merci. On est aussi content d’être de retour même si on est jamais partis !

 

BIRDY NAM NAM DE RETOUR, JAMAIS PARTIS

 

 

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