Bon d’accord, avec son nouvel album « Céleste » sorti en début de semaine, Hippocampe Fou a un peu flingué son blaze de Syngnathidae. Peu importe, le rappeur n’a pas pour autant perdu de sa gouaille qui avait fait des émules avec son premier album « Aquatrip » en 2013, et même avant si on remonte à ses premiers faits d’armes remarqués dès 2010 (les « Vidéos Rap » ou l’EP « Vaccin Contre l’Automne »).

On le retrouve donc muni d’une échelle pour gravir les cieux et décrocher les étoiles (on a toujours rêvé de sortir une formule comme celle-ci). Des formules poétiques, un humour certain, de l’auto-dérision et une multitude d’instrumentations bien choisies procurent une écoute agréable pour ceux qui ne se prennent pas au sérieux. Nous sommes de ceux-là mais on a posé quelques questions à l’intéressé pour nous en convaincre définitivement.

 

L’INTERVIEW

 

Des profondeurs de l’océan aux nuages du ciel, c’est quoi le gap entre les 2 albums niveau inspiration ?

C’est plus dans la construction des morceaux, dans l’écriture des textes et dans la manière de rapper aussi. Dans « Aquatrip », il y avait quelque chose d’assez calme dans le coté aquatique même si on sait que les flots peuvent être agités. On partait dans plein d’énergies différentes. Dans « Céleste », l’objectif était d’avoir cette idée d’ascension et de progression avec un premier morceau qui a les pieds sur terre qui met en scène ce personnage, moi en l’occurrence avec des traits exagérés, qui regarde les étoiles et qui se demande ce qu’il y a dans cet univers céleste.

 

« L’idée est de se renouveler constamment et d’avoir un petit temps d’avance sur l’auditeur. »

 

On remarque en effet que les 3 premiers morceaux sont moins « dégantés » et installent une sorte de pesanteur. Ça ne part pas tout de suite dans le délire. D’aucun diront que c’est « l’album de la maturité » (rires).

« Obélix » est déjà plus fâché mais c’est effectivement dans l’intention. C’est juste une question de progression dans la vie. Je grandis, je vieillis, j’expérimente de plus en plus de choses. Mon point de vue change et il faut que j’adapte mon écriture et mon univers musical. C’est bien de se mettre à jour à chaque projet car si tu restes sur ce qui a fait ta « notoriété » au départ, les gens vont se lasser. L’idée est de se renouveler constamment, de surprendre et de garder un petit temps d’avance sur l’auditeur.

Quand j’ai annoncé en fin d’année dernière que le rap aquatique était en pleine évolution, les gens se sont posés des questions. Maintenant ils ont bien compris que ce rap était devenu céleste et que l’eau de mer s’est évaporé pour former les nuages. Et c’est normal que certaines personnes continuent à être dans le délire « Aquatrip ».

Cela prouve que tu avais réussi à installer l’univers de « Aquatrip » dans la mémoire collective.

Oui ça fait plaisir. L’idée maintenant est que dans cette évolution, chacun progresse à son rythme. Ceux qui découvrent mon travail aujourd’hui s’intéressent aussi à mon parcours en découvrant mes « Vidéos Rap » de l’époque comme le Lama et ainsi reconstituer un puzzle jusqu’à « Céleste ». Je ne dis pas qu’il faille se taper toute la discographie d’un artiste mais ça peut être intéressant de se repérer dans le temps. Et C’est vrai que c’est comme ça qu’on consomme les vidéos sur Youtube : on passe d’une vidéo à une autre pour découvrir l’œuvre d’un artiste.

 

Tu as mentionné tes « Vidéos Rap » en 2010. Finalement, tu es un des premiers Youtubeurs du rap.

C’est pas faux (rires). Quand on a crée le concept avec mon pote Lolo (NDLR : Laurent Mizrahi), on s’est inspiré de Flight To The Conchords, une série Néo-Zélandaise d’un duo d’humoristes qui étaient aussi musiciens. Il y avait aussi John La Joie que je trouvais super bon. Ce sont des gens qui me plaisaient car ils étaient à la fois très forts musicalement et très drôles en même temps. Ils arrivaient à faire des trucs complètement « what the fuck ».

Il y a un coté chansonnier comme une de tes grandes influences qu’est Boby Lapointe.

Je me suis rendu compte que j’étais dans un truc un peu technique avec du débit et des saccades dans le flow qui n’aboutissent pas systématiquement par une rime en fin de mesure. C’est un peu plus difficile pour les gens qui kiffent mon son mais ils ne retiennent pas facilement mes paroles. J’avais envie qu’ils puissent chanter mes refrains même si j’avais commencé à le faire dans mon EP « Vaccin Contre l’Automne ». Par exemple « nu dans ta douche j’éternue dans ta bouche » marchait super bien mais c’était super con. Il fallait que j’essaye de faire des refrains qui synthétisent l’essence du morceau et qui puissent être repris aussi pour leur sens.

Et là je suis assez satisfait des retours sur « Presque Rien » avec Gaël Faye parce que pour moi c’est un hymne au bonheur simple. Je me suis toujours amusé à lister les choses que j’aimais dans la vie : voyager, baiser et être foncedé. Bien sûr je l’exprime d’une manière plus poétique.

On connait ta relation avec le cinéma (rappelons que tu as fait des études de cinématographie). Dans ta bio, tu cites tes influences comme Kubrik, Miyasaki, Haneke, Bilge Ceylan ou encore Von Trier. Mais tu mets sur la même ligne des Plympton et des South Park. Tu as l’air d’aimé la confusion des genres et le « tout et son contraire » ?

C’est tout simplement parce que j’aime tout ça. Mon cerveau est un patchwork de plein d’influences comme beaucoup de gens. Ça a l’air d’être le bordel mais curieusement je suis très ordonné au quotidien. Ma maison est clean, mes affaires sont rangés, je classe mes documents etc.

Pour revenir à mes influences, j’ai toujours pris les inspirations comme elles venaient, que ce soit une tragédie ou des moments loufoques qui nous arrivent. C’est juste mettre au même niveau des émotions que procurent aussi bien la déstructuration d’un Plympton que l’irrévérence de South Park ou les plans contemplatifs de Bilge Ceylan. J’intègre toutes les émotions que cela me procure en même temps. Dans ma musique j’aime bien passer d’une ambiance à une autre selon mes humeurs. C’est comme si après avoir regardé un film d’Haneke, tu avais envie de rigoler en te matant un South Park.

C’est pour ça que tu utilises plusieurs instrumentations que ce soit des beats 90s, du grime ou de la trap music ?

C’est une question de coup de cœur pour les instrus. En fait ça va très vite dans mes choix. Je fonctionne un peu dans l’instantanée. C’est rare que j’aime un beat qu’on m’envoie au bout de plusieurs écoutes. Soit j’aime tout de suite, soit je ne l’utilise pas. Il m’arrive aussi de faire des maquettes qui ne marchent pas à l’arrivée.

Pour la petite histoire, j’avais écrit le morceau « Obélix » pour « Aquatrip ». Je me suis rendu compte que ni l’instru ni le thème ne convenaient à l’univers du disque. Je le trouvait trop violent et je l’ai mis de coté. Et quand on a commencé à travailler sur certains titres de « Céleste » avec Blanka (NDLR : La Fine Équipe), je lui ai dit que je voulais mettre le texte de « Obelix » sur du grime à la Lady Leshurr et à la Wiley. Ici, contrairement à d’habitude, c’est une commande que j’ai fait à Blanka comme je l’ai fait avec Stany Kibulu pour « Presque Rien ».

En parlant de Blanka, comment ça s’est passé ?

Blanka a produit les 3 premiers titres de l’album. Pour le reste, il a fait un travail d’arrangement et de réalisation globale. En fait il a tout fait (rires). Il m’a aussi dirigé comme un vrai réalisateur en me donnant des conseils sur mes choix d’interprétation.

Faire appel à un réalisateur, c’est quelque chose de nouveau pour toi ?

Oui même si je le faisais d’une manière ponctuelle auparavant. Avant je passais mes sons à gauche à droite et j’attendais les retours. Je me retrouvais souvent avec des avis contraires qui me perturbaient dans mes choix. Faire appel à Blanka, en qui j’ai confiance, a été bénéfique dans une cohésion globale du disque. De plus, il est musicien et surtout passionné de musique. Même s’il écoute du rap, ce n’est pas son univers de prédilection. Du coup, il n’a pas cette déformation qu’on les mecs qui sont trop dans le rap, à savoir cette fâcheuse tendance à mettre la voix trop en avant. Blanka a bien équilibré le tout en produisant des sons agréables et planants à l’écoute comme le demandait l’univers de « Céleste ».

Tu le connaissais avant où est-ce que votre collaboration a débuté à l’occasion de votre rencontre sur le projet « Fines Bouches » (en duo avec Guts) ?

Des « Fines Bouches » exactement. Il m’a contacté un matin pour me proposer de figurer sur le projet. Il m’a dit qu’il avait fait une instru et qu’il me voyait bien rapper dessus. C’est ultra rare que quelqu’un me contacte avec autant de confiance et de détermination. J’ai tout de suite kiffé le son et j’ai mis 3 jours à pondre un texte. J’ai commencé à écrire dans un parc et j’ai trouvé le thème de la kermesse en regardant ce qui se passait autour de moi et en pensant à ma fille. Je me suis dit qu’il y avait trop de choses à dire sur les kermesses.

Et c’est au moment où je recherchais un réal pour mon album que j’ai pensé à plusieurs personnes. Et le nom de Blanka a finit par s’imposer tout naturellement. Et en plus, avec son studio Kasablanka, il pouvait tout faire : la réalisation, le mix et le mastering. C’était l’homme parfait.

Qui on retrouve d’autre au niveau prods ?

On retrouve mon DJ sur scène Aociz qui a produit, avec Blanka, le titre « Si j’étais ». Un beatmaker américain qui s’appelle Central Parks sur « Pubis Ennemi » et « Arbuste Généalogique ». On a déjà parlé de Stany sur « Presque Rien ». Bien sûr mon acolyte Céo est venu bosser sur « La Grande Évasion » et « Chasse Aux Sorcières », ce qui est plutôt surprenant de sa part car il n’a pas l’habitude de produire ce genre de morceaux. De temps en temps, il fait des prods qui sortent de son ordinaire et c’est là que je les récupère. Et pour finir, on a DEFLon qui s’est occupé du titre « Dream » avec en featuring The Procussions.

 

« Je construis mes albums un peu à la manière du Zapping de Canal+. »

 

Y’a quand même du monde…

Oui c’est pour cela que je suis allé voir Blanka pour qu’il m’organise tout ça pour coller à l’histoire de l’album. Il m’a aidé pour que tout soit fluide et pas trop violent dans les transitions. Ça doit s’apparenter au travail de montage pour avoir une cohérence dans la diversité. Je construis un album à la manière du Zapping sur Canal+. J’aime cette espèce de diversité de points de vue qui laisse aux téléspectateurs leur propre interprétation. Même si l’ordre de diffusion des images est faite pour accentuer un message. En tout cas, il y a un vrai discours crée par le montage. Dans mes albums, il se peut que je place un titre entre deux pour faciliter les transitions.

À part tes acolytes que sont Céo et Aociz, quel est ton process pour choisir tes guests ? Une véritable envie de travailler avec eux ou les opportunités qui se présentent ? Parce que malgré tout, il faut qu’ils collent à ton univers.

J’ai toujours marché aux coups de cœur. Par exemple, je connais bien Fonky Flav de 1995. Quand le groupe a explosé, je n’ai pas cherché à le contacter pour faire un truc ensemble. Il faut vraiment que quelqu’un me gifle textuellement. De plus, je ne veux pas mettre sur le morceau 2 artistes avec la même vibe ou le même discours. Le morceau doit être riche par la diversité et la complémentarité des intervenants. Et c’est ce que j’ai trouvé chez The Procussions et Gaël Faye.

 

« Je dis souvent que mon père est mon Jésus à moi. »

 

Dernière question : on a remarqué que tu faisais beaucoup allusion à ton père qui est un musicien colombien et qui apparait sur le refrain de « Las Estrellas ». Y’a une raison particulière à cela ?

En fait c’est lui qui m’a mit sur la voie musicale. L’inviter sur l’album était une sorte de remerciement. J’en étais très fier. Je ne l’avais pas fait pour le premier album car on était dans un délire enfantin et inviter mon père n’aurait eu aucun sens. Sur « Aquatrip », je n’avais pas envie de me livrer mise à part le dernier morceau où j’évoquais l’enterrement de ma grand mère. « Céleste » est plus personnel avec des situations auxquelles tout le monde peut s’identifier. Avec mon père, il y a eu une petite période un peu froide. J’en avais d’ailleurs fait un petit documentaire qu’en j’étais à la FAC.

En fait, je dis souvent que mon père est mon Jésus à moi. En tant qu’artiste, j’ai une espèce d’admiration pour lui car il a toujours vécu de la musique même s’il n’a pas eu un succès incroyable. C’était assez honorable qu’il ait tout fait pour rester artiste malgré les difficultés que cela génère notamment dans sa vie de couple avec ma mère qui devait assumer certaines choses toute seule. « Arbuste Généalogique » parle de ça. Mon père est une sorte de grand enfant atteint du syndrome de Peter Pan. Il peut parler de choses très sérieuses (il fait régulièrement des conférences sur la musique latino – américaine) mais est en même temps un grand gamin. Pour moi c’est un peu l’exemple à suivre. C’est à dire que je me reconnais beaucoup en lui.

Un grand merci pour t’être livré à nouveau dans cette interview.

De rien. Je vous dois combien docteur ?

 

L’album « Céleste » (62TV Records) est disponible depuis le 28 septembre sur le site de Hippocampe Fou

 

L’HIPPOCAMPE (FOU) PREND DE LA HAUTEUR AVEC CÉLESTE

TRACKLIST :

01. Las Estrellas
02. Mes Échecs
03. Obélix
04. Si J’étais
05. Pubis Ennemi
06. Presque Rien (feat. Gaël Faye)
07. La Grande Évasion (feat. Céo)
08. Dream (feat. The Procussions)
09. Chasse aux Sorcières
10. Chorale des Orphelins à la Langue Coupées
11. Arbuste Généalogique

 

MISE A JOUR DU 09/01/16 :

Le concert du 12 février au Pan Piper est complet. Une date supplémentaire à Paris est prévue le 7 octobre à La Cigale.

Sinon, le rappeur a d’autres dates :

– 26/02 au Brainans de Moulin de Brainans
– 04/03 au Grand Mix de Tourcoing
– 12/03 à l’Empreinte de Savigny Le Temple
– 16/03 : à l’Antre 2 de Lille
– 17/03 au Chat Noir Carouge de Genève
– 18/03 au Café La Pêche de Montreuil
– 02/04 au Festival Les Enchanteurs de Noyelles Sous Lens
– 03/04 au Rack’am de Brétigny Sur Orge
– 15/04 aux Couleurs Urbaines de Toulon
– 07/05 à la Bifurk de Grenoble
– 13/05 au Tremplin Solidaris de Mons
– 14/05 à L’Usine à Chapeaux de Rambouillet
– 02/06 au Aucard de Tours de Tours
– 18/06 au Centre Jean Paulhan de Nîmes
– 02/07 au Tap’ des Yeps à Saint Germain de Confolens
– 05/08 au Festiv’Allier de Langogne
– 12/08 au Festival Musicalarue de Luxey
– 07/10 à La Cigale de Paris (Digitick  –  Fnac)

 

 

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