Dam Funk est l’une des figures de proue de Stones Throw Records. Le seul en tout cas qui défend l’héritage funk ou « modern funk » comme il l’appelle lui même au sein du label Californien. Alors personne ne va bouder son plaisir en découvrant son nouvel album « Invite The Light » qui est dans les bacs depuis le 4 septembre. Un album solo qu’on attendait depuis un moment même s’il avait réalisé « 7 Days of Funk » avec Snoop Dogg il y a 2 ans.

C’est avec le même plaisir qu’on a croisé à nouveau son chemin et saisi l’occasion pour lui poser quelques questions à propose du disque et de ses autres actualités.

 

L’INTERVIEW

 

Il semblerait que « Invite The Light » soit le premier album entièrement réalisé par tes soins. Peux-tu nous expliquer en quoi ?

C’était le cas pour mon tout premier EP mais jamais pour un LP. J’ai réalisé cet album du début jusqu’à la fin. C’est ma vision, mon voyage. Il a commencé à voir le jour en 2012 et je l’ai achevé cette année. Je reconnais que cela a pris du temps.

Excepté « 7 Days of Funk » en duo avec Snoop Dogg, « Invite The Light » est ton premier album solo depuis 2010 depuis « Adolescent Funk ». Tu as retrouvé des sensations oubliées en travaillant de nouveau seul ?

C’est une super sensation de composer et de produire seul. C’est assez différent de ce que j’ai l’habitude de faire. Les collaborations sont faites de rencontres humaines, c’est essentiel. Cet album m’a permis d’étendre ma palette artistique et humaine. J’ai pu explorer de nouveaux styles et ainsi atteindre un autre niveau.

D’ailleurs c’était comment la collaboration avec Snoop Dogg ? Le travail s’est fait à 50/50 ?

Avec Snoop c’est toujours spécial mais la collaboration s’est vraiment faite à 50/50. Lui s’est occupé de l’écriture et moi de la musique. On a une connexion organique tous les deux. C’est naturel, ça se fait comme ça, sans calcul comme pour un business de label par exemple. C’est comme cela que je souhaite travailler en général.

 

« Ce n’est pas un disque égocentrique car il prône l’ouverture comme son nom l’indique. »

 

Il est dit que « Invite The light » raconte ton parcours de ces 6 dernières années. Ça nous ramène à l’époque de ton premier album « Toeachizom » chez Stones Throw en 2009. Ce label est vraiment ton point de départ ?

Même si j’avais fait des prods avant, Stones Throw reste la base. Il est vrai que « Invite The Light » reflète ces années passées mais il est aussi et surtout le reflet de nos propres vies, ce qu’on a vécu et ce qu’on a appris. Ce n’est pas un disque égocentrique car il prône l’ouverture comme son nom l’indique. Il laisse entrer la lumière pour inspirer les gens d’une manière positive. Le funk que j’utilise n’est pas le funk samplé tourné vers le passé mais il est tourné vers l’extérieur.

L’album a beau être tourné vers l’extérieur, il n’en est pas moins autobiographique ?

Je dirais plutôt que c’est mon album le plus personnel. C’est une sorte de demi bio.

 

« Je n’affirme pas comme les autres que j’essaye d’explorer d’autres styles pour attirer du monde. »

 

Tu appelles ta musique le « modern funk ». Expliques nous ça.

C’est vrai que j’utilise le terme « modern funk » pour décrire la musique que je fais. Depuis 20, 30, 40 ans, la funk a été samplée avec le goût du passé. J’essaye de donner une certaine fraîcheur à cette musique. Quand je fais du funk, j’y vais à fond. J’y trouve une certaine pureté. C’est mon style. Je n’affirme pas comme les autres que j’essaye d’explorer d’autres styles pour attirer un maximum de monde. Je suis un funkster c’est tout. Je ne vais pas chercher à me noyer dans des styles qui ne me ressemblent pas. Je représente les Mtume, Rick James, One Way, le P-Funk etc. J’essaye de faire vivre leur héritage. Il faut défendre ce à quoi on tient. Moi c’est le funk !

Lorsque tu avais révélé le premier titre « We Continue », quelle furent les premières réactions de tes fans ?

J’étais très content des retours pour ce titre. Je ne suis pas une star et je ne passe pas sur les radios commerciales. Je suis en dehors de ce circuit. Ce premier morceau était le meilleur pour introduire l’album notamment pour l’aspect positif qui est véhiculé dans « Invite The Light ». D’ailleurs les premiers retours sur l’album sont tout aussi bons. J’en suis ravi.

 

Tu as invité sur le disque Leon Silvers III qui est ton mentor. C’était important pour toi de le faire figurer sur l’album ?

C’était essentiel qu’il soit sur le disque. C’est lui qui m’a mis dans le monde de la musique professionnelle. Il m’a donné du boulot en premier et m’a éclairé dans l’industrie musicale. Son fils apparait aussi sur « Invite The Light ».

Tu as commencé une tournée aux États-Unis. Il ressemble à quoi ton show ?

Mon live est complètement nouveau. Nous sommes en trio sur scène. On a déjà eu l’occasion de jouer à l’Electric Force Festival aux US ainsi qu’au Japon, en Asie et aussi en Australie.

DAM FUNK : INVITE THE LIGHT EST MON PROJET LE PLUS PERSONNEL
Photo by Blake Morneau

Tu prévois de passer en France ?

Oui je viendrai à Paris en octobre (NDLR : le 24 octobre à la Bellevilloise). La France a toujours été un des pays qui m’a le plus soutenu. C’est toujours un plaisir d’y revenir.

Tu organises une soirée aux États-Unis qui s’appelle « Funkmosphere ». Tu peux nous en parler ?

J’ai crée cette soirée en 2005. Elle offre au public une vraie soirée funk et boogie car Los Angeles est plutôt hip hop. Cela a aussi permis à des artistes de jouer ces styles de musique. On voulait une ambiance qui aille du boogie au hip hop en passant par le funk, le nu-disco ou la house. C’est l’occasion pour nous de jouer des raretés et inviter des collectionneurs de disques. « Funkmosphere » reflète la sphère du funk. Les gens sont à l’aise et détendus. Cela fait 10 ans que je l’organise et je suis ravi qu’elle continue.

Tu as fait une tournée avec Todd Rundgren au printemps dernier. Comment ça s’est passé ?

C’est un de mes héros autant comme musicien qu’instrumentiste. Il a contribué à de nombreux albums cultes. Il est de la trempe des Zappa, Roy Ayers et George Dyke qui sont des légendes mais qui n’ont jamais été les sensations du moment en leurs temps. Ils sont des inspirations. J’avais invité Todd à « Funkmosphere » et il avait adoré. Et l’idée de tourner ensemble avec moi en tant que DJ est venue toute seule. Il faut faire des efforts pour mériter le respect des personnes comme lui et apparemment c’est mon cas.

Pourtant, Rundgren est un pionnier du rock. Loin de ton funk…

Toutes les collaborations sont enrichissantes artistiquement et humainement.

 

« Avec Straight Outta Compton, le monde va être diverti par le film d’un groupe dont le nom contient le mot nègre… »

 

L’actualité concernant le hip hop californien est la sortie du film « Straight Outta Compton » ou l’histoire du groupe de rap NWA. Quel est ton impression sur toute cette actualité ?

NWA c’est fini ! C’est vrai qu’ils ont brisé des barrières mais ça correspond à une autre époque. Je reconnais qu’ils nous ont réveillé avec un message.
Maintenant que je suis plus âgé, je suis de moins en moins convaincu, notamment au niveau du nom « Niggaz Wit Attitudes » qui utilise un terme que je n’aime pas. On est la seule communauté dont le terme générique a un sens négatif. Le « N word » me choque vraiment. Ce qui me dérange par dessus tout c’est que des gens de ma communauté puisse encore m’interpeller avec le mot « nigga ». Et le monde va être diverti par le film d’un groupe dont le nom comprend le mot « nègre » ?! On vaut mieux que ça ! Personnellement, je n’utilise pas ce terme dans mes textes.
Maintenant, c’est un film que j’irai voir mais voilà ce que je pense. Je veux dire que chaque membre de la communauté noire ne pense pas de la même manière à l’instar de la communauté blanche. Moi je vais interpeller quelqu’un en lui disant « what’s up my brotha », c’est tout à fait autre chose. Vous imaginez Martin Luther King utiliser le mot « nigga » ? C’est très réducteur pour moi.

Si nos informations sont exactes, tu prévois de travailler sur un film en fin d’année. C’est vrai ?

Je ne peux pas répondre à cette question (rires).

Qu’est ce que tu peux nous dire alors ?

Je peux vous dire qu’après ma tournée, je retournerai aux US pour travailler sur des projets qui ont d’autres directions artistiques. Je vais aussi faire une collaboration pour faire de l’ambiant.

C’est déjà pas mal comme informations. Merci Dam Funk.

Merci à vous les gars. Peace.

 

L’album « Invite The Light » est disponible sur le site de Stones Throw

DAM FUNK : INVITE THE LIGHT EST MON PROJET LE PLUS PERSONNEL

Playlist :

01. Junie’s Transmission feat. Junie Morrison
02. We Continue
03. Somewhere, Someday
04. I’m Just Tryna Survive (In The Big City) feat. Q-Tip
05. Surveillance Escape
06. Floating On Air feat. Flea & Computer Jay
07. HowUGon’Fu*kAroundAndChooseABusta?
08. The Hunt & Murder of Lucifer
09. It Didn’t Have 2 End This Way
10. Missing U
11. Acting feat. Ariel Pink
12. O.B.E.
13. Glyde 2nite feat. Leon Silvers III & Leon Silvers IV
14. Just Ease Your Mind From All Negativity feat. Snoop Dogg & Joi
15. Virtuous Progression feat. JimiJames, Jane Jupiter, Nite Jewel, Novana Carmel & Jody Watley
16. Scatin’ (Toward The Light)
17. Junie »s Re-Transmission feat. Junie Morrison
18. I’m Just Tryana Survive (In The City) Party Version feat. Q-Tip
19. Kaint Let’ Em Change Me (bonus track)
20. The Acceptance (bonus track)

 

Dam Funk sera en concert le 24 octobre à la Bellevilloise à Paris. Réservations sur Digitick

 

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