Le live band de DJ Premier est né au Japon il y a environ 7 mois. On l’avait découvert grâce à la vidéo d’une session en studio avec ses musiciens. Immédiatement on avait tous jubilé à l’idée de voir le légendaire producteur et DJ de Gangstarr dans un format live pour la première fois. Lui que tout le monde admire et adore en tant que faiseur de sons pour lui et surtout pour les autres.

Quelques temps plus tard, la jubilation est devenue ivresse en apprenant sa venue en France (à Paris) pour une tournée du groupe dans le cadre du festival Jazz à la Villette. D’autant plus qu’il partageait l’affiche avec Jurassic 5. Alors ni une ni deux, on se prépare pour une soirée d’enfer et on fait la demande d’interview. Une fois la rencontre confirmée, l’ivresse devient extase puisque, même si nous avions eu l’occasion de croiser Preemo lors de ses derniers passages à Panam, on n’avait jamais eu l’occasion de discuter longuement avec lui, et plus particulièrement au sujet de ce nouveau projet.

 

L’INTERVIEW

 

Tu as enfin un groupe live à ton nom. Depuis quand tu travaillais sur ce projet ?

Avec le groupe on s’est rencontré en début d’année dernière à l’occasion de concerts pour Billboard au Japon. On avait passé quelques jours ensemble et on s’était aperçu qu’on y mettait beaucoup d’énergie tous ensemble. Je ne connaissais pas les gars à part mon bassiste avec qui je n’avais pourtant jamais joué. On s’est dit que ce serait cool de monter un groupe autour de moi. Et comme on était au Japon, on en a profité pour débuter le process pour voir ce que cela donnerait.

 

« C’est Taku qui m’a recommandé Mark Williams pour remplacer sur cette tournée mon tromboniste Cory King. »

 

En parlant de tes musiciens, présente les nous.

Il y a Brady Watt à la bass, Lenny « The Ox » Reece à la batterie, Takuya Kuroda à la trompette, qui tourne souvent avec Jose James, et sur cette tournée c’est Mark Williams qui remplace Cory King qui est mon tromboniste et clavier attitré. Cory n’était pas disponible car également en tournée. C’est Taku qui m’a conseillé de faire appel à Mark.

Avec le clip « Bpatter » on connaît enfin le nom du groupe qui est The Badder.

Oui, on a révélé le nom du groupe à l’occasion de la vidéo de notre premier titre. En fait, on a tourné dans le quartier de notre studio. C’est plus un jam qu’un titre avec des paroles. Le morceau s’appelle « BPatter ». J’insiste sur le « BPatter ». Il faut appuyer sur le « pop » du « Bpatter » (NDLR : le mec nous a fait répéter « Bpatter » 2 bonnes minutes pour obtenir la bonne prononciation !). Et le nom du groupe est donc The Badder comme « badder than bad » à la James Brown. Sur ce clip, pas de lyrics, vous ne me voyez que crier.

 

« Finalement les platines sont devenues mes instruments. »

 

Tu produis depuis tellement d’années. Est-ce qu’au moment de fonder The Badder c’était le parfait moment pour toi ? Tu te sentais prêt à monter un tel projet ?

Vous savez, quand j’étais gamin je jouais de la guitare à l’église avec ma sœur. Le père du rappeur Travis Scott (qui bosse avec Kanye West), un très bon ami à moi qui habitait près de chez moi au Texas, m’avait appris à jouer de la bass et de la batterie. Et puis le hip hop est arrivé. Tout le monde dans ma famille collectionnait les vinyles à l’époque. Je me suis donc mis à les scratcher. Finalement mes platines sont devenues mes instruments et je fais partie à part entière du groupe aujourd’hui même si je ne joue plus de la guitare ou de la bass. En fait, j’ai toujours été proche de l’aspect live avec mes platines. La création de The Badder est juste une opportunité qui s’est présentée et je dois dire qu’on s’amuse beaucoup.

Du coup, avec cette formation live, ressens – tu de nouvelles sensations ? En as-tu profité pour expérimenter de nouvelles choses en matière de production ?

Pour le moment, on joue mes classiques et certains de mes morceaux que je joue rarement. Et je dois dire que les jouer avec le groupe est assez exceptionnel. Comme je le disais, on fait des jams et c’est ce qui est intéressant car on ne joue jamais les morceaux de la même façon. On peut changer en un claquement de doigts. Lors de notre premier show à Hambourg, le son de mes platines s’est coupé au bout de 5 minutes. Le groupe a continué à jouer et de mon coté, j’ai continué à haranguer la foule puisque mon micro était branché sur ma table de mixage qui ne fonctionnait plus. Malgré la coupure, on était toujours à l’aise car on était dans notre élément de jam. On n’a pas paniqué et on est restés professionnels, passionnés et le public était dingue. Finalement, ce fût notre meilleur concert.

 

« On travaille sur un documentaire et un album sur l’histoire des studios D&D. »

 

Un album de DJ Premier & The Badder est-il prévu ?

On vient juste de commencer à travailler sur l’album. Pour le moment on se concentre sur les tournées. Personnellement je suis déjà très occupé avec mes projets persos en production. Je produis les NYG’Z, des membres historiques de la Gang Starr Foundation dont l’album sortira à la fin de l’automne. J’ai aussi produit 3 titres de l’album « Wich Way iz West » de MC Eight dont « Blue Stamp » qu’il a sorti en fin d’année dernière.

On travaille aussi sur un documentaire sur les studios D&D qui fermeront leurs portes en janvier 2017. Ce documentaire montrera l’histoire des studios. On y verra des interviews des artistes qui ont bossé là bas de Eminem à Jay Z en passant par Nas, Black Moon, Heltah Skeltah (RIP Sean Price), Smif-n-Wessun et Tony Touch. On en fera aussi un album qui s’intitulera « Last Sessions @320 » en rapport avec l’adresse du studio. Sur ce disque il y aura notamment Snoop Dogg et même Ed Sheeran qui a fait une super chanson.

Wow tu viens de répondre à 2 de nos prochaines questions… Justement avec le studio D&D, tu en as vu passé des jeunes artistes. Comment tu analyses l’évolution du hip hop aux États-Unis et dans le monde en matière de production ?

Personnellement, je me suis spécialisé dans la plus pure version du hip hop, la plus originelle. Il y a bien sur beaucoup de styles de hip hop et je les aime tous. Mais je préfère mon style avec des beats et du rap scratchés.

 

« Quand on m’a proposé Anderson Paak, j’ai dit Anderson qui ? »

 

Tu as collaboré sur le dernier album de Dr Dre sur le titre « Animals ». Votre photo ensemble à d’ailleurs crée le buzz à l’époque. Comment est née la collaboration ?

Tout est parti d’une collaboration avec le russe BMB Spacekid à la demande de Boiler Room. Avant cela je n’avais pas l’habitude de faire des titres avec d’autres producteurs, surtout ceux que je ne connais pas. Au départ, il était prévu que MF Doom vienne rapper pour nous. On a tout de suite trouvé ça cool. Mais une semaine avant de nous rendre à Moscou, Doom n’a pas pu le faire. BMB Spacekid m’a alors proposé Anderson Paak pour le remplacer. J’avais répondu « Anderson qui » ? Il m’a dit que c’était un chanteur de Californie et qu’il m’envoyait des vidéos du mec. J’ai donc visionné le clip de « Suede » et j’ai adoré.

Avec Spacekid on a commencé à travailler sur 2 morceaux. Le premier, celui qui deviendra « Animals », n’était qu’un instru au départ. Quand Anderson Paak nous a rejoint, on avait produit le second track qui s’intitulait « Til It’s Done ». C’est ce dernier qu’on a retenu pour Boiler Room. BMB m’a dit que je pouvais garder « Animals » et en faire ce que voudrais plus tard.

 

« Au départ, le titre Animals s’appelait Fuckin Shit Off. »

 

On est rentré aux États-Unis et Anderson Paak m’a appelé quelques temps plus tard. Il avait été touché et inspiré par la mort de Freddie Gray à Baltimore. Il avait écrit un texte sur le beat de « Animals » et voulait me le faire écouter. En fait, le titre s’appelait au départ « Fuckin Shit Off ». Dre l’a écouté la semaine suivante et nous a dit qu’il le voulait pour son film et pour son album et qu’il voulait rapper dessus. On a dit « cool ! ». On s’est retrouvé en studio pour le retravailler, le mixer, rajouter des scratchs etc. Dre a ensuite voulu changer le nom en « Animal ». Mais j’avais déjà un morceau avec le même nom que j’avais réalisé avec le groupe Coréen Dynamic Duo. Alors on a décidé de rajouter un « s » et c’est devenu « Animals ».

DJ PREMIER JAM AVEC THE BADDER

Ça c’est une belle histoire. Merci Preemo !

Merci à vous. Peace.

 

DJ PREMIER JAM AVEC THE BADDER

 

Share This