« Almeria » est le fruit de la collaboration entre Everydayz et Phazz, deux beatmakers français qui s’étaient déjà fait remarquer individuellement. Tout d’abord Everydayz, cité dans le dernier livre de Laurent Garnier, peut nous enchanter aussi bien avec des nappes aériennes (« Né Sous Le Sun ») qu’avec des thèmes plus « inquiétants » (« De la Pure Came »). Ensuite, on a Phazz, aussi jeune et dont l’ascension n’en est pas moins fulgurante avec l’adoubement des XXYYXX, Cashmere Cat, Just Blaze et autre BBC 1.

Ils cristallisent à eux deux ce qui se fait de mieux en terme de beatmaking moderne, variant aussi bien les styles que les énergies. Et l’EP « Almeria » sorti sur Nowadays Records est la somme d’une de ces énergies.

C’est donc au Bunker, le repère du label parisien, que l’interview a eu lieu. 4 canettes de Red Bull citron (dégueulasses) offertes par le maitre des lieux oOgo et une dizaine de blagues douteuses de David, le responsable de la promo, ont été nécessaires pour patienter puisque les autres médias avant nous ont bien pris leur temps. Qu’à cela ne tienne, c’est notre tour et les deux compères n’hésitent pas à nous consacrer le temps nécessaire pour répondre à nos questions malgré un rendez-vous important après nous.

 

Phazz tu es originaire de Lyon et Everydayz tu y as vécu un temps. C’est là bas que vous vous êtes rencontrés ?

Everydayz : Oui c’est à Lyon qu’on s’est rencontré. On se connaissait déjà de vue parce qu’on se croisait souvent en soirée. On écoutait aussi nos prods sur Soundcloud. On se côtoyait comme ça sans jamais avoir l’intention de travailler ensemble.

Et quel fût l’élément déclencheur ?

Everydayz : C’est oOgo de Nowadays Records qui est venu me voir pour me proposer une sorte de carte blanche sur laquelle je pouvais inviter un producteur de mon choix. C’était le 3ème volet de la série des « Just A Lil’ Beat » si je me souviens bien. Quand il m’a proposé cela, j’ai tout de suite pensé à Phazz. C’était l’occasion où jamais de bosser ensemble.

Phazz : On s’est skypé et ni une ni deux j’ai dit ok. Et on s’est mis à bosser immédiatement.

Vos musiques respectives sont complémentaires mais restent distinctives. Et on sait que la rencontre de deux beatmakers n’est pas forcément facile. Comment s’est passée la « répartition » des tâches ?

Phazz : En fait cela s’est fait très naturellement. Il y a eu une démarche très instrumentiste. Je me rappelle la première semaine de travail, Everydayz était venu avec sa carte son, sa MPD et tout son matos. On était branchés tous les deux et je me souviens qu’on était limite en train de boeuffer comme un grateu qui rencontrait un saxophoniste. On a commencé à mettre en place des boucles et à force de faire plein de boucles, on avait nos morceaux.

 

POINT SOLEIL AVEC EVERYDAYZ & PHAZZ

 

Ça n’a pas été aussi simple comme ça quand même…

Everydayz : Pour les premières idées oui. Après forcément il y a une phase où on s’est posé et où on a dû affiner nos idées et produire au millimètre près. Et même des fois on avait été tellement spontané qu’on avait laissé des défauts qu’on a dû corriger comme du souffle sur des éléments par exemple. On a tellement fait les enfants qu’on a dû revenir sur des passages pour qu’ils sonnent vraiment comme on voulait.

Tu parlais de production au millimètre. Le problème chez un beatmaker quand il travaille tout seul, c’est de mettre fin à un morceaux car il est toujours tenté d’ajouter ou de retirer des choses indéfiniment. Le fait de bosser avec quelqu’un c’est aussi de se donner un garde-fou non ?

Phazz : Définitivement. Plein de fois l’un ou l’autre on se perdait dans nos prods. Ou même l’un pouvait dire « gars ça défonce, garde ça ! » alors que l’autre avait des doutes. Y’avait un coté Père Fouras derrière (rires).

Everydayz : C’est vrai que dans la solitude du beatmaker il y a un coté auto-persuasion qui est franchement atténué quand on est deux.

Quand on est deux il y aussi un coté « manque de confiance » qui est aussi moins prononcé.

Everydayz : Il est clair que ça allège. Tu sais que l’autre va pouvoir te recadrer ou te faire rebondir sur une idée un peu bancale.

Phazz : Être deux te donne un peu moins de responsabilité individuellement.

« Almeria » est donc le résultat de votre complémentarité. Mais à l’inverse quelles ont été les choses sur lesquelles vous n’étiez pas d’accord au départ ?

Everydayz : Peut être sur quelques maquettes qu’on a abandonné et que j’aimais bien alors que Phazz non et vice et versa.

Phazz : En fait, on ne peut vraiment pas dire qu’on avait des désaccords. C’était plus des boucles qu’on ne sentait pas mais globalement on a toujours été sur la même longueur d’ondes.

Le titre du disque « Almeria » ne renvoi pas vers la cité balnéaire espagnole mais plutôt vers une femme inaccessible. Vous pouvez nous en dire plus sur elle ?

Everydayz : Il est vrai qu’on ne fait pas allusion à la ville mais quand tu prononces « Almeria » avec l’accent espagnole, tu sens la chaleur et le coté « sanguin » de l’Espagne. Moi qui habite dans le sud de la France, je ressens cette chaleur. On avait comme image ce soleil triomphant où il y n’a que du ciel bleu.

Phazz : On est tous les deux du sud de la France et on tenait beaucoup à ce coté solaire. Mais on ne voulait pas rester premier degré. C’est pour ça qu’on a choisi de personnifier ce nom par l’image d’une femme.

Cette imagerie féminine et solaire était déjà pensée avant de produire ou l’idée est venue en cours ?

Everydayz : Elle est venue dans la dernière phase de production en réalité.

Phazz : On avait déjà les trames de l’album. On était au moment où on faisait l’habillage sonore et où on créait les interludes et les intros. C’est là où on a bien scripté le tout et on a posé les bases des personnages.

 

POINT SOLEIL AVEC EVERYDAYZ & PHAZZ

 

Du coup on sent une production très fournie et très punchy.

Everydayz : C’est l’analogie de la lumière. On avait envie de faire un truc qui explose. On avait envie de marquer les esprits en occupant tout l’espace sonore. Comme les rappeurs ont envie de manger les micros, nous on avait envie de manger les enceintes.

 

POINT SOLEIL AVEC EVERYDAYZ & PHAZZ

 

Ce qui fait contraste avec un coté dark qu’on pourrait retrouver dans le beatmaking en solo.

Phazz : Oui en effet mais pour reprendre le coté solaire, le soleil se lève et se couche. Et quand il se lève, il ne fait pas la même couleur que quand il se couche. La musique c’est pareil. Et « Almeria » correspond au moment où il culmine.

Everydayz : Et puis ça dépend aussi du mood où on se trouve. Par exemple, récemment j’ai sorti un projet qui s’appelle « De La Pure Came » qui tourne autour de la drogue, de l’addiction, du crime et des armes. C’était plus en rapport avec moi et Phazz a lui même son univers de son coté. Et c’est notre union qui a généré quelque chose de nouveau et de plus lumineux.

Phazz : On aurait fait ce projet dans un autre moment de nos vies, « Alméria » aurait surement sonné différemment. Et il ne se serait pas appelé « Almeria » d’ailleurs. Tout le disque est super spontané.

Vous êtes deux beatmakers qui avez l’habitude de faire des instrus. Il n’y a qu’un featuring sur le disque (Bridge). Pas de volonté de laisser plus de place à la voix ?

Everydayz : Déjà on voulait assurer notre travail à deux qui pouvait comporter quelques risques malgré tout. On ne voulait pas trop exagéré dans un premier temps. On voulait assurer nos bases. D’ailleurs le featuring avec Bridge est presque un concours de circonstance.

Phazz : Ça s’est fait quasiment par hasard. C’est un gars avec qui je bosse régulièrement. Il faut savoir que ce mec m’envoie toutes les idées qu’il a, même des trucs de 30 secondes. Quand on a fait le morceau « Girl Of My Dream » qui n’était au départ qu’un instru, il manquait quelque chose. J’ai donc cherché dans mon ordinateur et suis tombé sur tous les trucs que m’avait envoyé Bridge. Et donc je suis tombé sur un de ses a capellas. On l’a collé sur le titre et ça collait parfaitement. On s’est skypé à 5h du matin et le morceau était bouclé à 7h. Quand je te disais que tout était spontané c’est vraiment pas des conneries.

Votre attaché de presse me lance un regard menaçant pour me dire que l’interview se termine. Merci messieurs.

Everydayz : Oui il est méchant ce type. Merci à toi.

Phazz : Merci beaucoup. On a vraiment pas 5 minutes de plus ? Bon tant pis.

 

Et comme la musique est plus forte que les mots, n’hésitez pas à vous procurer cet album « Almeria » de Everydayz & Phazz sorti chez Nowadays Records et disponible sur iTunes

 

 

POINT SOLEIL AVEC EVERYDAYZ & PHAZZ

 

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