Quand l’annonce du nouveau spectacle « 2 » a été faite l’année dernière, les fans de la première heure se sont tout naturellement précipités sur les pré-ventes assurant un retour triomphant sur les planches pour Thomas Ngijol. L’euphorie autour de l’humoriste est donc restée intacte. A juste titre puisque depuis le Jamel Comedy Club, il a enchainé les expériences à la télévision, à la radio et au cinéma avec les succès et les péripéties qu’on lui connait. Un succès tel qu’il a fini par réaliser son premier long métrage « Fastlife » en 2014.

Sa vie privée a aussi évolué depuis avec notamment la naissance de sa fille l’an dernier qu’il a eu avec sa compagne Karole Rocher, qui est pour le coup à la mise en scène du nouveau show. Heureux événement qui a malgré tout changé sa vision de la vie à 36 ans et qui a eu des répercutions sur l’écriture de « 2 ». Et le succès est au rendez-vous puisque le spectacle est encore prolongé jusqu’au 25 avril au théâtre Déjazet à Paris.

C’est donc un Thomas Ngijol serein que nous avons rencontré.

THOMAS NGIJOL À L’ENVIE

5 ans séparent ton nouveau spectacle du précédent (À block). 5 ans pour te consacrer à ta carrière TV puis au cinéma et aussi à ta famille. Cette « absence sur scène » était-elle dûe à ton emploi du temps chargé ?

Non pas du tout. J’étais très satisfait du parcours du précédent spectacle et je n’avais pas envie d’en faire un nouveau. J’étais impliqué dans d’autres projets professionnels et aussi de vie. Je n’étais pas en train de me dire qu’il fallait que je remonte sur scène. Je me disais que si je n’avais pas quelque chose à dire et si je ne vivais pas un truc suffisamment intéressant, il valait mieux que je reste chez moi. Je ne suis pas de ceux qui veulent absolument occuper la place et dire constamment qu’ils existent.

Mais tu as dû avoir une certaine pression de ton entourage ?

Pas vraiment une pression mais effectivement certains m’ont dit qu’il fallait que je revienne sur scène. Je leur ai répondu qu’ils me parlaient en terme de marketing et que je n’en avais rien à faire du marketing. En commençant dans ce métier je ne me suis pas dit qu’il fallait être partout tout le temps. J’ai été vers ce nouveau spectacle lorsque j’ai estimé qu’il y avait un déclic, une envie. Je ressentais le truc en moi et je voulais monter sur scène pour raconter et à partager des choses. C’était le moment parfait.

Tu t’es révélé il y a maintenant près de 10 ans. On imagine que tu as saisi les opportunités comme elles se présentaient sans calculs. Et ta carrière s’est construite progressivement. Y’a t-il eu un moment où tu t’es quand même fixé des objectifs, juste pour organiser tes envies ?

J’ai jamais dressé de « plan de carrière » parce que c’est une chose que je ne sais pas faire. Si j’avais su faire, j’aurais fait les choses différemment. J’ai toujours agi à l’instinct et je ne regrette rien. Maintenant, je t’avouerais que j’ai aujourd’hui un équilibre de vie familial qui me permet de ne plus me reposer que sur le métier. Quand tu es « seul » dans la vie, tu mets tes névroses dans le boulot. J’ai beaucoup de distance par rapport à mon taf mais c’est la bonne distance car je dois quand même gagner ma vie. Avant j’avais envie de me faire plaisir mais quand tu es seul à te faire plaisir, tu t’embarques dans des trucs qui ne te correspondent pas forcément. Aujourd’hui cet équilibre me fait aller naturellement vers des choses qui me plaisent. Je ne me force pas et je n’ai pas peur du vide, ce qui est la grande peur du comédien.

Justement tu as fait très peu de promo pour ce spectacle.

Non je n’en fais pas beaucoup effectivement. Je fais un peu de télé comme çà mais pas plus. Les bienfaits d’Internet font qu’il se passe beaucoup de choses et ça se fait un peu tout seul. Je ne suis pas le bon client comique, ce que les télés attendent de gens comme moi. Et moi je refuse de le faire, avec grand respect, car personne ne va être gagnant. Moi je vais perdre mon temps et eux n’auront pas ce qu’ils cherchent.

Quand tu as déclaré que « tu t’en battais les couilles » au Grand Journal d’Antoine De Caunes, c’était positif en fait.

Oui bien sûr. C’est une façon cool de dire que je suis dans une certaine plénitude même si c’est une phrase de dépressif (rires). Le stand-up étant une thérapie ceci-dit. Je suis vraiment dans le positif et dans une bonne dynamique.

On a beaucoup appuyé sur le « 2 » dans le nom du nouveau show pour signifier ton retour sur les planches. Avec ta nouvelle famille, on a aussi l’impression que ce chiffre signifie que vous évoluez à deux désormais puisque ta femme Karole Rocher apparaît dans ton film « Fastlife » et s’occupe de la mise en scène du nouveau spectacle. Un travail en équipe comme on peut le voir chez Stéphane Guillon et sa compagne. Vous allez travailler ensemble désormais avec ta femme ?

Ça ne s’est pas fait si facilement mais ça s’est fait plutôt logiquement. On vient d’univers différents. Dans le mien il y a beaucoup de complexes comme celui du comique où il faut être drôle en permanence. Ce qui n’a pas eu d’impact dans notre vie. Mais pour rallier les choses c’était un peu plus compliqué. Mais elles sont là et elles sont très fluides. Tu te sens utile. C’est plaisant de bosser comme çà. Il y a de l’échange et ça rend fort. Mais la remarque est très juste car le spectacle a été pensé et fait à deux.

« Plus tu parles honnêtement de toi, plus tu es en connexion avec les gens. »

Par rapport au contenu de ce spectacle, finalement tu fais preuve de pudeur car tu parles d’expériences personnelles au niveau de ta famille ou de l’intimité avec ta femme.

Oui mais c’est une fausse pudeur. Tu choisis à un moment donné d’être sincère dans ce que tu racontes. C’est pas du voyeurisme, on n’est pas dans Gala. L’intérêt est de parler de toi et plus tu parles de toi honnêtement, plus t’es en connexion avec les autres. Balancer des lieux communs, c’est bidon. C’est en parlant de soi aux autres que tu suscites les retours et le partage des expériences. Il faut que les choses passent par toi d’abord pour toucher les gens. Mais c’est à force de travail que tu t’en rends compte. Je vais pas mentir, j’ai aussi utilisé des lieux communs du genre mecs versus meufs qui allaient avec l’époque dans mon ancien spectacle. En tout cas, la mise en scène de Karole pour « 2 » m’a dirigé vers la sincérité et l’honnêteté.

L’ancien show et le Jamel Comedy Club ont drainé un public très jeune. Tu sens que tu as touché une nouvelle audience maintenant ?

Oui clairement et c’est très bien. Le spectacle est juste le prolongement de ma vie. Je ne vais pas m’abaisser à raconter des choses qui plaisent aux jeunes avec les codes « urbains » qui vont avec. Je ne vais pas faire le buzz en parlant de Nabilla…

« On vit des jours difficiles et je ne peux pas dire que je me fous de tout. »

Tu te sens un peu responsable dans les messages passés auprès de ces jeunes justement ?

Un petit peu sans prétention. C’est important malgré tout quand tu es un peu populaire. On vit des jours très compliqués et je ne peux pas dire que je me fous de tout. Modestement, ma parole peut avoir des impacts par rapport à ma notoriété. J’ai juste l’envie d’apaiser les tensions si je le peux. D’être dans un truc positif. J’ai envie de dire qu’il faut péter un coup finalement.

Même si le spectacle est écrit depuis longtemps, le drame de Charlie Hebdo t’a t-il poussé à modifier un peu l’écriture du show ? Dans certains termes un peu sensibles notamment ?

Franchement non. J’ai touché quelques petits trucs mais pas dans le sens « ouh la la fais attention ». Le meilleur exemple par rapport à çà est que je jouais le soir des attentats à République, à deux pas des premiers rassemblements. Et j’habite à coté de Charlie Hebdo. Je peux te dire que c’était une journée de merde et l’ambiance était glauque dans le quartier. J’ai bien sûr annulé le spectacle dans l’après midi parce que je n’avais pas envie.
Finalement j’ai décidé de jouer même si au vu des événements, je m’étais dit que personne ne viendrait au spectacle. Je suis passé sur la place de la République avant d’aller au théâtre. Et il s’est avéré que les gens avaient appelé toute la journée en demandant si j’allais jouer.
A l’arrivée, tu te rends compte que la salle est quasiment pleine. Les gens sont venus. Et tu te demandes si tu dois retirer certaines choses et puis non tu y vas et tu assumes ce qui s’est passé au début du show. J’ai parlé très honnêtement avec les gens, je ne sais pas combien de temps, et c’était super.

Justement pour toi, c’est dans ce genre de situation où des personnes connues comme toi doivent jongler entre le fait d’être « leader d’opinion » et celui d’être dans le divertissement simple. C’est une position délicate…

Ça passe par l’honnêteté en fait. Ça peut paraître démago mais quand on parle avec le cœur je pense que ça change tout. J’ai pas cherché à m’approprier le truc. Je ne suis pas monté sur scène en gueulant qu’on devait continuer à être outranciers et que j’étais Charlie. Non je n’étais pas du tout dans ce discours là.

Mais tu es exposé et pour certains ta voix compte.

Oui on m’a appelé pour me demander de prendre la parole dans des émissions. Mais même pas en rêve. Je n’allais pas m’approprier la situation et parler de liberté d’expression. C’est trop complexe et ce n’était pas à moi de le faire. D’autres l’ont fait alors qu’ils n’ont fait que des blagues sur les pommes de terre jusque là. Pourquoi ils parlent de choses qui les dépassent ? On parle de vraie subversion avec Charlie Hebdo. Chacun doit rester à sa place. Bien sûr que j’ai été Charlie. J’ai même posté le truc dans l’après midi même mais c’était parce que des gens avaient été tués. On est dans une époque putassière et les gens ne pensent pas au deuil des familles. Des fois le silence est une bonne chose et c’est le meilleur hommage aux victimes.

Pour revenir au spectacle. Le choix du lieu, le théâtre Déjazet, qui est un lieu institutionnel, n’est pas non plus anodin ?

Je voulais absolument un théâtre car j’ai eu l’occasion de jouer dans ce genre de lieu et je connaissais les sensations que ça procure. Ça n’a rien à voir, c’est habité et il se passe quelque chose. Pour le Déjazet c’est surtout la rencontre avec son directeur Jean Bouquin. J’ai rencontré un mec formidable. J’étais venu visiter le théâtre un peu par hasard parce qu’il se situe pas loin de chez moi. Jean ne savait pas qui j’étais et il m’a fait visiter le lieu avec une grande gentillesse. J’ai visité plusieurs théâtres dont je tairai le nom où on m’a toujours répondu qu’il fallait que je prenne rendez-vous pour visiter la salle. Jean Bouquin, lui, m’a accueilli les bras ouverts. Le spectacle se passe super bien et je suis heureux de jouer dans une des plus vieilles salles de Paris avec des gens formidables qui y travaillent.

C’est donc un vrai choix de ta part alors que tu aurais pu faire une salle beaucoup plus grande comme un Zénith.

Aucun intérêt. Faire un Zénith c’est quand tu veux faire un ou deux gros coups et basta. Le problème c’est quand t’es coupé des gens par une scène à deux kilomètres du public qui te regarde sur écran géant. Il n’y a pas de plaisir. J’ai déjà joué dans une salle de 2500 personnes, c’est déjà très chaud. On verra. Je ne m’interdis pas d’en faire un un jour. En tout cas avec ce spectacle, je souhaitais garder cette proximité et cette intimité avec les spectateurs. Ça me satisfait.

Parlons maintenant de musique qui est omniprésente dans ton existence et dans ton travail. On se souvient des habillages musicaux de tes spectacles et de la reprise de la pochette de l’album « Thriller » de Michael Jackson en guise d’affiche pour « À Block ». Qu’est ce qui te fait triper en musique en ce moment ?

En terme de musique je vais un peu dans tous les sens. (Il prend son portable) Ça va être simple on va regarder mes derniers achats : Brian Ferry, Backstreet Boys, Eternal, Christine And The Queens…

« J’ai passé l’âge d’être dans la représentation sociale. »

Ah c’est varié. T’es un daron maintenant.

(Rires) Au delà d’être un papa, il y a un âge où tu n’es plus dans la représentation sociale. En général je suis hip hop à 200 à l’heure. Là je t’ai juste énuméré ce que j’avais dans mon portable. J’ai plus besoin de porter de casquette, c’est ridicule. C’est normal quand tu es jeune de vouloir appartenir à une tribu. Aujourd’hui, je passe d’un milieu à un autre, d’une culture à une autre sans problème. Comme en ce moment, j’ai une grosse période Gilbert Becaud où je découvre ces textes et sa musique. De l’autre coté ça ne m’empêche pas d’écouter Lil Jon qui a des chansons d’une débilité profonde mais qui ont une intensité et une vibe géniales. Je me dis juste qu’il ne faut pas mourir con et essayer de découvrir un maximum de choses.

Il y a une scène avec Kaaris dans « Fastlife » où ton personnage un peu « mytho » se fait recadrer. C’était une manière pour toi de dire « chacun à sa place » ?

Ça n’est pas allé jusque là mais ce qui est intéressant c’est les différents niveau de lecture. Ce qui me faisait marrer dans cette scène c’est la confrontation entre un ingénieur du son qui ne rentre pas les codes hip hop avec ses cheveux longs et qui fait parfaitement son boulot, et un mec qui n’a pas vraiment confiance en lui et qui cherche à écraser l’autre sous prétexte qu’il a un comportement un peu « ghetto ». Le message était de montrer qu’on a tendance à vouloir écraser celui qui ne te ressemble pas dans un souci d’appartenance à un milieu. Alors que c’est le respect qui est le plus important.

Tu n’es quand même pas tenté de faire de la musique et de rapper ?

Non mais j’ai toujours rêvé d’être un rappeur au fond moi. Si je pouvais avoir un masque et avoir une carrière de rappeur, je le ferais. Et à la fin, j’enlèverais le masque et je dirais « voilà c’était moi. Vous avez kiffé toutes ces années et c’était moi. Vous êtes vénères hein ? ».

Pour rester sur « Fastlife », on discerne un sentiment de rédemption dans ton personnage. À image d’Icare qui se brûle les ailes en voulant aller trop haut. On ne peut s’empêcher de penser à des étapes de ton parcours qui ne se sont pas forcément bien passés.

Au delà de la rédemption, c’est l’idée de la liberté qui est importante. Quand j’ai participé aux 30 ans de Canal+, j’ai décidé de faire mon délire autour de mon histoire d’éviction de l’antenne. Et du coup j’en ai profité pour parler des autres mecs qui ont fait des passages éclairs sur la chaine. Qui de mieux que moi, qui ait fait la girouette pendant deux ans, pour raconter ça. Je me suis dis « allez on y va, on rigole, y’a pas mort d’homme ». C’est le fond qui est l’arbitre de beaucoup de choses. Si j’avais fait le même truc en disant « vous êtes des enculés », coupure d’antenne direct. Mais quand tu viens avec le sourire et que tu es détendu, tout passe. Tout passe quand tu es bienveillant. Quand tu as un fond de revanche, ça pète toujours.

Merci Thomas.

Merci à toi !

 

MISE À JOUR : NOUVELLES DATES 2015-2016

– 26 Octobre à Marseille (Théâtre du Gymnase)
– 31 Octobre à Rennes (Le Liberté)
– 2 Novembre à Biarritz (Gare du Midi)
– 3 Novembre à Toulouse (Casino Barrière)
– 5 Novembre à Carcassonne  (Théâtre de Carcassonne pout La Semaine de l’Humour)
– 18 Novembre à Bordeaux (Théâtre Fémina)
– 23 Novembre à Bruxelles (Cirque Royal)
– 24 Novembre à Lille (Théâtre Sébastopol)
– 2 Décembre à Nancy (Salle Poirel)
– 3 Décembre à Sausheim (Eden)
– 4 Décembre à Strasbourg (P.M.C)
– 5 Décembre à Thionville (Théâtre de Thionville)
– 16 Décembre à Lyon (Le Radiant)

La tournée se terminera au Théâtre du Chatelet à Paris du 23 au 25 février 2016.

Toutes les infos sur le site de Live Nation

 

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