BLITZ THE AMBASSADOR – Diplomatie combattante

Souvent entre deux avions ou deux scènes qu’il vitrifie avec son groupe 100 % live, l’Ambassadeur est de retour pour une mission diplomatique de la plus haute importance : la sortie d’Afropolitan Dreams, son troisième album. Un disque radicalement puissant, musicalement intelligent. Funky, strictly Hip Hop, mais toujours Africain.

La première chose qui vient à l’esprit en écoutant Afropolitan Dreams, c’est que c’est un album où tu racontes beaucoup ton parcours…
J’ai été plus personnel que je ne l’ai jamais été, la raison essentielle, c’est que j’ai eu envie de me raconter de raconter mon histoire. La plupart des gens connaissent l’histoire des immigrés qui quittent leur pays, mais rarement celle qui raconte comment se passe le combat quotidien qu’ils doivent mener juste pour exister. Se battre pour avoir un visa, pour avoir une carte verte, toutes ces choses qu’ils vivent réellement. J’ai écrit cet album comme la bande originale d’un film que j’avais dans la tête depuis un moment. Ca commence par l’ambiance des rues de New-York, un truc très grouillant avec beaucoup d’action puis au fur à mesure que l’album avance, tu t’aperçois que ça évolue du rêve américain vers quelque chose de plus global qui est mon rêve afropolitain et qui passe par New-York, Rio, Accra… le monde entier !

Comme d’habitude, tu t’entoures de guests. La solitude te fait peur ?
(rires) Non, rassures toi, je n’ai pas peur de me retrouver seul. C’est juste que ce voyage, je le voulais collectif. Je ne voulais pas raconter une histoire uni-dimensionnelle, je voulais vraiment que d’autres artistes puissent venir y partager quelques lyrics. Quand je me retrouve avec Nneka, Seun Kuti ou Angelique Kidjo qui viennent ajouter leur contribution, ça donne une toute autre dimension. Ils sont d’une génération différente, viennent de pays différents et apportent tous un angle différent qui donne une perspective plus vaste. En fait ,certains d’entre eux, je ne les ai même jamais rencontré, Marcello D2 le Brésilien par exemple. Mais pour d’autres comme Oxmo ou Nneka, on a enregistré directement ensemble en studio. Ca dépend surtout des disponibilités de chacun. Bien sûr, dans l’idéal je préfère qu’on se rencontre mais si c’est impossible, la meilleure option est que ça se fasse avec des artistes avec lesquels je sens une vraie connexion au niveau des idées. Donc non, je n’ai pas peur de la solitude ; j’aime la compagnie !

Ca correspond aussi à une des lignes directrices de tous tes albums : représenter l’Afrique…
C’est très important. Leur combat, c’est mon combat. Leur succès, c’est mon succès. Mais plus généralement, ça va plus loin que les simples artistes : on parle aussi des réalisateurs de films, des designers.. C’est important pour moi de rester connectés à des gens qui sont dans la même situation que moi, ils me rappellent quelles histoires je dois raconter et comment. Quand je vais au Brésil ou au Japon, je cherche les immigrés Africains par ce qu’ils sont une partie de cette histoire collective qu’on doit raconter. Je crois que les Africains n’ont pas souvent l’opportunité de parler eux-mêmes de l’Afrique à un niveau où on peut les entendre. J’ai la chance d’avoir un micro et une audience donc je saisis chaque opportunité pour représenter l’Afrique du mieux que je peux. Il y a du positif comme du négatif, comme partout dans le monde,mais nous combattons pour nous forger notre propre identité. Sortir du colonialisme n’a pas été facile et beaucoup ont dû se battre contre ça. Chacun de mes albums est fait dans cette perspective et sur Afropolitan Dreams, le morceau Africa Is The Future en est un bon exemple. Oxmo rappe en français, Just A Band en Swahili Oum en arabe, moi en Anglais. Sur ce titre, on a toutes les langues les plus parlées en Afrique.

https://www.youtube.com/watch?v=uVDVi8knNLk
Comme tu le racontes sur “Dollar and A Dream”, tu as vraiment été qualifié de “pas assez Hip Hop” par certains et de “pas assez Africain” par d’autres ?
Ouais ! C’est là que je me suis rendu compte que si je voulais que ça marche, je devais m’inscrire dans une perspective plus globale parce qu’aux Etats-Unis, leur vision est vraiment étriquée sur qui vous êtes, les choses que vous devriez raconter etc.. En voyageant, tu appréhendes les choses de manières plus globale et surtout tu te rends compte que pour raconter tes histoires être Hip Hop, Africain, ou citoyen du monde c’est suffisant. La seule chose que tu as à faire, c’est de mettre tout ça ensemble.

Ton précédent EP devait être indépendant de l’album, pourtant “Internationaly Known” figure sur les deux. J’ai deux théories sur ça : la première c’est parce que c’est une hallucinante démonstration de flow Uzi. La deuxième c’est parce qu’il contient une punchline fracassante : “You’ve got a city behind you ? I’ve got a continent !”…
Ces deux théories sont absolument correctes. On savait qu’on ne le sortirait pas en single mais avec Afropolitan Dreams, on avait la possibilité de le revisiter et de lui donner une seconde chance de le faire connaître. Et puis, j’avais en featuring dessus Sarkodie un rapper Ghanéen que certainement peu de gens connaissent en dehors du pays, c’était l’opportunité de lui donner un exposition proportionnelle à celle que pourra avoir l’album. The Warm-Up était un EP en téléchargement libre autour duquel on n’a pas vraiment fait de promo. Là, c’est différent.

C’est moi ou sur un interlude on entend des cuivres qui jouent du Bob James ?
C’est un mix du morceau que Ghostface a pris sur Daytona 500 (Nautilus – NDR). C’est un sample que j’ai toujours adoré et que j’ai voulu utilisé d’une manière que seul les fans de Hip Hop pourraient reconnaitre. Seul eux, mais aussi les fans de soul, de jazz et les diggers pourraient le capter dans la manière dont je l’ai utilisé. Mais précisément, c’est comme un clin d’oeil à Ghostface que je l’ai placé.

https://www.youtube.com/watch?v=fFECQq9meXQ

 

Le Wu-Tang, ça reste une de tes grandes inspirations…
Rza est un de mes producteurs favoris. Si tu reviens sur Native Sun, il y le titre Accra City Blues avec un sample de basse qu’il aurait pu utiliser mais sur Love On The Run, que j’ai produit, l’influence première à été Warning de Biggie. En ce qui concerne la basse surtout “doodoodoom, doodoodoom.. Who the fuck is this ?! Pagin me at 5:46 in the morning !”. C’est le premier rap que je me rappelle avoir appris ! Je suis avant tout un dingue de Hip Hop. Il peut bien avoir l’afrobeat, etc, il y aussi et surtout Pete Rock, Dj Premier, Rza, parce que c’est réellement tout c’est gens là qui ont fait ce que je suis en tant qu’artiste.

Et le Bomb Squad ?
Là c’est encore au délà de l’indispensable !

Avec une durée de moins de 45 minutes, on est sur un album au format assez old school, non ?
Très très old school ! Je n’aime pas faire de longs disques. J’aime faire un album qu’on peut écouter en entier lors d’un trajet en voiture, sans rien zapper dessus. Je déteste écouter un disque où je suis obligé de passer certains morceaux pour que ça reste cohérent et puis, j’aime ce côté basique old school “2 face, 6 titres par face” et c’est tout.

Comment est-ce que tu partages ton temps entre Accra et New-York ?
Du mieux que je peux ! J’aimerais pouvoir passer plus de temps à Accra pour y construire un endroit où tourner des films et faire de la musique, toutes ces choses que j’aime faire en tant qu’artiste et que je pourrais ramener à la maison.. Actuellement, je n’y passe pas 50 % de mon temps mais j’y travaille.

Question essentielle : à combien de pourcentage de satisfaction en es-tu concernant ton show ?
On en était où la dernière fois ? 60 % ? On a bien dû gagner 10 % depuis la dernière fois mais je vais rester modeste et dire 65 %. Mais on y travaille, la prochaine fois qu’on se reverra, on sera entre 70 et 80 %. Et quand on sera à 100 %, là tu le sauras…

https://www.youtube.com/watch?v=dWDSXkW5Dl0

Propos recueillis en mars 2014 par Real Muzul