Pierre Chrétien (Souljazz Orchestra) : « On aime l’ambiguïté, que l’auditeur puisse construire sa propre interprétation »

 

Enfin, l’actualité musicale canadienne ne se résume plus à la carrière naissante de street artists de Justin Bieber. Le Souljazz Orchestra vient de sortir de sortir son sixième album. Un Inner Fire où la plupart des titres exhalent un soul instrumental chamanique et hypnotique, et sont plus proches d’un Rising Sun. Le combo d’Ottawa s’est quelque peu départi des riddims reggae qui enfumaient le précédent album pour s’acoquiner cette fois-ci avec des rythmes cubains. On a sommé Pierre Chrétien, l’un des architectes du groupe, de s’expliquer sur ce très bon album.

Jazz, Funk, afro-funk, afro-beat, soul instrumental, reggae, … Vous cherchez à savoir jouer toutes les musiques du monde ?

En tant que groupe on essaye d’évoluer à chacun de nos albums afin de ne pas s’installer dans une routine. De nouvelles rencontres nous influences aussi tous les jours. En fait on compose et on voit après comment on l’adapte, le choix du style adopté n’est pas quelque chose de conscient.

 

Donc à l’étape de la composition, tu ne connais pas encore la couleur du morceau ?

J’en ai quand même une petite idée mais la couleur du morceau vient toute seule, naturellement. J’écoute pléthore de style et j’ai joué dans de nombreux groupes, des expériences que j’ai incorporées à mon travail.

 

Tu peux nous parler un peu de cette coloration salsa typé fania sur ce dernier avec le titre « Agoya » par exemple ?

Elle vient de notre batteur qui a séjourné assez longtemps au Mexique et à Cuba où il vivait clandestinement. Il logeait dans la cave d’une vieille dame à La Havane. Il prenait des cours de congas au conservatoire locale. Son expérience nous a énormément servie pour cet album dans la composition des morceaux. Mais les Willie Colón, Héctor Lavoe et autres ont aussi leur part de responsabilités dans ce disque.

 

Tu a enregistré cet album, comme le précédent, en analogique, tu peux nous expliquer pourquoi ?

 

Sur le dernier, on avait cette envie de mettre tous les potars dans le rouge, avec un son assez saturé. Mais sur celui-ci on a pris un peu de recul et on a décidé de le faire un peu plus soigné.  Pour avoir cela, l’analogique nous paraissait encore le meilleur choix.

 

 

 

 

 

Tu peux nous expliquer pourquoi avoir repris le classique d’Andy Bey, « Celestial Blues » ?

C’est déjà un titre qui tourne sur nos platines depuis longtemps et sa sœur est née à Toronto donc c’est un peu une légende de la soul ici. Et puis on voulait aussi donner à notre chanteuse, Marielle Rivard, un titre un peu plus chanté et elle se l’est très bien appropriée. Et les paroles sont totalement en adéquation avec ce qu’on voulait exprimer sur ce disque.

 

Vous avez aussi placé deux titres qui encadrent l’album, rappelant un peu les ouvertures et les fins d’opéra ou comme si c’était une histoire …

Oui ça fait un peu intro et outro mais c’était plus dans l’optique d’un concept album. C’est une manière d’accompagner l’auditeur dans l’univers du disque. On aime l’ambiguïté que peuvent procurer des instrumentaux, que l’auditeur puisse construire sa propre interprétation.

Tu as fait une pause avec le Souljazz avec un projet plus soul avec Slim Moore. Tu peux nous dire où tu en es avec ce projet ?

On a pris un peu de recul avec ce projet, parce que Souljazz nous prend énormément de temps que ce soit avec l’album ou les prochaines tournées. Le fait que l’on joue aussi tous dans d’autres groupes n’aide pas, se réunir est parfois difficile. Mais on devrait y revenir sous peu.

Vos pochettes d’albums sont aussi très travaillées, tu peux nous en dire un mot ?

 

Depuis un certain temps je collabore avec quelqu’un qui bosse également pour Soundway. Sur Inner Fire, on a été influencé par des motifs de l’ancienne Egypte et par la peinture cubaine des années 60, 70.

C’est votre troisième album chez Strut, tu peux nous parler un peu de ce label ? 

On a très bon feeling avec Strut et Quinton Scott. Il n’essaye pas de nous brider dans une direction. On a une liberté totale et on est vraiment heureux de pouvoir continuer avec eux.

 

 Entretien réalisé par Julien Renou