Clara Moto : « Il y a toujours cette distance… »

La princesse Clara Moto est de retour après une longue absence. Celle qui discrètement a su séduire une solide base  de fans avec l’élégante techno de Polyamour, sorti en 2010, a sorti ce mois ci l’album Blue Distance. Couleur bleue donc, pour une musique plus  mélancolique et introspective, delaissant le beat techno pour une electronica plus aérienne.  Annoncé par un EP -et une jolie reprise de Chris Isaak en collaboration avec le trop rare Lee Burton, l’album est sorti chez inFiné, où Clara réside depuis ses débuts, après sa rencontre inopinée avec Agoria dans un aéroport en 2007. De passage à Paris pour fêter la sortie de l’intriguant objet, la jeune productrice s’est assise cinq minutes avec nous histoire d’éclaircir cette distance bleue.

Salut Clara, pour commencer à propos de l’album ; cela faisait trois ans depuis ta dernière sortie, est ce qu’il y avait beaucoup de pression dans celui-ci ?

Oui bien sur, mais c’était surtout la pression que je me suis mise moi-même. Parce qu’avant ce premier album j’étais encore en train d’étudier, et tout était facile, et après ça j’ai eu des concerts… mais oui j’ai du ensuite me décider et me dire « qu’est ce que je fais maintenant ? », un autre album… Et j’ai décidé de vivre juste de ma musique, ce qui est bien sur parfois difficile, parce que tu dois juste livrer de la musique, donc oui …

Tu as pris trois ans pour faire l’album ?

Non. C’était genre un an de travail, un an et demi de travail intensif, et le reste était un mélange de label, travail d’organisation, d’editing…

Et juste avant, tu as sorti l’EP Joy Departed
Oui, c’était en fait pour annoncer un peu l’album, et il y avait des chansons qui n’étaient pas dessus, je voulais les sortir et montrer un peu les nouvelles directions…

Oui, sur l’album, tu chantes, tu écris les paroles… C’est un processus différent dans la composition ?

Oui, enfin avant, quand je faisais de la musique je chantais toujours les mélodies que j’avais en tête, j’ai juste décidé de les enregistrer.

Et le fait de mettre des mots là-dessus…

Oui c’était différent mais je ne sais pas, ça s’est juste passé. J’avais des paroles, je voulais faire un essai… Mais c’était un défi bien sur, de chanter, de vraiment enregistrer ça, d’écouter… Je ne suis pas chanteuse ou parolière, j’ai juste essayé, c’était une sorte de défi.

Sur l’album, et avant également, tu collabores avec Mimu. Elle est autrichienne également, c’est une amie à toi ?

Oui oui, c’est une amie de longue date, je travaille avec elle depuis longtemps. Je lui envoie  ma chanson, et ensuite je sais que quoi qu’elle fasse, ce sera bien, elle est vraiment une grande artiste.

Clara Moto_(c)Mads Perch - 2 - WEB

Soundsilo (ndlr : des producteurs autrichiens, originaire de la même ville que Clara Moto) aussi ont donné un coup de main sur l’album ; c’est important pour toi de travailler avec ton entourage ?

Oui, en fait parce que je travaillais à la maison, et le son n’y est pas parfait, je voulais pouvoir mieux entendre, et ils ont plus d’expérience technique que moi, donc oui ils m’ont aidés avec la production finale, le mixage… Ils m’ont conseillés sur des arrangements et des choses comme ça.

Rapport aux nouvelles directions dont tu parlais, c’est très downtempo, contemplatif… Tu étais lassée des clubs ?
Pas lassée non, j’étais juste à la maison, j’essayais de faire de la musique de club, puis je me disais non, un peu plus doucement… Je ne sais pas c’était juste mon humeur, j’aime toujours les clubs, j’adore toujours jouer en club, mais c’est juste sorti comme ça.

Je veux dire, ton univers est très référencé, tu as fait une reprise de Chris Isaak… Il ne semble pas que l’electro soit ton seul univers

Non, non… A la maison je n’écoute pas beaucoup de house ou techno, bien sur parfois, mais j’écoute de tout, du classique, du jazz, hip-hop…

D’accord. Et cette « blue distance », c’est quoi ?

Après mon premier album, je voyageais beaucoup, je n’avais pas de point d’ancrage; j’étais pas vraiment à la maison en Autriche, mais pas non plus à Berlin, ou en France. J’étais sans racine ou point d’attache, ce qui est parfois cool, et excitant, mais parfois un peu triste, et ça influence beaucoup mon travail. Et maintenant oui, je suis vraiment basé à Berlin, mais parfois je me dis que la famille me manque, ou des amis ou juste des trucs de là ou tu viens…

La distance aux auditeurs aussi…?
Oui je veux dire les gens font de la musique chez eux tout seul, puis d’autre gens l’écoutent, dans un autre endroit, et je pensais juste à combien c’était étrange: personne ne voit la pièce, personne ne voit ce que je fais quand je compose, et puis juste quelqu’un d’autre, partout on l’écoute… Je ne peux pas voir le destinataire et il y a toujours cette distance…

Clara Moto – My Double Edged Sword from Lucas Maudoux on Vimeo.

Entretien réalisé par Benjamin Leclerc