Max Cooper : « Caribou, pour moi, c'est le Saint Graal ! »

Depuis que Cooper est mini, on vous assure qu'il deviendra grand. En quatorze EPs et une cinquantaine de remix, la techno éloquente et marbrée de Maxou est devenue comme le cours de l'or : une valeur sûre. Hors des clubs, du 4/4, Cooper c'est des Walkyrie de la techno faisant de lui un des chainons manquant entre l'homme et le James Holden (première période).

S'il commence à intégrer la crème de la techno, c'est aussi une crème d'homme. Entretien crémeux, donc.

 

Tu as commencé ta carrière plutôt tardivement. C'était à cause de tes études, c'est ça ?

Max Cooper : Oui ! Enfin c'était plus que des études, je faisais des recherches scientifiques. J'ai bossé dans une université jusqu'en 2009, j'ai du y travailler pendant six ans. Je faisais de la musique en parallèle, j'étais DJ et je produisais déjà durant mes études, j'adorais vraiment – j'adore toujours – la science et je comptais vraiment rester dedans, tenter de faire les deux, être musicien à côté et puis je ne sais pas comment mais la musique a pris le dessus. Surement parce que les opportunités devenaient de plus en plus nombreuses, j'ai signé chez Traum et je me suis dit qu'il fallait se lancer. Je regrette de ne pas avoir pu continuer mes recherches mais je ne voulais pas non plus en devenir prisonnier, comme un rat de laboratoire. Et puis comme je cherchais des fonds pour mes recherches et que ça tardait à s'arranger, je me suis lancé à plein temps dans la musique. J'ai essayé pendant six mois et puis finalement ça fait trois ans (rires, ndlr) !

 
 

Et tu penses que tes études ont eu un impact, influencent ta musique ?

Max Cooper : j'en suis certain, oui.
 
 

Parce que tu dis souvent qu'il y un background scientifique dans ta musique. Tu peux nous en dire plus ?

Max Cooper : Ce n'est pas tant la science en fait, c'est plutôt ce que j'ai appris avec la science. Surtout au niveau du process ou dans la démarche intellectuelle. Et je dirais même que la manière dont j'ai dû mener mon PhD, pouvoir accoucher seul d'un projet, m'a influencé dans ma démarche créatrice. Et puis mon PhD était truffé de trucs liés aux programmes d'ordinateurs donc j'ai été amené à rendre concrètes beaucoup d'idées abstraites via des simulations. Et je dois dire que ça ressemble beaucoup à ce que j'essaie de faire en musique finalement : rendre concrète ces idées abstraites. Et puis expérimenter aussi.

 
 

Et du coup, tes anciens camarades de classes ou tes collègues aiment ce que tu fais aujourd'hui ?

Max Cooper : ho ! Je crois bien que oui ! Mes camarades d'Université, enfin juste quelques uns, aiment vraiment ce que je fais. Les autres sont plutôt très pop mainstream donc bon… Mais il ne m'ont jamais vraiment dit. En fait, je ne préfère pas avoir de retours de leur part. J'ai juste une poignée d'amis très proches sur lesquel je compte pour avoir des retours négatifs parce que c'est important d'avoir des feedbacks de la part des personnes que tu estimes.

 
 

Et qu'est ce qu'ils te disent de négatifs ?

Max Cooper : la plupart des retours portent sur l'aspect technique parce qu'ils ont été longtemps DJs eux-mêmes, certains le sont toujours. Mais ce qui revient souvent c'est surtout sur le rendu, tu sais, ce qui me semble cheesy ou simplement accessible diffère selon les points de vues. Donc on me dit souvent, "ne va pas trop loin, arrête de faire de la musique que personne n'aime parce que tu as peur d'être cheesy". Mais ça arrive à pas mal de gens, aller trop loin, trop profondément dans une idée pour s'éloigner du cheesy. Et ça me fait du bien d'avoir les avis de mes amis pour m'en rendre compte. On me dit souvent de me méfier des choses trop à la mode, des mouvements, des scènes nouvelles pour avoir l'air cool. Et j'y fais vraiment attention, je me concentre sur ce que je trouve beau, pas sur ce qui pourrait être cool. Et je le sais, ma musique n'est pas cool. Et tant mieux, les modes vont et viennent, je ne veux pas faire partie de ce manège là : surexister un jour pour disparaître le lendemain.

 


Justement tu évoques la musique accessible et tu as écris une tribune sur le sujet dans le NME. Tu dis que l'on a besoin de l'EDM, que la musique électronique accessible finit par mener vers la plus complexe. Cette accessibilité/complexité, c'est quelque chose qui existe aussi dans tes productions ?

Max Cooper : Ouais ! C'est amusant parce que je travaillais sur mon album et je me disais que je voulais faire une musique hyper accessible. J'ai vraiment songé à créer quelque chose que tout le monde pourrait aimer. Je veux dire tout en conservant un certain degré de sophistication. Et c'est possible, certains le font. Comme Modeselektor ou Trentmoller, ce sont de bons exemples, il y a beaucoup de détails mais le rendu est très accessible. Ou des mecs comme Jon Hopkins… Ou Caribou. Ils arrivent parfaitement à rendre populaire un haut degré de sophistication et pour moi c'est le Saint Graal ! C'est ce que j'essaye de faire mais c'est toujours plus simple d'en parler (rires, ndlr).

 
 

Et je repense à l'aspect scientifique. Tu penses la musique de temps en temps en terme d'équations ou de formules mathématiques ?

Max Cooper : oui et non. Tu vois, lorsque je pense à un morceau qui pourrait symboliser le chaos ou ce genre de choses, tu as immédiatement des blogs qui vont écrire que j'ai une formule en tête pour produire ça. Alors que pas du tout, tu imagines bien que ça n'existe pas. Malgré tout, je continue de penser qu'il y a de grosses connexions entre le fait de créer et le process de résolution en sciences. Et le fait de penser à un concept scientifique m'inspire toujours énormément. Quand je voyage, je lis toujours plein de bouquins liés à la science. Et ça me donne une idée pour un titre, dans sa structure ou son thème et je les note dans mon téléphone et je dois avoir des centaines de bouts d'idées comme ça, éparpillées. Donc ça m'inspire. Mais comme un bouquin, un film, un tableau peut m'inspirer, je ne suis pas strictement inspiré par la science non plus. Mais c'est vrai que lorsque je travaillais sur mon PhD, j'étais hyper inspiré, je produisais énormément. Quoi qu'il en soit, c'est généralement de l'ordre de l'idée conductrice, c'est très abstrait comme influence, jamais très explicite.

 
 

J'ai lu quelque chose d'assez curieux que tu as dit en interview où tu apparentais la progression dans ta techno à la "sélection naturelle". Tu peux m'en dire plus ?

Max Cooper : Oui c'est vrai qu'il m'arrive de dire ça. Je parle en terme d'écriture. Pour résumer dans la théorie de sélection naturelle, lorsque l'espèce évolue, les traits qui résistent au temps s'accroissent de générations en générations et l'ADN devient en quelque sorte plus forte et résistante. Et je vois le même principe dans ma musique : au fur et à mesure du temps, j'ai le sentiment que les éléments les plus forts de ma musique résistent et persistent tandis que les faiblesses disparaissent. Tu sais, comme je n'ai pas de formation à la musique, j'apprends au fur et à mesure et je ressens encore parfois une grande frustration quand j'ai le sentiment de produire de la merde, ça arrive, et donc c'est ainsi que je vois les choses dans mon évolution. Ça fait partie du jeu quand tu expérimentes beaucoup.

 
 

En parlant d'expérimentations, dès la première fois que j'ai entendu ce que tu produisais je me suis dit que tu devais être un gros fan de James Holden et Border Community. Tu l'es ?

Max Cooper : énormément. C'est l'essence de toute cette scène de techno mélodique. Tout vient d'eux. Ça me surprend encore quand je réécoute les albums.

 
 

Et en quinze ans de carrière, Holden n'a jamais sorti qu'un seul album (le deuxième n'était pas encore annoncé à l'époque de l'interview, ndlr). Toi tu as déjà songé à la forme que pourrait avoir ton premier album ?

Max Cooper : oui oui. À vrai dire je travaille dessus depuis plusieurs années. C'est vraiment pas facile tu sais. Rien n'est facile quand c'est la première fois en même temps. Mais j'y pense souvent et je suis persuadé qu'il faut que je le réfléchisse parce que si je me plante dès le premier LP, je deviens cette personne qui a sorti un album de merde. Et le public ne fera attention à moi qu'occasionnellement et ça sera foutu. C'est pour ça que je le travaille autant, j'étais persuadé que je le finirais l'an dernier mais il y a tellement de choses à revoir dessus que je vais prendre mon temps. Mais je crois qu'il ne va plus tarder à arriver maintenant, tout semble aller dans la bonne direction pour sortir cet album. C'est quand même un vrai emmerdement de sortir ce premier album.

 
 

Parce que ça semble évident que toi tu sortes un LP. Ta conception de la techno est hyper voyageuse, narrative, c'est fait pour se poser sur LP.

Max Cooper : oui, j'aime construire mes titres comme ça. J'ai souvent des histoires, des éléments visuels en tête lorsque je produis. Un album doit être fait d'un même marbre et quand je pensais avoir fini l'album l'an dernier tout semblait coïncider ensemble mais tout avait été écrit à des périodes différentes de ma vie donc tous les titres étaient trop hétérogènes. Maintenant ce que je veux, c'est écrire une seule et même grande piste, construite avec plusieurs titres mais qui pourrait ne faire qu'un. Tu vois comme Ellen Allien a fait cette année, elle a sorti un album qui n'est qu'une seule et même piste. J'adore le fait qu'elle s'en foute comme ça, qu'elle puisse tout se permettre parce qu'elle est Ellen Allien. Peut-être que je devrais faire ça. Bref, cette histoire de trame narrative dont tu parles est justement ce sur quoi je travaille en ce moment. Quand j'aurais fini ça, l'album sera quasiment bouclé.

 
 

Et en parlant D'Ellen Allien, l'album dont il est question est une B.O de performance au Centre Pompidou. Mettre de la musique sur des mouvements, des images, c'est quelque chose que tu veux faire ?

Max Cooper : oui oui. Et l'inverse se produit déjà. J'ai beaucoup de visuels sur scène quand je joue et ça me tient à cœur. Si la mauvaise couleur sort au mauvais moment ça peut me foutre en rogne (rires, ndlr). Mais je veux vraiment traduire visuellement ce que je fais sur scène, c'est très important. Peut-être que ça peut s'expliquer scientifiquement, ma mémoire visuelle est plus importante que toutes les autres donc l'image est quelque chose dont je me sers beaucoup pour bosser. Le plus simple pour moi est vraiment de visualiser les choses et c'est pour ça que j'ai un rapport hyper fort à l'image. 

 


Et j'ai entendu dire qu'avec la société Liine, tu travaillais sur un software concernant "une vraie et audible traduction d'un concept théorique en musique". Comment tu comptes faire ?

Max Cooper : (rires, ndlr) C'est toujours à l'état de concept pour le moment. Le fondateur de Liine est un ami et on parle de ce projet depuis un bon moment. À vrai dire ça reprendrait le sujet de mon PhD qui était une représentation visuelle d'une idée scientifique, je simplifie beaucoup et tu pourrais donc écouter cette idée, ce concept et pourquoi pas apprendre, mieux comprendre, celui-ci. Mais bon, on n'a pas encore le budget pour, ni vraiment le temps de réaliser tout ça. Par contre, sur le long terme ça viendra, j'en suis certain mais je dois d'abord me concentrer sur mon premier album et sur tous les concerts à venir. À un moment je commencerais à me dire, ça y est c'est le bon moment mais pour l'instant c'est trop risqué de s'éparpiller.

 
 

On va finir sur tes remix, tu en as fait un paquet. Tu sais combien ?

Max Cooper : waouh ! Aucune idée. Enormément.  Probablement… Cinquante. Sans inclure ceux à venir. Mais c'est vrai, beaucoup de personnes me disent que je fais beaucoup trop de remix et je ne suis pas tout à fait d'accord. Tu sais, je suis un éternel insatisfait avec ma musique, j'aime ce que je produis tout en me disant à chaque fois que ça pourrait être vraiment mieux et les remix m'aident à aller dans ce sens, j'ai le sentiment. Ça m'aide à réfléchir sur de nouvelles manières de produire, d'autres techniques, à me plier à certaines choses. À vrai dire, en ce moment, je songe vraiment à mettre les remix de côté et à me plonger uniquement dans la recherche sonore.

 
 

Et est-ce qu'il y a un titre que tu as toujours essayé de remixer sans jamais y arriver ?

Max Cooper : ho oui ! Ça arrive souvent mais j'ai peut-être un bon exemple pour toi. J'ai voulu remixer un titre de Michael Nyman, le compositeur classique. J'ai essayé de la manière dont je fais tout le temps mais c'était impossible… J'ai essayé et réessayer mais ça ne passait d'aucune manière avec ma techno. Le rythme, les instruments… Rien n'a pu donner quoique ce soit. Mais l'expérience a été intéressante. Et je crois que c'est parce que son titre est parfait et c'est impossible de faire mieux dans un remix. Mais je crois que j'essaierai jusqu'à ce que j'y arrive !