Hervé : « Qu'on arrête de me qualifier de banger ou dancefloor filler »

Avec Martelo ou Sinden, sous la couronne en carton de The Count ou même en solo, Hervé a été un banger low cost pour amateurs de vodka-redbull a 7,2 sur l'échelle de David Guetta (on exagère à peine). Un beau pot de gras où l'on peine à trouver de quoi se sustenter. Puis vint The Art Of Disappearing un deuxième LP au nom curieusement paradoxal tant il fait apparaître un nouvel Hervé. Une nouvelle vie sans nouveau look ou nouveau nom pour Hervé qui agite désormais la corde sensible sans que l'on souhaite s'en saisir pour se pendre avec. Messe bass et pop de chambre (froide), maintenant Hervé vit l'art (bravo) et on ne peut que lui conseiller de continuer.

Ma première question est peut-être idiote, on te l'a sans doute posée 1000 fois mais je ne trouve pas la réponse : pourquoi, toi Josh, tu as choisi de te faire appeler Hervé ?

Hervé : On ne me demande jamais figures toi. C'est une assez longue histoire, je fais court. Mon nom de famille est Harvey et mon père m'a dit qu'Harvey descendait de Hervé, parce que j'ai des origines Ecossaises et Irlandaises et j'ai trouvé ça assez cool de conserver la racine de mon de famille. J'ai aimé l'histoire et le jour où j'ai du sortir mon premier disque, je n'avais toujours pas trouvé de nom donc j'ai pensé immédiatement à celui-ci.

 

Ce qui est curieux c'est qu'aujourd'hui, tu as une plâtrée de surnoms… Pour le coup, tu as choisi de conserver Hervé tandis que c'est le nom avec lequel tu produis tes titres les plus bangers. Pourquoi conserver celui-ci pour élaborer quelque chose d'aussi sophistiqué ?

Hervé : c'est vrai mais je me suis lassé des surnoms, je n'ai plus envie de me cacher derrière des pseudonymes donc ce que je fais maintenant, je veux le faire entant qu'Hervé. Je sais que mon dernier album sous ce nom était vraiment très club et que les gens commencent à m'identifier comme un dancefloor-filla. Pourtant mon envie en ce moment est de dévoiler quelque chose de plus intime dans ma personnalité donc ça me tenait à cœur de le sortir sous ce nom.

 


C'est vrai que le virage avec tes précédentes productions  est assez costaud. Est venu le temps où il est important pour toi de montrer que tu n'es pas qu'un banger ou un DJ de club ?

Hervé : Oui énormément. J'avais beaucoup à prouver dans un sens, je ne voulais plus me reposer sur le kick ou le four-to-the-floor parce que c'est trop facile. Je voulais toucher les gens vraiment différemment, leur dévoiler quelque chose de magnifique et ça n'a pas été facile à concevoir. C'était important pour moi d'entendre le public me qualifier autrement qu'avec "banger" ou "dancefloor filla" systématiquement. Et c'est très délicat de produire une musique qui ne correspond pas à ces termes.

 

Quelque chose de plus complexe, sophistiqué ?

Hervé : ouais ! C'est exactement ça. J'adore la simplicité de la dance et de la musique pour le corps mais cet album je l'ai conçu pour l'esprit, pour se perdre dedans, créer ses propres images, des choses du genre.

 

Peut-être que tu avais des envies de songwritting ?

Hervé : oui. Je l'ai toujours fait, dans certaines mesures. Tu apprends toujours. Surtout avec le projet secret avec un groupe que j'ai en ce moment. Là, avec les autres, j'apprend à écrire vraiment différents types de musiques. J'en dirais plus dans les mois à venir mais oui, ça montre une certaine envie de songwritting dans l'ensemble.

 

C'est toujours secret cette histoire de groupe pour l'instant ?

Hervé : ouais.

 

Ok. J'ai lu quelque part que tu voulais faire cet album pour créer une expérience auditive. Qu'est ce que tu entends par là ?

Hervé : j'ai voulu créer une expérience pour l'auditeur vive au travers et dresser un background pour l'accompagner selon ses humeurs, quand il part faire une balade… Tu sais mon point de repère pour tester un album est souvent de s'allonger sur la plage après une longue marche. Je ne voulais pas enchainer les banger, ni une chanson triste puis un banger, je voulais créer une expérience continue et cohérente comme l'album de Four Tet ou celui de Washed Out. Parce que j'avais toute cette jolie vibe en tête autour de l'album dans sa globalité et je voulais étendre ça sur plusieurs titres.

 

Peut-être que tu voulais rentrer dans une relation plus intime avec l'auditeur ?

Hervé : oui tout à fait, je ne voulais surtout pas toucher uniquement son corps comme je te disais précédemment.

 

Des producteurs dans la house ou la deep house parle souvent d'album que tu peux écouter à la maison, d'albums domestiques, c'était une de tes ambitions ?

Hervé : oui et puis il était très important de développer un son unique, propre à moi, qui n'était pas de la dance music. C'est un challenge pour moi de faire un listening album, mais cette idée m'a vraiment guidé.

 


Quelque chose que j'entends souvent lorsque un producteur sort son premier LP est qu'il voulait bâtir une œuvre intemporelle. Souvent la dance music est un produit de son temps, elle incorpore des éléments voués à mourir très vite. Pour sortir de cette dance, tu t'es mis en tête de produire quelque chose d'intemporel ?

Hervé : je suis d'accord avec toi à 100 %.  La dance music est vraiment un produit de son temps, même si c'est très drôle à faire et écouter. Et c'est sûr que je continuerai à faire des tracks pour les clubs mais mes albums ressembleront à ça maintenant, je me concentrerais sur le club uniquement en EP ou en mixtape. Mais oui l'intemporalité, c'est une notion hyper importante quand tu produis. Pour moi ça l'est en tout cas. 

 

Et tu crois que cet album va t'aider à produire autrement à l'avenir ? Même dans les aspects clubs ?

Hervé : oui bien entendu. Ça m'aide à exprimer un nouveau mood. Même pour les tracks clubs, même si je produis de la musique à danser je veux que conserver de l'étrangeté dans ce que je fais à présent, je ne serai plus direct comme auparavant. J'ai été poussé dans une certaine direction avec cet album, je le sens même après l'avoir fini dans ce que je ressens comme satisfaction, dans ce que ça m'a aidé à sortir.

 

Et pourquoi tu n'as choisi que des voix de femmes sur cet album ?

Hervé : à vrai dire sur "Lose Control" avec Seasfire, c'est une voix d'homme.

 

Sérieusement ?

Hervé : Ouais (rires, ndlr)

 
 

Merde, j'étais persuadé du contraire…

Hervé : t'en fais pas… (rire, ndlr). C'est un groupe de mon label (Cheap Thrills, ndlr). Mais le chanteur s'appelle Josh, comme moi, et oui il a une voix haut perchée… Ça le ferait rire si je lui disais que quelqu'un pense que c'est une femme mais… c'est un Josh. Un mec quoi.

 
 

Ho, ok. Donc excuse moi auprès de Josh.

Hervé : (rires, ndlr). C'est rien, il ne t'en voudrait pas. Mais ça soulève quelque chose t'intéressant. J'aime bosser avec toutes sortes d'artistes mais c'est vrai que j'aime particulièrement les voix de femmes. J'aime vraiment les voix qui invitent à l'imagination donc à l'origine, il n'y avait que des voix de femmes. Je voulais des voix très organiques parce qu'en préparant l'album j'ai été très influencé par la nature et le changement des saisons. Les saisons m'évoquent des choses et lorsque Josh m'a proposé des vocals sur un titre j'ai été stupéfait, c'est exactement ce que j'attendais d'une voix féminine. Donc je l'ai gardé.

 
 

Et pourquoi tu as choisis précisément ces voix là ? Un label te les a présentées ?

Hervé : non, non, je les stalkais ! Pour Seasfire, ça a été facile, ils bossent avec moi sur mon label et j'avais une connexion avec eux. Par contre concernant Maria et Katie d'Austra, je les trouve brillantes et je suis heureux qu'elles aient accepté.

 

Parce que tu n'as choisi que des artistes de hyper indés…

Hervé : oui j'en ai marre des voix hyper cheesy, je voulais quelque chose de plus ambiguë, qui remplisse mon cœur, je ne voulais pas choisir quelqu'un qui a marqué l'année avec une bonne vidéo, un gros hit radio… Je voulais vraiment faire ce qu'un artiste complet ferait et choisir quelqu'un parce qu'il me comble artistiquement.

 

C'est quelque chose qui t'intéresserait de produire pour "des voix" à l'avenir ?

Hervé : ouais complétement. Qu'ils vendent des milliers de disques ou que dalle, je m'en fous complétement, j'ai envie de me consacrer à d'autres artistes à l'avenir, à ce que je considère comme des talents à part entière.

 

Je finirais avec quelque chose d'ironique : cet album t'a servi à montrer d'autres parts de toi-même et curieusement tu l'appelles "The Art Of Disappearing" (l'art de disparaitre"). Paradoxal, non ?

Hervé : ho (rire, ndlr) ! C'est très malin d'avoir remarqué ça ! Le nom de l'album vient d'une blague en fait. L'ancien Hervé a complétement disparu pour que le nouveau puisse s'accomplir en tant qu'artiste. J'aimais aussi l'idée de disparaitre dans quelque chose et de s'extraire de ce monde où tout n'est que distraction.