Annoncé à grands renforts de promo ces dernières semaines, la Banquise le nouvel opus de Guizmo, est enfin arrivé dans les bacs. L’ occasion de s’entretenir avec lui de sa notoriété grandissante, entre autres.

90bpm : Comment as tu procédé pour l’écriture de cet album?

Guizmo :
J’ai essayé de suivre une trame, et de ne pas passer du coq à l’âne. C’est comme ça : Moins je suis bordélique dans ma vie moins je suis bordélique dans mes textes. Néanmoins cet album reste vachement éclectique. Dessus tu trouves de la compo un truc que je ne faisais pas avant. On y entend aussi beaucoup plus de sonorités électroniques. C’est lié au fait que j’écoute beaucoup de morceaux dans ce délire là ces derniers temps. Comme "Stay schemin" de Rick Ross  ou "Holy Ghost" sur l’album Rich Forever, mais je ne suis quand même pas allé jusqu’à faire du vocodeur ça JAMAIS.

90bpm : Quels sont les thèmes que tu abordes ?

Guizmo :
La fête sur "j’aime la nuit" mais il n’y a pas que de ça. Sur "j’attends" (track 15) : j’ai écrit pour les gens qui attendent quelque chose : qui attendent de sortir de taule, qui attendent le pardon d’un membre de la famille, ou qui ne se sentent pas bien et qui attendent la mort. Et puis il y a "Le sac" aka "Guizmax". Sur celle là je vide mon sac, et il était lourd. Je me livre, ça fait du bien, je dis ce que j’ai à dire, sans craindre le qu’en-dira-t-on, sans penser aux conséquences, c’est un instant de vie. Et je continue sur "ma haine est viscérale" j’en vide encore plus. Et puis il y a "Des millions de rêves" ça s’adresse aux petits frères qui sont là à trainer, à rigoler, à fumer, à faire les cons.

90bpm : Tu sembles bien épaulé avec Willy et Yonea (Zone Sensible). Est-ce que tu as établi un plan de carrière avec eux ?

Guizmo :
Je vais tout niquer ! (rires) Mais surtout m’amuser, rigoler, rester avec Zone Sensible, continuer à sortir des cd. rester proche du public. J’ai promis un album tous les 6 mois. Le 3 octobre sortait "Normal" et le 16 avril "la Banquise" ça bouge pas! Et le prochain est programmé pour la première semaine d’octobre. Willy et Yonea c’est les tontons. Ils sont là en cas de coup dur. Ils connaissent ma famille mes potes. Ils m’ont sorti de la merde. J’en avais rien à foutre de ma vie jusqu’à ce que je les rencontre. Ils m’ont fait réaliser que j’avais le potentiel de faire une carrière dans le rap. La rencontre avec eux ça a été un déclic. Regardes ou j’en suis aujourd’hui. Je suis chez Because dans un cadre idyllique pour donner mes interviews. J’ai bien conscience que ce n’est pas donné à tout le monde. Et c’est le tourneur Live Nation qui s’occupe de la tournée, qui commencera deux semaines après la sortie.

90bpm : Est ce que tu sens que le public réceptif?

Guizmo : Même plus que ça : compréhensif. Guizmo on ne peut pas le nier, c’est un personnage difficile à cerner, ça part dans tous les sens. Mais le public, il a été au fond, il ne se soucie pas des débordements. On partage des choses fondamentales. Je peux lire la sincérité dans le regard des gens que j’ai en face de moi en concert et c’est ce qui me fait le plus plaisir : échanger. On ne se ressemble pas, on ne vient pas de la même classe sociale, on a pas le même vécu, la même expérience, mais on partage la même envie de devenir quelqu’un, d’exister.
Et aujourd’hui le rap s’est démocratisé. Je pense que les mômes d’aujourd’hui sont beaucoup plus précoces qu’avant et ce n’est pas le rap qui leur a ouvert la porte. C’est affolant comme le public est de plus en plus jeune : Mais au final est ce qu’à 12 ans on avait pas besoin d’un Guizmo d’un Nekkfeu d’un Youssoupha ou d’un Disiz ? Mais ils étaient pas là. La scène rap qui existait quand on avait 12 ans était beaucoup trop dure pour nous. Mes grands frères écoutaient Rhoff, Lunatic, Assassins… Perso ça ne m’a jamais attiré. Du fait que les instrus ne me plaisaient pas , je n’écoutais pas les textes. J’ai un goût prononcé pour la musicalité et l’harmonie. Je pourrais rapper sur du hard rock ou du métal. Mais est ce que t’écouterais mon texte?
Ce côté harmonieux et la manière dont sont réalisés les morceaux contribuent à élargir le public du rap
 
90bpm : T’écoutes un peu ce qu’il se fait en ce moment dans le rap français ?

Guizmo : Au fil d’une soirée un pote met un son. Il s’avère que c’est un mec de la nouvelle génération. Je l’ai déjà rencontré dans une radio. Je sais un peu ce qu’il fait. J’écoute le morceau qui passe, je vais pas lui demander de changer! De là à rentrer le titre sur Youtube… Ce qu’il manque de nos jours, c’est un prescripteur, comme à l’époque Cut Killer ou DeeNasty.  On n’attend plus la sortie de LA compile de référence. Pour la simple et bonne raison qu’il y a 25 compiles. La compile d’ado, de M6, de Skyrock, de lui, et d’elle, de son collègue et de sa petite soeur. A quoi veux tu qu’on se réfère? Toutes les semaines sort une compile et sur toutes les compiles, les mêmes artistes.
Je ne dirais qu’un mot à propos de tout ce qui se fait maintenant : la fraîcheur. J’ai pas envie de dire que c’est bien ou que c’est mal. C’est frais, c’est nouveau. Chacun l’écoute et le ressent comme il veut. En aucun cas je ne me sens en droit de balancer des piques sur les uns ou sur les autres.

Gros Plan : La nouvelle génération ressuscite le rap français (part 2)

Propos recueillis par Charles Faugeron pour 90bpm