De prime abord, interviewer Theophilus London ça n’est même plus ramer, c’est risquer la noyade : très affairé à jouer avec son iPad et à prendre en photo les cadeaux Lanvin qu’il a reçu durant la fashion week, Theo sera… absent à plusieurs reprises pendant l’entretien… Qui plus est, Mr. Londres se considère comme un artiste capital, un léger problème d’égo qui, finalement, ne rend l’interview qu’un peu plus savoureuse. Et puis d’un autre côté, comme dirait l’autre : no pain, no gain. Donc à la fin de l’interview, il y a un scoop.

Dans un interlude sur la mixtape I Want You, quelqu’un te demande comment tu te considères : en tant que rappeur ou autre. Tu sembles à avoir du mal à te définir, est-ce toujours le cas ?

Theophilus : quelle chanson ?

 
Justement, ça n’est pas dans une chanson mais…

Theophilus : (il me coupe, ndlr) haaaa si si si, je vois très bien de quoi tu parles.

 

Et donc tu parviendrais à répondre aujourd’hui ? Comment te considères-tu en tant qu’artiste?

Théophilus : C’est clair que je suis plus qu’un rappeur. Je suis un songwritter, un entertainer… Mais un rappeur aussi. Je rappe.

 

OK. Et par extension, tu te considères comme un artiste hip hop?

Théophilus : bien sûr, je suis un gros fan de hip hop. Mais je m’inscris comme participant à l’évolution du style.

 

Et ce format hybride que tu choisis dans ta musique, cette évolution, c’est en réaction au contexte actuel du hip hop? Tu trouves qu’il ne se renouvelle pas?

Theophilus : Je ne sais pas. A vrai dire je n’écoute pas de hip hop. Pas du tout.

 
Ho ? Et qu’est ce que tu aimes écouter ?

Theophilus : j’écoute surtout de la musique triste. Du jazz… En ce moment j’adore Franck Ocean, that shit’s tight.

 

Et dans cette idée que se fait Franck Ocean, ou Kanye West, d’ouvrir le hip hop vers des choses nouvelles, de l’emmener vers des terrains plus pop, c’est quelque chose qui t’intéresse?

Theophilus : Pardon ? (il ne m’écoute plus, ndlr) Ouvrir de nouvelles voies au hip hop? Bien sûr que ça m’intéresse. Je m’identifie pas du tout à la frange hip hop, j’en écoute pas, ça m’intéresse, m’influence d’une certaine manière mais j’ai l’impression d’avoir tellement plus à faire que du hip hop. Je me sens plus pop que hip hop.



OK, passons à autre chose. Tu es un genre de dandy…

Theophilus : (il me coupe, ndlr) Qu’est ce que c’est ?

 
Un dandy?

Theophilus : ouais

 

Ho. C’est un lifestyle, une attitude liée à l’élégance et à un certain raffinement dans l’attitude ou dans le choix vestimentaire…

Theophilus : je vois pas du tout…

 

Voyons les choses autrement. Est-ce que tu conçois ta manière de créer proche de celle d’un créateur dans la mode?

Theophilus : ho. Ouais. Enfin, moi je ne me vois pas comme ça. Certains me qualifient de trendsetter et j’aime ce terme mais je ne me vois pas comme ça. Mais d’une certaine manière c’est vrai. Tout ce que je fais – et ça peut se ressentir dans le soin apporté à mes tenues – a quelque chose d’une nouvelle mode en marche. Ça fait aussi partie de la magie de la chose.

 

Tu cites souvent Morissey ou les Smiths en interview. Tu te sens proche d’un Morissey de ta discipline?

Theophilus : Ouais carrément. Morissey était libre, comme lui je parle de fantasmes, de ce qui me plait. Et si les Smiths m’inspirent c’est que leur musique est libre aussi. Ils sont en dehors des normes et ils s’en foutent, ils sont dans la marge et moi aussi. Je ne peux pas parler de trucs "normaux" dans ma musique parce que quoi qu’il en soit ma vie n’est pas normale, je n’ai pas la vie de tout un chacun. Je ne suis pas le regular joe qui va à l’usine tous les jours, ma vie est folle, je reviens juste d’Afrique Du Sud, j’y étais ce matin, j’ai vu un lion il y a quelques jours, je bois du champagne toutes les nuits, je couche avec qui je veux et je peux conduire la voiture qui me chante… Ça c’est ma vie.

 


D’un autre côté ton succès est super récent, ta vie n’a pas du être constituée que de ça, j’imagine, avant ton premier album. Pourtant il ressemble à – et est d’ailleurs constitué de titres de – tes premières mixtapes. Donc de l’époque où personne ne te connaissait…

Theophilus : je te rejoins complétement sur ce point… (Quelqu’un rentre dans la pièce, il lui parle et en profite pour éluder ma question, ndlr)

 
Et ton lien à Morissey, vient-il d’un romantisme urbain, que vous pourriez avoir en commun?

Theophilus : Quoi? Tu peux répéter?

 

 Et ton lien à Morissey, vient-il d’un romantisme urbain que vous pourriez avoir en commun?

Theophilus : Ouais définitivement.

 
OK. Sinon, quel a été le rôle de Dave Sitek dans ta carrière?

Theophilus : il a produit quelques titres et j’ai participé à son projet Maximum Balloon. C’est un producteur super groovy et il est très confiant en ce qu’il fait ce qui fait de lui un grand producteur.

 
C’est un pygmalion?

Theophilus : non. C’est un ami plutôt. 

 

Que représente la mixtape pour toi ? C’est plus un test ou ça se rapproche du véritable album? Moi je pencherais pour la seconde option.

Theophilus : Pardon? Tu peux répéter?

 
Que représente la mixtape pour toi?

Theophilus : Ho les mixtapes. Quand tu adhères à une esthétique urbaine, tu es obligé d’en passer par là. Et puis c’est l’occasion de donner à l’auditeur une chance d’apprendre à te connaître.


 


Tu as dit que ta mixtape I Want You avait été influencée par Londres et New York…

Theophilus : (il me coupe, ndlr) oui mais mon album a été influencé par Los Angeles et Stockholm.

 

OK, mais ce matin en arrivant à Paris tu as tweeté que Paris était une ville super inspirante pour toi…

Theophilus : Ouais, bien sûr !

 
Et tu aimerais enregistrer un album ici?

Theophilus : (un léger silence intervient, ndlr) Mon nouvel album est en train d’être enregistré à Paris. Tu es le premier au courant.

 
Vraiment ? Avec qui bosses-tu ?

Théophilus : J’ai pas le droit de le dévoiler.

 
Je vois c’est encore secret.

Theophilus : ouais très secret.

 
Et quand va-t-il sortir?

Theophilus : 2012 je pense.

 

Et avec quel artiste Français aimerais-tu travailler à Paris?

Theophilus : Ho Brodinski, d’ailleurs il bosse sur l’album. Damon Albarn aussi sera un de mes invités. (bah alors je croyais que tu avais pas le droit d’en parler, ndlr). Il y aura un tas d’invités, je ne peux pas en parler maintenant, tu verras le moment venu.

 

D’ailleurs, il y a énormément de voix féminines sur ton album, tu as déjà songé à travailler avec des voix d’hommes?

Theophilus : Le prochain album ne connaitra que des invités masculins.

 

Une dernière question, parce que je n’ai trouvé la réponse nulle part : est-ce que Theophilus London est ton vrai nom?

Theophilus : Ouais et j’en suis fier. C’est le nom inscrit sur mon passeport, c’était le nom de mon grand-père et maintenant c’est le mien.

 

Theophilus sera en concert le 22 mai au Trianon de Paris.