Un mois après la soirée Noche de Buenos Aires au 104, le trio argentin Tremor est de retour à Paris, pour une soirée à La Bellevilloise. Figures incontournable du label ZZK et de la nouvelle scène musicale argentine, ils explorent le folklores andins avec une énergie rocks, revisitent le répertoire sud-américain à grand coup de percussions et d’instruments électroniques.

<< Il y a 5 ans je t'aurais dit que j'aimais jouer dans un auditorium avec tout le monde assis, maintenant je trouve qu'il n'y a pas plus chiant. >>. Ancien élève du conservatoire, le fondateur du groupe, Leonardo Martinelli, revient sur la trajectoire du trio… entre expérimentations sonores et pistes de danse surchauffées.

Une interview à lire en téléchargeant leur mixtape, disponible gratuitement sur le site de ZZ Records

Tournées Européenne, articles de presse, interviews radio, récompenses… alors comme ca vous êtes devenu la formation la plus en vue du label ZZK ?

Caramba ! Je sais pas trop, peut être oui… En même temps on n’est pas très représentatif du label ZZK, très lié à la cumbia. En fait on est l’unique véritable « groupe » du label puis-ce que nous sommes trois. C’est ce qui nous différencie des autres artistes du mouvement, dont beaucoup sont des DJ. Par contre, en ce qui concerne l’état d’esprit, on est à fond dans ZZK : l’exploration de sons sud-américains, l’expérimentation.

Vous expérimentez tellement que vous gagnez des prix (en 2006 Leonardo à remporté le prix « F » du Laboratoire d’Expérimentation Artistique Argentin) ? C’est pas un peu institutionnels tout ca !?

(Rire) C’est blizzard, d’un côté on est toujours underground, on ne vend pas 40 000 disques, mais c’est vrai qu’il y’a de l’attention médiatique pour nous, dans les grands médias argentin. On ne perd pas notre côté underground mais je crois que la critique, la presse, a découvert le disque (Viajante) et l’a aimé… et on est content. C’est pas ça qui va faire de nous un groupe commercial, qui passe à la radio. On a une musique instrumentale, déformée, pleine de coupures, de pauses, très radicale.
C’est peut être ce qui fait de vous la formation la moins accessible du label, avec des morceaux pas toujours très dansant…
On essai toujours d’être fidèle à ce qu’on aime. D’ailleurs c’est marrant parce que pleins de gens sont venu nous voir en nous disant qu’il nous manquait une chanteuse au milieu, comme si ils voulaient nous donner une bonne idée pour arriver au succès. Mais nous ce qu’on veut c’est faire la musique qu’on a dans le ventre, et toucher les gens qui vibrent sur la même fréquence que nous. Si y’a le succès tant mieux, sinon tant pis.

Justement, elle vient d’où cette originalité ? Qu’est ce que t’écoutais quand t’étais gosse ?

Depuis tout petit j’écoutais du rock, dès 5 ans… mais j’écoutais pleins d’autre trucs, pas mal de folklore, de musique italienne et même Dona Summer ! J’étais un peu étrange. A 6 ans, à mon anniversaire, on m’a offert un disque de musique pour enfant, mais je n’aimais pas ça du tout et je suis allé changer le disque contre un album de Rock bien plus violent.
Du coup j’ai commencé en jouant du Rock, à la batterie… des débuts dont on sent toujours l’influence sur le groupe. Après j’ai commencé à bidouillé sur des synthétiseurs, des samplers, à une époque ou y’avait pas trop d’ordi.

En autodidacte ?

J’ai pris des cours au conservatoire, j’ai étudié la composition, les harmonies tout ca. A un moment je me suis rendu compte que je voulais écrire de la musique, composer, et la batterie m’est apparue d’un seul coup comme très incomplète.

Composer ? Mais quoi ?

Bah, ca a toujours été un peu curieux. Je suis passé par le conservatoire et la personne que je considère comme mon maître est un musicien qui s’appel Marcelo Katz. Je me souviens qu’au premier cours avec lui c’était très drôle car il nous a fait écouter 3 disques : un de chansons, un autre de musique concrète et un autre de musique électronique. D’entrée on était dans la schizophrénie musicale. Et j’ai d’ailleurs longtemps pensé que cette schizophrénie était quelque chose de négatif. A aimer ainsi pleins de choses différentes j’avais l’impression que je n’étais vraiment fan de rien, spécialiste d’aucun genre en particulier et ça me gênait. Mais au fil des années je me suis rendu compte que c’était l’inverse, que c’était ce que j’avais de mieux à offrir, la combinaison et les langages de tous ces styles différents, ces styles que j’apprécie.

T’as commencé quand avec Tremor ?

Les débuts de Tremor datent en fait de 1998, j’avais envie de combiner des trucs que j’aimais comme la musique concrète, l’électro, avec le folklore argentin ou plutôt le folklore andin, dont j’étais amoureux. Ca me paraissait drôle de chercher un point où ces trois éléments pourraient se rencontrer, une zone de synthèse.

Et t’as embarqué deux amis la dedans ?

(Rire) Non en fait à l’époque j’étais tout seul. Tremor a 10 ans… mais pendant 5 ans Tremor c’était moi tout seul. Y’a un disque que j’ai enregistré seul, en faisant tous les instruments. Camillo et Gerardo je les ai rencontré vers 2006, ils m’ont contacté après la sortie de mon premier disque.

Qu’est ce qui s’est passé ? T’étais fatigué de jouer tous les instruments toi-même ?

Ha, en fait y’a eu plusieurs choses. D’une part j’étais assez ouvert à l’idée de faire de la musique avec des gens, avoir un feedback. Tes propres compositions, l’université… tout ça obéit à une même logique, c’est un train-train, et lorsqu’arrivent de nouvelles personnes ça te mobilise, ca te modifie. Mais d’autre part c’est aussi un peu de chance que le courant soit bien passé avec Camillo et Gerardo. On ne se connaissait pas à la base mais la sauce à pris rapidement, j’aime leur énergie et leur vision de la musique.

Quelle influence ça a eu sur Tremor ?

Une influence énorme. Ca a été progressif mais ça a changé beaucoup de chose. Camillo, en plus d’être un percussionniste hors paires, est quelqu’un qui vient d’une famille de musiciens, contrairement à moi. C’est le fils d’un musicien et de toute une famille qui compte beaucoup dans le folklore argentin. Il apportait une énergie très forte dans sa relation au folklore, j’ai beaucoup appris à son contact, en le voyant jouer. Son père c’était El Cuti Carabajal, son oncle Carlos est aussi considéré comme le père le la Chacarera. Il a tout ce background.
Gerardo est un spécialiste de la synthèse, il fait des trucs incroyables avec les claviers, tout en variations, en improvisation : tu n’écouteras jamais deux show identiques. Il insuffle aussi beaucoup d’énergie. Avec eux deux le show est devenu bien plus intense qu’avant. Ca n’a plus rien avoir avec 2005, lorsque c’était psychédélique, ambiant. Aujourd’hui c’est sanguin, avec beaucoup de percussions.

T’as eu envie de faire danser les gens, de les mettre en transe ?

Bah, c’est un peu différent d’avoir un groupe et d’avoir ce groupe, avec Camillo, sa présence scénique. L’évolution a un peu avoir aussi avec les fêtes Zizek. Ils nous ont invité à jouer. Je connaissais Grant et Villa Diamante, deux des trois fondateurs de Zizek. Ils aimaient Tremor. Grant était venu me voir jouer et Villa Diamante avait acheté mon premier album. Quand ils nous ont invité à jouer on était surpris, notre set n’était pas très dansant. On s’est regardé d’un air de dire « Ils sont sûre de leur coup là ? ». On y est allé et au final ça a été très stimulant. Ca a surpris les gens. On s’est donné pour faire un show plus puissant que d’habitude. De fil en aiguille on s’est lâché de plus en plus en concert.. et d’une certaine manière c’est presque devenu un vice ! On aime vraiment la sueur. Là on fait un nouveau disque dont toute une partie est super intense. On en est très content et ça a beaucoup à voir avec ces fêtes, ces débuts dans les discothèques, la chaleur du public. Y’a cinq ans je t’aurais dit que j’aimais jouer dans un auditorium avec tout le monde assis. Maintenant je trouve qu’il n’y a pas plus chiant.

Quand débute votre collaboration avec ZZK ?

On a vraiment commencé en 2009.

Vous étiez proche de leur état d’esprit à ce moment là ?

Esthétiquement pas tant que ça, pas au début. Aujourd’hui ZZK se diversifie beaucoup, avec plus d’artistes et plus de variété dans le son. Mais avant ils étaient très orientés cumbia digitale… et on avait pas grand-chose à voir avec ça. Nous on était dans le folklore au sens large. Mais par contre on était proche d’eux pour ce qui est de l’esprit de recherche. Y’avait pleins de musiciens chez eux qu’on appréciait. Un beau truc s’est passé lors des premières fêtes Zizek, avant la création du label. C’était le mercredi soir, un jour où on pouvait prendre des risques. Les mecs ramenaient chaque fois des artistes très différents. Y’avait beaucoup d’échange et d’influence réciproque entre les musiciens. Je suis monté pleins de fois sur scène pour jouer avec d’autres gens et vice versa. Y’avait par exemple Pablo Lezcano, une figure de la cumbia Villera, on croisait aussi Ale Sergi le chanteur de Miranda, Dante Spinetta, et bien sûre Gaby Kerpel, Marcelo Fabian… c’était super.

Le rendez-vous de tous les musiciens de la ville ?

Oui, c’était un lieu qui suscitait la curiosité, provoquait l’échange.

Ca a été grâce à cette scène que vous avez pu à la fois expérimenter et faire danser ?

Oui complètement

En fait, avant cette nouvelle scène, il n’y avait pas de lieu de synthèse ? Entre la scène Cumbia Villera, les folklores des zones rurales et les influences européennes et urbaines de Buenos Aires on ne trouvait pas grand-chose ?

Absolument. Pour nous les fêtes Zizek ont été un lieu pour expérimenter. Mais avec Tremor c’est un peu spécial parce que parfois on joue dans un contexte électro, d’autres fois dans un environnement Rock, d’autres en tant que groupe de World Music. C’est super intéressant, on apprend beaucoup de ça : c’est différent de jouer pour des rockeurs ou pour des clubbers.

Y compris en argentine vous avez ces différents publics ? Vous bougez hors de la capitale ?

On essai de sortir à chaque fois qu’on peu, aller dans l’intérieur, une zone qu’on aime beaucoup et dont le folklore nous influence énormément. Y’a pas longtemps on est allé jouer à un festival de ciné à Santiago de Estero, capitale de la Chacarera. Cet été on a joué au Chaco, à Corrientes, sur le littoral, dans le cadre d’un festival de folklore. On essai toujours de toucher de nouveaux publics, c’est important. On a plaisir à ca.

Et comment va sonner note prochain disque ?

On en a la moitié prête. Ca va ressembler davantage au show, dense, plus haut… mais ca sera pas pour autant super dansant. D’un coté c’est un peu plus Rock, non dans les instruments mais dans l’état d’esprit. Y’aura aussi quelques surprises, de nouveaux instruments, guitare sèche, mapuche, et un peu plus de voix aussi, sur 4 chansons. L’esprit reste le même mais on continue à aller de l’avant. Ca va sortir début 2012… en digital et je pense aussi en CD, au moins en Argentine. D’ici là on a une ou deux tournées.

Pour terminer je voulais te demander les musiciens qui t’ont le plus influencé. Les disques que t’emmènerais sur une Ile déserte ?

Y’a Domingo Cura, un des meilleurs représentant du folklore Argentin… mais il a fait des disques quasi psychédélique dans les années 1970. Très ample, très bon. Après y’a Los Jaivas, un groupe chilien qui sont un peu à l’origine du mélange avec le folklore. Ils sont très Rock. Un troisième : Eduardo Lagos, et son disque Asi Nos Gusta c’est un disque incroyable, mélange de folklore et de jazz. Tout ca c’est les années 1970, une autre époque mais qui a posé les bases de ce qu’on fait aujourd’hui.

Vous tournez beaucoup en ce moment. Passage au 104, à La Bellevilloise… comment ca s’est passé vos dernières tournées en Europe ?

On a déjà fait 3 et les 4 et 5ème vont se faire avant la fin de l’année. A Paris, les fois d’avant, on a aussi joué au Social Club, avec Fauna et Villa Diamante, c’était super. Au Glazart… y’avait pas trop de monde. En même temps nos disques sont pas sortis en France, on n’a pas de distributeur : dur de trouver un public… Heureusement, même quand y’a pas grand monde, le peu de public qu’il y a est toujours complètement déchainé.

Propos de Leonardo Martinelli, fondateur de Tremor, recueillis, transcris et traduits par Charly Andral pour 90bpm.

Photos de Charly Andral pour 90bpm.