Triple Champion du monde DMC (DMC Battle for world supremacy 2001 et 2002, DMC World 2006), DJ Nétik prépare une série de maxis, dont un premier ep avec Mc Youthstar, très influencés par les raves anglaises: il a d’ailleurs développé ses affinités avec le dubstep et la drum n bass pour incendier le dancefloor des soirées Excuse my French.

Tu es triple champion du monde DMC (DMC Battle for world supremacy 2001 et 2002, DMC World 2006), est-ce que ça enlève à ton mérite, le fait que le niveau a baissé dans les compétitions s’agissant de ton titre de 2006? Certains te considéraient comme l’un des meilleurs scratcheurs de France, voire même du monde en 2006.

Nétik: Merci à eux. Je ne sais pas si ça enlève du mérite que le niveau ait baissé. Déjà que le niveau ait baissé, ça peut se débattre, mais c’est vrai que je trouve moins mon kiff dans les trucs de maintenant. Est-ce que ça enlève du mérite? Je ne sais pas, c’est peut-être surtout moins kiffant en fait. Le mérite et tout, ce n’est pas grave. C’est qu’au moment où je l’ai fait, je le voulais, et puis j’ai eu mon moment de satisfaction, et je pense que je l’ai mérité. Après que maintenant le milieu soit un peu en baisse et qu’il y ait peut-être moins d’intérêt, ouais. Ce n’est pas grave, après c’est pour les gens, ça n’empêche pas qu’au moment où je l’ai fait, c’était très bien pour moi (rires). Je ne pensais pas trop à ça en fait.

Toi qui louais les vertus des jeux de mots faits sur les disques originaux à la DJ Noize, tu comprends ceux qui préfèrent qu’on utilise les originaux plutôt que ses propres disques vu que tu as fait ton show avec Le Jad en 2006?

Nétik: Je comprends carrément, parce qu’à l’époque où j’ai commencé, c’était avec des vinyles. Après je comprends, mais il y a juste un truc pour moi qui est logique: si tu utilises les originaux, ne refais pas ce qui a déjà été vu et revu, et c’est ça qui est hyper dur en fait. Même avec les customs aujourd’hui, c’est dur de faire du nouveau, je pense qu’on le voit tous dans le scratch en compét, il y a peu de mecs qui sortent du lot, de moins en moins j’ai l’impression. Ca devient vachement uniforme, et soit tout le monde part dans les trucs électro bourrins, il y a moins de musicalité. Alors moi je ne suis pas contre du tout reprendre des disques et tout, mais il faut voir le résultat parce que des fois ça m’est arrivé de voir des mecs qui reprenaient des skeuds, et pour faire des trucs de 96, ça peut être pris comme un clin d’oeil, un truc de kiffeur, moi ça me fait toujours kiffer mais voilà en termes de compétition et d’évolution, ça n’apporte rien. Donc tout est ouvert, que ce soit avec des disques pressés ou pas, ce n’est même plus le débat, c’est que même les mecs qui utilisent les originaux, je n’en ai pas vu faire des trucs de malade. Donc peu importe l’outil, c’est celui qui fera le truc de ouf maintenant je pense. Bon courage à eux parce que c’est dur (rires).

Personnellement, je pense que la production est le gros pallier à franchir pour ta carrière..

Nétik: C’est ce que je me dis depuis un paquet de temps aussi, carrément.

Tu peux parler de ton ep que tu sors avec Mc Youthstar.. Tu as fait un morceau de dubstep avec lui.

Nétik: Je me penche sur la prod, ce qui est un truc logique, parce que déjà d’une avec le scratch, tu ne peux pas faire carrière en tant que scratcheur, et même en tant que dj, c’est dur de faire carrière à part des mecs dans les musiques électroniques ou même du hiphop, mais qui sont là depuis quinze/ vingt ans, qui ont eu un nom pour ça. Sinon il faut faire des productions, et puis même c’est aussi un kiff d’avoir envie de faire sa musique. Donc du coup, je taffe les prods depuis quasiment six/ sept ans, et là je sors mon premier ep avec Mc Youthstar qui a des sonorités électroniques, mais sur un beat hiphop, donc voilà c’est un ep qui s’appelle "Blood Bath" en fait, il y a un morceau électro hiphop avec Youthstar, et en face b j’ai fait un remix de dubstep, ce qui colle un peu avec les trucs que je kiffe en ce moment. Et ça sort en février, et on a un clip qui vient avec.

Tu as joué de la drum n bass et du dubstep ce soir pour la soirée Excuse my French avec pas mal de nouveautés, tu peux parler des artistes que tu affectionnes dans ces styles?

Nétik: Il y en a plein. Ce soir, vu que j’ai fait un set court avant les Scratch Perverts, j’ai vraiment fait un condensé avec pas mal de hits, ou de bangers, enfin je ne sais pas comment on appelle ça, j’ai joué du Skrillex, il y a eu du Nero, ce sont des artistes que j’aime bien en dubstep. En drum, j’ai joué des morceaux de Dirtyphonics qui sont d’ailleurs des Français, des mecs du crew de Youthstar, le mc qui est sur mon maxi. Il y a eu quoi d’autre? Du Flux Pavillon, il y a eu un mec qui est peut-être moins connu qui s’appelle Downlink, enfin voilà je suis vraiment aux aguets, je me balade sur le net et tout, j’essaie de choper les sons qui sortent, les trucs faits en dubstep, mais la liste est longue, et les influences il y en a plein.

On peut parler de ton album ou c’est trop tôt pour en parler?

Nétik: Moi, c’est trop tôt ouais. Par contre c’est sûr qu’il y aura des productions qui vont suivre celle de Youthstar. Je n’ai pas encore une idée d’album, donc je me suis dit que j’allais sortir des maxis en fait ou des deux titres en digital, et voir déjà la réaction, voir moi où je vais parce que je n’ai pas encore la prétention d’avoir un concept d’album ou un truc assez homogène. Je sors mes tracks avec les gens que j’ai envie d’inviter dessus, et puis je vais balancer, on verra ce que ça donne.

Tu peux parler des collaborations à venir, avec Ambitieux peut-être par exemple..

Nétik: Collaborations à venir, bah écoute il y a des idées, mais il n’y a rien de concrèt, donc je ne peux rien dire. Il y a des rappeurs old school new-yorkais que j’aimerais bien avoir, par exemple mon kiff ce serait d’inviter KRS-One, mais sur un morceau électro hiphop, faire un truc avec les artistes que j’ai aimés à l’époque.

Contrairement à Troubl’ ou aux Birdy Nam Nam qui ont plutôt tendance à se détacher des solos de scratch, ton track avec Youthstar sur ton ep comprend du scratch..

Nétik: Dans le morceau avec Youthstar, il y a une espèce de refrain scratché, il y a un petit break où il y a des scratchs et il y a toute la fin du morceau qui est un question/ réponse entre lui et moi, il a fait des prises de sa voix, et moi je rescratche la phrase qu’il dit. On va dire que ce n’est pas de la scratch music, parce que ce n’est pas un truc composé en scratch, ça reste de la production, mais j’y mets quand même un petit truc. Après je ne m’impose pas de concept: je ne me dis pas que je vais en mettre absolument parce que je suis scratcheur, mais évidemment qu’il y a des endroits où j’ai envie d’en mettre, mais il n’y en aura pas partout non plus, ce sera pas des prods de scratch music.

Tu étais aux platines avec Dadoo d’Hocus Pocus pour cette formation alliant saxophone, guitare, chant, percussions et platines, où tu scratchais en question/ réponse avec le saxophoniste..

Nétik: Carrément. C’est complètement improvisé, j’ai été résident pendant un an à la soirée Excuse my French sur les soirées, donc ce sont des amis qui m’invitent souvent, j’en ai faites plein avec eux, et Tom le programmateur aime bien faire des fois des espèces de rencontres, et il m’a appelé il y a un mois en me disant qu’ils faisaient Dadoo, le mec d’Hocus Pocus, qui prépare une petite jam session, et qu’il eût bien aimé m’inviter. Dadoo pour te dire comment ça s’est joué, on s’est eus au téléphone il y a deux/ trois semaines, et il m’a envoyé les sons hier. J’avais déjà écouté ce qu’ils faisaient, donc je savais à quoi m’attendre. Et ça s’est plutôt joué sur l’impro, je savais où je devais poser mes scratchs, et puis là aux balances, on a fait un ou deux petits checks vite fait, et on a eu cette idée de faire le question/ réponse avec le saxo, donc voilà. Vu que ce sont des bons musiciens, quand t’as un peu le feeling musical en tant que scratcheur, et que t’as l’habitude, moi j’ai déjà joué avec des groupes de jazz, donc je sais un peu comment ça se passe en général, ça se fait assez facilement en fait. C’était un petit buff.

Tu parles de groupes de jazz, quelle est la différence avec ce que tu faisais avec le jazzman Eric Truffaz?

Nétik: Truffaz, j’ai fait deux sessions rapidement avec lui, mais ça laissait plus de place, et disons qu’il y avait plus la notion de jazz qu’avec Dadoo.
Dadoo, il a son style musical et il y avait vraiment un emplacement précis où je devais scratcher. Avec des jazzmen comme Truffaz, ils laissent beaucoup plus l’impro et le feeling, c’est vachement spontané donc sur le moment tu ne sais pas comment ça va partir. Si tu pars dans un solo de scratch, ou même un autre zicos, à la limite il ne sait pas quand il va s’arrêter. Là c’était un peu plus structuré.

Tu as écouté le dernier album "In between" d’Eric Truffaz d’ailleurs?

Nétik: J’ai écouté deux morceaux vite fait sur Nova en fait, mais je n’ai pas eu l’occasion de l’écouter en entier. Mais c’est un mec dont j’ai toujours aimé ce qu’il faisait, donc j’essaie de suivre un petit peu.

Tu peux parler de ton show à la MPD?

Nétik: Je suis un petit peu parti dans les trucs dubstep, et j’avais envie d’apporter une touche de technicien entre guillemets turntablism, mais sans faire non plus une vraie routine. J’avais en fait envie de faire un truc à mi-chemin entre le scratch et le set de soirée, donc il y avait la possibilité avec le pad de pouvoir taper des beats, en tapant des grosses caisses, des caisses claires comme sur une MPC mais dans le Serato.

Tu peux parler de ton show avec Troubl’ qui alliait mix et technique? Vous l’avez fait une fois à la Bellevilloise..

Nétik: Mon show avec Troubl’ à la Bellevilloise était censé être un début de collaboration parce que ça faisait longtemps qu’on voulait faire un show tous les deux, et puis les circonstances ont fait qu’on s’est vus plusieurs fois, on a fait celui-là mais on n’a pas continué, parce que chacun a envie de faire aussi ses trucs de son côté. On est restés potes, ce ne sont pas du tout des questions personnelles. On a fait celle-là ici qui était cool, mais ce n’était pas hyper développé, on a dû se voir une petite semaine, c’est pareil on s’est dits qu’on allait faire un mix, qu’on allait mettre ça, on a structuré un peu le mix, on s’est dits qu’à cet endroit-là on pouvait faire une petite phase. Disons que ça pourrait aller beaucoup plus loin si on avait l’envie de vraiment préparer un truc technique, mais je crois que ce n’est pas la motivation pour nous deux.

Pourquoi tu as intégré peu de technique dans ton dj set de ce soir contrairement à un mec comme Craze?

Nétik: Là ce soir, c’était particulier, à la base je suis venu pour le buff avec Dadoo, et ils m’ont dit qu’il y avait les Scratch Perverts qui jouaient après, et ils m’ont demandé de faire une petite transition pour pas que ce soit Dadoo un peu funky/ soul, et d’un coup les Scratch Perverts qui vont arriver avec de la grosse bass music comme des porcs, donc je me suis dit que j’allais faire une petite sélection, préparer un truc de quinze/ vingt minutes, mais que je n’étais pas là pour faire mon set Nétik, me mettre en avant, donc je n’avais pas envie de mettre du scratch en fait. Mais sinon dans tous mes autres sets, je me prends toujours la tête à avoir des parties techniques. Disons que c’était un dj set classique pour ce soir.

Qu’as-tu pensé du décès de Roc Raida, tu me disais qu’il faisait partie des gros du DMC en 1995…

Nétik: Ca a fait chié comme beaucoup de monde. Moi ça m’a fait bizarre parce que c’est un des premiers mecs que j’ai vus quand j’étais jeune, et ça a fait aussi ce sentiment que la vie avance, et que même s’il était jeune, tu vois ce que je veux dire, ça a fait bizarre, ça a mis un coup, même si ce n’est pas quelqu’un que tu connais personnellement, mais quelqu’un que tu admires, une des références quand j’ai commencé le scratch. Donc ouais c’est triste. Je ne vois pas ce que je peux dire à part ça.

Pour finir, le scratch en général, des battles à la scratch music, traverse une grave période de crise, tu en penses quoi? Est-ce que tu penses que l’art du scratch, aussi appelé turntablism, est agonisant?

Nétik: Alors je pense que c’est un peu en crise. Après des fois je me pose la question de savoir si, étant dedans depuis longtemps, il n’y a pas un effet, quand tu évolues, pas de blasement mais.. Par exemple, moi quand j’avais dix-neuf ans et que j’ai commencé les compéts, il y avait pas mal de mecs qui étaient là depuis quinze/ vingt ans et qui disaient que les trucs de l’époque faisaient chier, alors que moi j’étais à fond dans tout ce qu’on faisait à l’époque. Et moi maintenant, quand je vais juger des compéts, ou que je regarde les trucs, j’ai aussi ce sentiment. Je me dis: "Putain quand même à l’époque c’était mieux". Donc, à mon avis, il y a en réalité une petite baisse de régime, mais il y a peut-être aussi le fait qu’on écoute ça depuis longtemps, et qu’on a été passionnés, et qu’au bout d’un moment ça s’essouffle parce que les styles et les codes changent, et on ne s’y retrouve plus. Mais je pense que mort, non. C’est comme tous les trucs, c’est juste que c’est dur d’être créatif, mais moi je suis quasiment sûr qu’il y a des mecs qui vont amener autre chose, ou par la technologie ça va évoluer. Après il y a peut-être une façon de faire qui est terminée, peut-être ou qui va bientôt être terminée.