Julien « Seth » Malland est un habitué des rayons des librairies, co-créateur de la maison d’édition l’Oeil d’Orus / Wasted Talent. Pendant 9 mois il a arpenté les villes d’Amérique du Sud, d’Australie et d’une partie de l’Asie, rencontrant à chaque fois graffeurs, tagueurs ou autre peintres urbains. Toutes ses aventures se sont retrouvées dans un livre récemment publié: « Globe Painter ». Voici le compte rendu d’une rencontre avec l’auteur pour parler voyage, graffiti et bouquins.

Racontes-nous ce qui t’a décidé à voyager comme tu l’as fait…

J’ai toujours voyagé, mais à chaque fois pour de courtes périodes. En 2003, je suis parti 9 mois, de Janvier à Septembre. Un beaucoup plus gros voyage que ce que j’avais fait jusqu’à présent. A cette époque, je n’avais pas spécialement d’attaches: ni boulot, ni copine, ni appartement. Ça me trottait dans la tête depuis un bon moment déjà, l’occasion s’est présentée, j’ai fait mon sac. C’était tout de même long, j’avais un peu le trac avant mon départ.

Où es-tu allé exactement ?

J’ai commencé par Cuba, où je suis allé voir un pote pour ma toute première semaine. Au bout de 3 semaines sur cette île, ça devient vite malsain, donc je suis parti. J’ai ensuite pris l’avion pour Rio, ça tombait parfaitement, c’était la période du carnaval. J’y ai passé un mois. Ensuite je suis allé 3 semaines à Sao Paulo, quasiment exclusivement pour le graffiti. De là j’ai repris un avion pour Santiago où je suis resté 15 jours. Ça a ensuite été ma base pour aller sur l’Île de Paque, Valparaiso et Bueno Aires. De retour à Santiago, je suis parti pour l’Australie. J’ai passé un mois à Sydney, 2 semaines à Adélaïde, 2 autres semaines à Halley Spring, puis quelques jours à Darwin. Je suis ensuite rentré à Sydney pour prendre un avion pour Hong Kong où je suis resté une semaine. De là, je suis allé à Tokyo, puis à Bangkok et enfin en Tailand; à chaque fois une semaine environ. Après tout ça il était temps de rentrer.

Est-ce que le graffiti était ta motivation de départ ?

Toutes mes étapes et toutes mes rencontres ont effectivement tourné autour du graffiti. Je déteste être un touriste lambda. J’ai croisé beaucoup de "back packers" classiques, mais leur mentalité me faisait chier. Quel que soit l’endroit où ils soient ils se retrouvent entre eux, font la fête et le voyage n’est finalement qu’un prétexte à glander. Le graffiti s’est immédiatement imposé à moi comme la meilleurs porte d’entrée pour chacune des villes. C’était des rencontre beaucoup plus riches, j’allais chez les gens, j’étais vraiment confronté à la réalité de la vie locale à chaque fois.
A Rio, j’ai cherché des graffeurs dés le premier jour sans avoir le moindre contact. La scène est assez petite, ça a donc été assez facile de tomber sur les bons gars tout de suite. Ma hantise c’était de ne rencontrer que des toys à fond dans le style Hip Hop à l’américaine. Mais finalement les affinités artistiques ont déterminé mes rencontres plutôt dans le bon sens. Malgré les différences culturelles, j’ai pu retrouver des sensibilité proches des miennes.

Es-tu parti avec l’idée de faire un bouquin ?

Pas vraiment en fait. Mon pote Orus m’avait offert un vieux carnet de compte de la fin des années 20 en me disant d’en faire un beau carnet de voyage comme j’en avais pris l’habitude. J’y ai donc consigné toutes mes aventures, déjà sous la forme d’un bouquin. J’avais aussi tout un tas d’infos diverses sur un disque dur externe que j’avais pris et plein de photos évidemment. Une fois rentré j’ai montré mon carnet à plein de gens qui m’ont poussé à en faire quelque chose. Et puis en 2005, j’ai eu un grave accident qui m’a cloué chez moi pendant un long moment. Ça a été le déclic.

Pourquoi ne l’as-tu pas sorti chez l’Oeil d’Orus / Wasted Talent, ta propre maison d’édition ?

Tout simplement parce que je n’étais pas sûre de moi. Je voulais que quelqu’un de complètement extérieur croie en mon projet. C’est pour ça que je suis allé voir Alternatives. Ils sont déjà les distributeurs de la collection Wasted Talent que l’on fait avec Gaultier Bischoff. Là ils ont été les éditeurs complets de "Globe Painter". Mais je ne regrette pas de ne pas être passé par l’Oeil d’Orus, ç’aurait été trop facile. Mon livre, racontant mon histoire, édité par ma maison d’édition… Il n’y aurait pas eu de confrontation avant sa sortie.

Ça ne veut donc pas dire que l’aventure l’Oeil d’Orus / Wasted Talent est terminée ?

Pas du tout ! Nous avons monté cette maison d’édition qui s’appelle l’Oeil d’Orus en 2004. A l’époque, nous étions trois: Gaultier Bischoff, moi et un troisième qui est parti vers d’autres horizons depuis et dont je tairais le nom par respect pour son anonymat. Nous nous sommes associés après avoir produit le livre Kapital – Un an de graffiti à Paris. Nous avons commencé par des monographies d’artistes graffiti et créé une collection qui s’appelle Wasted Talent, distribué par Alternatives. Nous en somme à notre cinquième numéro: Dize, les AEC, Darco, Poch & Rock et enfin Zeki. En parallèle nous avons fait la BD d’El Diablo et Eric Salch "La rage de vaincre". Ce qui nous a permis de créer Mawachi Comics, la branche BD de l’Oeil d’Orus. En ce moment, nous sommes en train de réfléchir à un sixième tome pour Wasted Talent. Pour l’instant nous arrivons à rentabiliser les bouquins, mais nous sommes chacun obligés de bosser en plus à côté. Mais l’aventure continue sur ce même rythme.

Propos recueillis par Thibault pour 90BPM