Actuellement le Sud de la France est dignement representé par deux labels qui n?hésitent pas à proposer une vision différente du hiphop, plus expérimentale et moins formaté. Après The Groove of Satyre, dont 90bpm a déjà présenté le travail et interviewé les turntablists de Phonomorphia, il est temps de s?attarder sur le label Vulgar. Déjà 3 ans que le label a vu le jour : 3 sorties vinyles, des mix-tapes et la distribution de 45tours obscurs (notamment Tenshun) en sont les principales activités.

On ne peut que saluer le travail accompli par Pseudzero, boss du label, qui de ses 21 ans a su se créer des contacts à travers le monde pour nous fournir un catalogue des plus intéressants. On retrouve aujourd’hui ses disques sur les plus gros sites online comme Hiphopvinyl ou VynilKingz, où se fournissent la majorité des européens friands de nouveautés pointues.

Sortir des vinyles est déjà risqué, se spécialiser dans le rap indé californien et canadien peut paraître encore plus fou. Cela était sans compter sur un artwork très soigné, un pressage de qualité et un choix pertinent dans les sorties. Vulgar a ainsi réussi à se faire une place au milieu des labels européens comme Subversiv Records (qui vient de rééditer le « adopted by aliens » des Shape Shifters) ou 247records (Disflex6, Awol One…).

Le label persiste et nous offre un 7’’ de Subtitle en guise de troisième sortie vinyle, édition limitée à 250 exemplaires et artwork signé Yum. Vulgar est maintenant installé et les fans espèrent que d’autres disques tout aussi intéressants vont encore sortir ces prochains mois.

Le moment était donc bien choisi pour rencontrer Pseudozero et nous entretenir sur le passé, le présent et le futur du label.

Peux-tu te présenter et nous dire ton rôle au sein de Vulgar ?

Yo.. je suis Pseudzero, je viens de Montpellier… (Vulgar) est le label que j’ai créé en 2003, je suis seul aux manettes ou presque, Yum s’occupe de tout ce qui est visuel et K3mo du site. Pour le reste, le choix des artistes, les sous, la promotion, la distribution, c’est moi depuis ma piaule d’étudiant.

Comment t’es venu l’idée de créer ton label ?

Je bouffe du vinyle depuis que j’ai 16 ans et j’ai toujours eu ce fantasme de monter mon propre label. J’ai intégré Hiphopsection un an avant que le site ne ferme, puis Westcoastindies (westkoast.free.fr qui n’existe plus non plus), et désormais Hiphopcore.net… Mon travail sur ces sites m’a permis de faire des connections avec plusieurs artistes, via internet principalement. Fin 2003 j’ai eu l’occasion de faire le dj à Roubaix pour la première venue d’Existereo en France (big up Nouma), après ça je n’avais qu’une envie, m’impliquer plus dans cette scène. Un mois plus tard j’ai monté (Vulgar). Je venais de faire une longue interview pour WCI avec Thesis Sahib et comme j’avais passé l’année à écouter l’album de Bending Mouth, ce choix s’est imposé naturellement.
Je dois aussi mentionner Subversiv*Rec (Allemagne), 24/7 (Suède) et Anti-Party (Finlande) qui ont été les premiers en Europe à presser du vinyle des scènes indie-raps… Leurs exemples et leur aide m’ont aussi bien aidé, notamment pour la distribution à l’étranger.

Le nom du label a-t-il une signification particulière ? Quel est la ligne de conduite du label ?

Pas vraiment. J’avais ce nom depuis très longtemps, je voulais surtout quelque chose de simple qui sonne bien, pas trop cliché par rapport à l’esthétique hip hop. Sur une des première chronique que l’on a eu il était question de "vulgariser" l’underground, et cette définition me convient.
La ligne de conduite originelle était de sortir d’excellents albums de rap indé confidentiels sur format vinyle. Al’époque j’étais à fond influencé par le son westcoast underground (Shifters, Project Blowed, etc) et celui d’Anticon/Mush, c’était surtout le genre de choses que je voulais sortir sur (Vulgar). Depuis j’écoute de tout et j’espère bien agrandir le spectre de styles sur les prochaines sorties, que ce soit de l’électronica, de l’idm, du dubstep, et pourquoi pas du post-rock si l’occasion se présente. Je n’ai pas envie de me cloisonner dans un style, d’autant plus que cette scène s’essouffle de plus en plus, et m’excite de moins en moins. D’ailleurs en parallèle à (Vulgar) j’ai monté Norwegian Hood, une branche dédié à des styles plus dansants, pour l’instant c’est surtout des mix-cds, mais j’espère bien sortir du vinyle aussi.
Contrairement à certains labels qui signent certains artistes pour développer leur carrière, j’aime bien varier les plaisirs, et sortir un maximum de styles différents et d’artistes différents, ça permet de toujours garder une excitation par rapport aux nouvelles sorties. Je préfère démarcher les artistes dont j’ai envie de sortir certains morceaux plutôt que de me retrouver à sortir des morceaux dont je serais déçu. On peut trouver ça opportuniste mais ce qu’il faut savoir c’est que je sors tout de ma poche (hormis sur le Bending Mouth), et que je rentre très difficilement dans mes frais à chaque fois.. Je ne fais pas pas de bénéfices, c’est uniquement guidé par la passion, je le fais vraiment pour me faire plaisir avant tout. L’avantage c’est que je tire tellement peu de copies et je suis tellement loin des impératifs financiers, que je peux me permettre de sortir des choses casse-gueules commercialement parlant, comme BM ou Met Fly.. Le fait d’avoir un gros nom sur son catalogue peut aider mais n’est pas une priorité, et pourtant ils sont tous ouverts à ce genre de propositions.


Ce n’est pas trop dur de traiter avec les américains ?

Pour l’instant je n’ai pas eu de problème… Thesis et Selfhelp m’ont énormément aidé, on s’envoyait plusieurs mails par semaines… Met Fly et Subtitle etaient plus discrets, mais efficaces.. Aucun problème d’egos ou quoi que ce soit… Le seul problème qui me soit arrivé avec certains artistes c’est qu’ils me donnent leur accord, puis aucune nouvelle… ça m’est arrivé une paire de fois et depuis j’ai décidé de ne plus communiquer sur mes futures sorties à l’avance.

Quelles sont leurs réactions quand ils apprennent qu’un « petit français » veut rééditer un de leurs albums sorti il y a 4 ou 5ans ?

Ils hallucinent! Héhé.. C’est vrai qu’avec des labels comme Subversiv, ils commencent à savoir qu’il y a quelques labels en Europe sur ce credo, donc j’imagine que la surprise n’est pas si énorme… Pour le Bending Mouth, je n’ai pas osé donné mon âge à Thesis (j’avais 20 ans) de peur qu’il ne me prenne pas au sérieux… Mais je ne pense pas que ça change quoi que soit à l’investissement que tu peux y mettre. Mon modèle reste James Lavelle qui a fondé Mo’Wax à 18 ans et qui écrivait déjà pour Straight No Chaser… Ca c’est de la précocité! Il avait 19 ans quand il a convaincu Shadow et Krush de signer chez lui…


Comment sélectionnes-tu les disques que tu sors ?

C’est vraiment au coup de coeur. Le problème c’est que je suis tellement un drogué de sons, que j’ai des coups de coeur toutes les 2 semaines!
Avant tout le truc c’est de trouver des disques qui n’existent pas sur vinyle bien sûr, ensuite il n’y a pas vraiment de règles.. Sauf peut-être le fait de ne pas prendre des artistes qui ont des contrats avec des majors ou des gros labels bien sûr… Un moment j’aurai rêvé sortir les premiers trucs des Sebutones ou Shopping Carts Crashing d’Antipop Consortium, mais c’est clairement pas dans mes cordes, notamment parce que ces mecs là sont sous contrats, et de toute façon ne seraient certainement pas intéressés par un petit pressage artisanal…

Au sujet du 45t de Subtitle qui est l’actualité du label, pourquoi un 45t et pourquoi 250ex ?

Un peu par défaut en fait… A la base je voulais vraiment pousser plus loin le délire de l’objet limité avec un super packaging. J’avais trouvé une usine prête à me faire un tirage à 100 copies de lp pour un prix raisonnable, il était question de faire un artwork original, en rendant chaque copie unique. Je voulais sortir The Lone Path Of The Vanguard en entier sur une face et quelques morceaux de Weekend Science Experiment (un de ses vieux projets avec Mum’s The Word) sur l’autre… L’usine m’a fait faux bond, puis j’ai eu besoin de ces sous, donc le pressage à été bloqué.. Parallèlement à ça j’ai trouvé un taf en plus de mes études à la fac, donc j’ai commencé à mettre des sous de côté et une fois mon budget bouclé j’ai décidé de faire le plus petit pressage possible pour écouler les copies rapidement et éviter au maximum de passer par de mauvais distributeurs…
Pour l’instant cette nouvelle formule est plutôt efficace, donc je pense m’y tenir.

Faire presser des vinyles n’est ce pas beaucoup plus compliqué que de faire graver des Cds ?

J’ai jamais fait de pressage cds, mais je pense que c’est un peu différent… Déjà c’est forcément plus encombrant, ça coûte plus cher en frais de ports et c’est plus dur à vendre aux magasins… Mais c’est incomparable bien sûr. Le format cd ne m’intéresse pas du tout, j’en achète lorsque je n’ai pas le choix, mais j’évite au maximum… C’est un objet froid, pas sexy du tout… Et avec le problème du téléchargement il devient de plus en plus difficile à vendre.
Le plus ridicule reste quand même les labels digitaux qui ne vendent que du mp3. Très peu pour moi.


En terme de distribution comment te débrouilles-tu ?

Au début je passais par Beep Ahh Fresh (big up Olly!) mais il a arrêté son affaire y’a un petit moment de cela. Je n’ai pas de distributeur attitré, en revanche je passe par des circuits qui font un travail de distri, comme HHV et Vinylkingz en Allemagne ou Wenod au Japon. Etre distribué dans ces pays est extrêmement important, car ce sont les plus gros acheteurs pour ce type de produits, surtout au Japon. Assez bizarrement je ne vend rien ou presque aux Etats-Unis et au Canada (sauf sur Sofarwest) car les américains ne veulent pas payer pour les frais de ports. C’est aussi pour ça que mes tirages sont très limités. De plus énormément de distributeurs sont de mauvais payeurs, je peux te sortir pas mal d’exemple qui vont dans ce sens. Le problème c’est que quand tu envoies tes disques à l’autre bout du monde sans connaître en personne les responsables de la distribution, tu ne peux pas vérifier ce qu’ils en font, s’ils en vendent ou pas… Dans beaucoup de cas ils profitent du fait que tu sois une petite structure sans moyens pour te truander, ils te disent qu’ils n’en vendent pas et garde l’argent… Ca rend totalement parano quand tu dépend totalement d’étrangers qui ont tout ton stock et qui ne te donnent pas de nouvelles.
C’est pour ça que j’ai décidé de ne plus dépendre d’aucune distri et de tout vendre de chez moi via mon site, et de passer par quelques sites de confiance avec lesquels les choses se passent bien.

En Europe on assiste à de plus en plus d’initiatives de ce type, les allemands de Subversiv ou HHV ainsi que les suédois de 247 prennent eux aussi un malin plaisir à rééditer des classiques du rap west coast, qu’en penses tu ?

En fait ils sont à l’origine de ce mouvement… Xndl de Subversiv a lancé la vague je crois… Bien sûr c’est une excellente chose, mais je trouve qu’à l’image des sorties westcoast récentes le niveau s’affaisse dernièrement… ou alors faut aller piocher dans des sorties qui ont quelques années, comme la réédition d’Adopted By Aliens. Je pense qu’il y a encore pas mal de bons albums de cette époque qui mériteraient de voir le jour en vinyle, et qu’il serait plus intéressant de s’occuper de ceux-ci plutôt que des nouveautés un peu chiantes… D’ailleurs Subversiv est nettement moins axé westcoast depuis quelques sorties…


A ton avis pourquoi les américains ne sortent pas eux-mêmes leurs disques en vinyle ?

‘It’s the money’! Ils sont tous archi fauchés je crois… Je pense qu’il y a un décalage entre l’émulation que peuvent avoir ces artistes sur internet et l’argent qu’ils font. En réalité cela reste un minuscule marché et ils se galèrent tous. Ils existent quelques structures à gauche à droite là-bas, Sublevel Epidemic, Evolution, Celestial qui s’est plus ou moins transformé en Alpha Pup… Mais on ne peut pas dire qu’il y ait un gros engouement autour de ces scènes là-bas.. C’est un peu le propos que l’on retrouve sur certains morceaux, comme sur ‘Far Away’ sur le dernier Disflex.6 : ils sont connus et respectés en Europe et au Japon mais chez eux tout le monde s’en branle ou presque.

Les pochettes des 2 dernières sorties du label sont signées Yum et Eizo, peux tu nous en dire plus sur eux ?

Yum et Eizo sont frères, ce sont mes cousins. Eizo n’est pas vraiment un artiste, c’est Yum qui lui a demandé de faire des dessins d’enfants sur le Bending Mouth. Yum alias Almyum est un peu le Mear One de l’an 3000, le Twist du rap indé, le Futura 2000 français. Enfin on aimerait bien. Il a fait de grosses écoles d’art, il bosse à Amsterdam en ce moment, il touche à tout, dessin, animation (il a bossé sur la vf de Naruto récemment), photographie, design, peinture… Il a réalisé les pochettes du Bending Mouth et du Subtitle ainsi que celles des mix-cds Chocaholics… Il a plusieurs projets avec différents artistes US, c’est en cours de négoce.. Je pense qu’on entendra parlé de lui de plus en plus dans les années à venir, c’est un mec ultra talentueux qui progresse de mois en mois… Tu me diras je suis pas forcément impartial mais c’est sincère en tout cas… De plus c’est l’autre moitié du super crew de dj Chocaholics, il cuisine de succulentes pâtes au beurre et il se démerde très bien en norvégien.
On a un blog commun où il met régulièrement en ligne ses derniers travaux : http://lazeruspit.blogspot.com

Projet en cours, une réédition d’un Sach ?

La réédition de Seven Days To Engineer fait parti de ces projets qui n’ont pas abouti… J’espère bien ne pas en rester là cela dit et rencontrer le monsieur un jour pour en reparler. Je suis archi fan de The Nonce, c’est vraiment un des mes groupes de rap favoris.. Il n’y a pas grand chose à jeter dans sa discographie.
Sinon il y a ce projet de sortir Master Relm d’Inoe One par un pote, c’est en cours de réalisation… Pour les autres trucs (vulgar) c’est encore en cours de réflexion… Je dois réaliser un mix 100% rap japonais pour Hiphopcore aussi…

Tes sons du moment ?

Oula. J’écoute énormément de choses différentes et je change très fréquemment… Les maxis des labels Werk, Hotflush, DMZ, Shadetek, Touchin Bass, Planet Mu, beaucoup de dubstep, de grime, je me passionne pour ces styles en ce moment… les trucs des crew Glitch Mob, Trouble&Bass (Drop The Lime, Starkey, Mathhead..), des mixes de mash-ups, la série des Shotgun Wedding sur Violent Turd.. les derniers Food For Animals, Battles, Panda Bear, Splint!, Lukid, Hannu, Ben Frost, Ra, D6, El-P, les mixes de Gaslamp Killer, de Buddy Peace… Et je me met en condition pour le festival Primavera de Barcelone dans 2 semaines : Sonic Youth, Melvins, Slint, Grizzly Bear, Explosions In The Sky, Justice, Isis, White Stripes, Mike Patton, Girl Talk, Blonde Redhead, Low, Pelican… Ca va chier.

Une tournée Vulgar ?

Euh.. C’est pas vraiment d’actualité… Un jour qui sait.

Un dernier mot : merci à toi et à 90bpm pour l’interview, salut à tous mes potes et ma famille, Yum, Monky Mike, Ewae et les mecs de TGOS et les anciens de Section…

Merci pour toutes ces infos !

N’hésitez pas à me contacter via ces sites:

http://www.vulgar-records.com
http://www.myspace.com/vulgar_records
http://lazeruspit.blogspot.com
http://www.myspace.com/norwegianhood

Interview réalisé par Twelv’ pour 90bpm.