Premier champion du monde français en individuel (DMC world 2006), le Man machine français est aussi adepte de trips variés avec ses compagnons bretons.

D’abord, pourquoi avec Troubl avoir voulu refaire les compéts ?

Nétik: Avant de parler pour Troubl je vais quand même parler pour moi. L’envie de refaire les compéts commençait déjà un peu à me titiller l’année d’ avant. Le déclic a surtout été quand j’ai jugé les championnats du monde ITF à Prague, avec notamment les Allemands et tout ce qui se faisait. Depuis 2002, c’ est la première fois que j’ ai repris une claque en jugeant les compéts. Sans prétention, même s’ il y avait des trucs mortels avant, je n’ avais plus ce coup de fouet à l’ époque de quand je matais les trucs de Craze, ou A-trak, ou Q-bert, et qui me boostaient. En allant à cette compét, je me suis senti d’un coup vraiment old school, et j’ai pris un décalage par rapport aux nouveaux. C’est vraiment le coup de boost premier. Après j’avais surtout envie de revenir dans le truc, peut-être pour moi, pour prouver que je pouvais encore le faire, et pour me remettre un coup de boost dans ma lancée de dj.

Il y avait qui déjà ?

Nétik: Il y avait Rafik, Unkut, tout ça. Moi j’ y ai été pour juger, pour faire une démo, il y avait des mecs qui faisaient des showcases, Tigerstyle et tout. J’ ai pris un petit coup de fouet dans la gueule, donc ça m’ a remotivé, et disons que je cherchais à refaire des routines, des plans, je ne trouvais pas grand chose. Il y a le mec qui s’ appelle Le Jad qui a produit tous les sons pour le show, qui m’ a branché. On se connaissait un peu sur internet. De fil en aiguille, j’ ai vu que je recommençais à refaire des trucs pas mal, et l’ idée du 6 minutes s’ est concrétisée en gros.

On dit que le son de ton show s’ assimile à du I Emerge, ça correspond finalement bien à ton style de scratch.

Nétik: Ca ressemble peut-être plus à I Emerge que ce que je faisais avant, mais pour moi c’ est quand même vraiment loin de I Emerge. C’ est peut-être plus I Emerge dans le sens où c’ est aggressif, et c’ est peut-être plus aggressif que ce que je faisais avant. Mais comme tu le dis, ça correspond à mon style de scratch, et à ce que je voulais faire cette année, et aussi à mes influences musicales du moment, comparé à 2001/2002. Ca correspond au délire dans lequel on était avec Le Jad, parce qu’ on a quand même tout pensé à deux, mais c’ est vrai qu’ avant tout je voulais un show qui patate à mort, qui ne s’ arrête jamais, où on ne s’ ennuie pas, où le son est fat. Je pense que c’ est plutôt réussi.

Tu n’ avais jusqu’ à présent fait que des battles, c’ est le 6 minutes qui t’ a poussé à développer ton style ?

Nétik: De toute façon, quand je m’ étais arrêté en 2002, je m’ étais dit que seul le 6 minutes était susceptible de m’ intéresser. J’ avais déjà fait les ITF en scratch, les Supremacy en scratch, le All star beatdown. Le 6 minutes, c’ était quand même le gros truc que je n’ avais jamais fait, et qui m’ intéressait. C’ est quand même la catégorie où il y a eu tous les grands, les Craze, les Q-bert, les Roc raida, Kentaro, donc ouais ça me bottait. Après quant à l’ influence sur mon style, il est clair que ce n’ est pas pareil quand tu prépares des routines d’ 1:30 séparées, que quand tu prépares trois/quatre routines que tu dois coller. Avec Le Jad, on a vraiment pensé le show comme un ensemble, c’ est à dire que j’ avais des morceaux de routines différentes qui évoluaient en même temps, et on essayait toujours de garder en vue le schéma total du show. Ce n’ est pas comme si j’ avais mis bout à bout des routines de battle. Je trouve que c’ est le problème qu’ il y a souvent dans les 6 minutes des autres, les années précédentes. C’ est comme si moi, j’ empilais mes routines 2001 et 2002 pour en faire un truc de 6 minutes. Je trouve qu’ il y a rarement de la cohérence de a à z (il y en a mais c’ est ce qui manque souvent).

Il y a encore des scratcheurs qui te mettent sur le cul ?

Nétik: Il y en a beaucoup même (rires). Il y a Toadstyle (plutôt les anciens trucs), D-styles que je kiffe toujours, Q-bert que je trouve toujours mortel. En Europe, je kiffe Rafik dans un autre style. Pour citer des Français, Troubl me met toujours des gifles quand je m’ entraîne avec lui, et vice versa je pense. Red Jacket n’ est pas mauvais en France, après il y en a plein que je kiffe toujours.

Il paraît que Ricci rucker veut te prendre en battle justement.

Nétik: C’ est vrai? T’ as entendu parler de ça? (rires) C’ est récent?

Je déconne; mais ça te dirait de le prendre ?

Nétik: Déjà, c’ est un mec qui fait pas de routine, donc il n’ est pas dans un format de battle.

Une battle de scratch pur.

Nétik: Ah franchement Ricci rucker il est chaud. Après une battle dans le bon esprit me dirait bien. Je serais pour. Je sais que le mec une fois m’ avait gazé sur des forums, parce qu’ il trouvait que j’ avais le même style que lui, alors que c’ est vraiment un des derniers mecs à m’ avoir influencé dans le scratch.

Vous n’ avez pas vraiment le même style en plus.

Nétik: D’ après lui, je lui avais tout pompé. Mais je pense que c’ était dans ses délires d’ égo où il n’ arrêtait pas de chambrer sur les forums. Bref une battle avec Ricci rucker pourquoi pas. Si c’ est dans un bon esprit je suis toujours partant.

Sinon tu as bien kiffé le show de Jekey apparemment cette année.

Nétik: Tu parles du show qu’ ils ont fait en équipe au championnat du monde. En plus c’ était Fanatik qui avait la guitare je crois. Ils ont fait leur show, c’ était du spectacle. Je ne sais pas quoi te dire par rapport à ça (rires). Moi franchement en jugeant ça m’ a fait délirer, c’ était du show!

Mais c’ est ton vieux pote à la base..

Nétik: Jekey? On se connaît parce qu’ on est tombés l’ un contre l’ autre surtout!

Je dis surtout ça parce que tu l’ as retourné (rires).

Nétik: Ouais je l’ avais battu (rires). C’ était en 2002 que j’ étais tombé en finale contre lui. Ah c’ est pas le même style (rires).

C’ est clair qu’ il faut faire un choix entre le scratch et la guitare (rires). Tu peux parler de ton breakbeat Numerik fonk avec Troubl ?

Nétik: Numerik fonk, c’ était un projet qu’ on avait avec Troubl en fait depuis deux ans, qui à la base, devait sortir chez Thud Rumble. Les gens du scratch le savent plus ou moins. On avait fini le breakbeat depuis déjà pas mal de temps, après on a attendu pour négocier le deal avec Thud Rumble. En bref il s’ est avéré que ça a pris trop de temps, et que ça ne nous intéressait plus de le sortir. Si on avait dû le sortir, on aurait dû refaire tous les beats, donc pour le moment le projet est tombé à l’ eau.

Tu prépares un autre breakbeat.

Nétik: Je travaille sur mon breakbeat solo. Je n’ ai pas de date de sortie parce que j’ ai beaucoup de taff en ce moment. J’ essaie d’ avancer le plus vite possible, et j’ attends d’ être vraiment satisfait de la qualité. Normalement il sortira chez Kiff records. Je pense qu’ il sera vachement axé pour faire des routines.

Pas de tool à la TGOS ?

Nétik: Si je fais un break battle/routine, je l’ oriente à fond là-dessus. Je n’ ai pas envie de faire un fourre-tout, où je vais mettre une face des banques son battle, puis une face avec des trompettes. Ca ne m’intéresse pas. Je ne suis pas forcément dans le délire de ce genre de disque, bien que je trouve ça mortel. Pour le moment, eux le font bien. Si j’ en fais un, je préfère me concentrer dessus et faire un truc uniquement dédié à ça. Moi ce sera vraiment practice, training, battle, et aussi pour que les producteurs puissent sampler des kits. J’ ai vraiment envie de faire un truc avec lequel les mecs puissent faire beaucoup de routines, c’ est le but.

On parle de tool de musique, est-ce que la musique aux platines telle que la pratiquent Birdy nam nam ou D-styles, t’ intéresse ?

Nétik: Ouais ça me branche. Ca m’ a toujours intéressé depuis les prémisces avec les ISP. C’ est un truc qui m’ a toujours botté, mais ce n’ est pas mon délire du moment. Je trouve ça intéressant si ça ne se met pas de limite, parce qu’ à un moment, le truc qui me gênait là-dedans était le fait de tout refaire aux platines exclusivement. Les mecs se forçaient à se restreindre aux platines pour donner un truc, moi j’ aime bien que les mecs se lâchent. Pourquoi pas ramener un sampleur, des musiciens, comme font Birdy d’ ailleurs avec des jazzmen et tout.

Ce que j’ ai entendu de toi sur turntable radio reste plutôt dans un format classique en terme de scratch track.

Nétik: Ce sont des vieux tracks que j’ ai envoyés à Laurent. Ce sont des trucs que j’ ai fait tourner à la radio, car faits chez moi, et qui n’ ont pas pour but d’ atterrir dans des compils, ni des trucs que j’ ai envie de sortir comme si je faisais un maxi ou un album. C’ est pour ça que ça reste des trucs assez simples et minimaux, mais je taffe beaucoup sur la prod chez moi.

Et tes influences en prod ?

Nétik: Franchement tout ce que j’ écoute. Je n’ ai pas forcément de ligne directe. Je ne pourrais pas me comparer à un style. Il y a beaucoup de sonorités électro, après d’ un morceau à un autre, je fais ce que j’ ai envie.

Tu peux parler de tes mixes avec Patpanik ?

Nétik: On s’ est rencontrés en 2003 et on a tourné pendant trois ans ensemble. Maintenant j’ ai arrêté de taffer avec lui. On a bien kiffé ensemble et ça m’ a fait découvrir la drum. Ce qu’ on faisait, c’ était des shows à 4 platines.

Ce n’ est pas Craze qui t’ a fait découvrir la drum ?

Nétik: Disons que je connaissais déjà la drum n bass, mais ça m’ a fait vraiment découvrir la drum. Lui m’ a fait écouter un tas de trucs. Je suis rentré dans le délire quand je l’ ai rencontré. Avant je n’ étais pas forcément imprêgné. Et ça m’ a fait kiffer le truc, surtout scratcher dessus. Je câlais des acapellas, je mettais des breakbeats au moment où les skeuds cassaient le tempo. On a développé un concept de soirées dj set/club, mélangé avec un peu de show, où je plaçais des scratchs et des routines. On a sorti un cd ensemble "Concentred juice", qui était l’ aboutissement de ce qu’ on faisait à deux. Mais pour le moment c’ est terminé parce que je me reconcentre sur mes trucs solos. C’ était une bonne expérience: ça m’ a fait appris beaucoup de trucs sur le deejaying, et ça m’ a fait aussi un peu voyager.

T’ es quand même le turntablist français le plus hiphop…

Nétik: Hum qu’ est-ce que tu veux dire par le plus hiphop en fait? (rires)

Peut-être pas le plus hiphop, mais tu joues encore beaucoup de hiphop tout en étant ouvert à des sons plus électroniques comme Roll Deep ou Detroit Grand Pubahs.

Nétik: Tu me parles de Roll deep, j’ aime beaucoup le grime en ce moment. Je pense que c’ est depuis que j’ ai taffé avec Patpanik en 2002/2003, que je me suis ouvert à plein de sonorités, électro ou drum n bass. Du coup, j’ aime bien ces influences-là dans le hiphop et le peura. Donc je découvre un peu le grime, j’ achète quelques disques. Je m’ ouvre à d’ autres trucs. Mais c’ est vrai qu’ avant j’ étais à fond hiphop, j’ écoutais beaucoup de ça et je kiffe toujours. Mais j’ ai besoin d’ autre chose, même dans ce que je mixe dans mes sets. J’ essaie d’ intégrer d’ autres trucs doucement.

Il y a une base commune de toute façon.

Nétik: C’ est clair. De toute façon, quand j’ écoute la drum n bass, c’ est exactement la même base que le hiphop pour moi. C’ est la même source. T’ as les breaks de funk, le même swing. Quand t’ écoutes l’ électro, ce qu’ ils appellent new break en Angleterre, c’ est du boom bap en 120. Tout ça, c’ est un gros mélange de musiques actuelles, ça a la même source. Après il y a toujours des trucs que tu kiffes plus ou moins. C’ est comme le grime qui est un mélange de sons de basses de drum, d’ influences ragga, de dub.

Tu me parles de funk, il paraît que t’ as une belle collection de jazz funk.

Nétik: De jazz funk? Putain je ne sais pas qui t’ a dit ça, mais c’ est complètement faux (rires). J’ ai une grosse collection de jazz en fait, qui appartenait à mon père. Disons que ce sont des disques qui sont chez ma mère dans lesquels je pioche. Mais c’ est surtout le blues, jazz rock, un petit peu de funk, mais beaucoup moins que Troubl par exemple. Lui est soul/funk, moi c’ est plus d’ autres styles.

C’ est définitivement fini les trucs funky ?

Nétik: Dans mon style? Moi je trouve ça funky ce que j’ ai fait (rires). Je te jure !

Dans la sonorité par rapport à ce que t’ avais fait en battle…

Nétik: En 2001 par exemple.

Par exemple, là tu utilises le remix de SebastiAn, c’ est carrément plus électronique.

Nétik: C’ est carrément plus électronique. Après je trouve que dans mon style, le feeling, et le groove que je mets, j’ ai les mêmes vibes qu’ avant (bon c’ est vrai qu’ il y a quatre ans d’ écart). Donc définitivement fini, je n’ en sais rien. Disons que ce n’ est pas ma vibe du moment. J’ ai envie de faire autre chose. Pour moi ce sont juste les sonorités qui changent, mais ma vision du truc n’ est pas si loin de ça qu’ avant. Je suis dans un autre délire pour le moment. J’ aime bien que ce soit plus costaud. Et puis particulièrement pour le 6 minutes, on a quelque part un peu surenchéri avec Jad le côté violent, pour que ça fasse vraiment un effet coup de massue. C’ était vraiment le but.

Tu me parles de violence, quelle est ta relation exacte avec ce mec ?

Nétik: On n’ a pas de rapport particulier, on est potes, c’ est un bon producteur (rires). On n’ a pas de rapport sexuel, il n’ y a pas de zoophilie, on ne va pas dans des soirées bizarres, je te rassure! (rires) Surtout que lui il reste beaucoup chez lui à travailler, donc quand on se voit c’ est par rapport au son (rires).

Tu peux parler de tes projets avec Ambitieux et Roi Heenok ?

Nétik: Ambitieux, c’ est des potes qui sont de chez moi. J’ aime bien ce qu’ ils font, ce sont des amis de longue date, donc je produis pour eux de temps en temps. Je ne fais pas réellement partie du projet si eux font un album. Ils font appel à d’ autres producteurs, et pareil pour le live, ce sera peut-être si j’ ai le temps de faire des scènes avec eux. Disons que je bosse avec eux parce que ce sont des potes. Concernant Roi Heenok, il ne m’a pas encore proposé une collaboration (rires). Malheureusement !

Tes projets et tu vas faire quoi avec tes 10 000 $ ?

Nétik: Ca fait un peu moins de 8000 euros. C’ est une somme que j’ ai partagée avec Jad parce qu’ on a fait le show à deux, donc lui a eu sa part du gâteau. Je me suis mis à l’ aise au niveau des disques, parce que ça faisait longtemps que je ne pouvais pas en acheter beaucoup. Donc je me fais plaisir, après je vais voir pour le reste de côté. Peut-être du matos de studio, je vais voir. Je t’ avoue que depuis le championnat, j’ ai beaucoup de dates, donc je n’ arrête pas de faire des soirées, des trucs. Après mes projets sont le breakbeat dans un premier temps, et sûrement un dvd.

Propos recueillis et retranscrits par Vibes Eater pour 90bpm.com