Témoin des deux french touchs, Busy p a récemment monté son label

Ed banger records, crossover d’ influences diverses entre SebastiAn,

Justice, Uffie ou Mehdi.

Comment en es tu venu à fonder Ed banger?

P: Le label n’ est pas très vieux. Ca a commencé en 2003. Avant ça, j’avais commencé une boîte de management que j’ai toujours, puisque ça fait un peu plus de 10 ans maintenant que je suis manager de Daft punk, et que au fil du temps j’ai voulu monter ma propre société. Après j’ ai monté ma boîte pour m’occuper d’ autres artistes comme Cassius, DJ Mehdi, Cosmo Vitelli, DSL. Puis finalement je me suis rendu compte que manager plein d’artistes était cool mais que ça prenait beaucoup de temps et d’ énergie, donc j’ai préféré me concentrer sur un nouveau rôle qui me tenait à coeur : producteur de musique, et donc de monter ma propre maison de disques en 2003 Ed banger records, sur lequel j’ avais envie de signer que des jeunes artistes, qui n’ avaient encore jamais sorti de disque: de la chair fraîche.

L’esprit du label est dans la parfaite continuité des soirées Espionnage, ce crossover entre hiphop et électronique.

P: Complètement, la preuve: avec Mehdi on va fêter nos 10 ans de vie commune l’année prochaine, puisqu’ on a commencé à bosser ensemble en 97 avec Espionnage. Et Feadz bien évidemment qui est en train de devenir doucement mais sûrement le dj officiel de Ed banger, avec qui on mixait aussi à l’ époque, avec Mehdi, sous le nom de Espionnage sound system. Nous trois, on essayait de mélanger tous ces styles, tous ces genres. Moi en invitant Mehdi dans mes soirées branchées parisiennes ou électroniques, et lui vice versa, en m’ amenant dans ses soirées hiphop, donc oui je suis intéressé par ce mélange. En 95 je faisais des soirées où je mélangeais hiphop et house à l’ époque. On nous prenait un peu pour des fou furieux, pourtant ça se passait plutôt bien. Je vais utiliser des phrases bateau mais on utilise les mêmes machines, il y a tellement de points similaires. Après en dehors des préoccupations sociales qu’ a le rap, qui sont plus qu’ importantes dans cette musique-là, qu’ on n’ a pas nous dans la musique électronique qui est une musique plus festive, nous aussi – dans la techno plus que dans la house – on a des revendications politiques et sociales importantes, à Détroit ou Chicago, on ne va pas faire de dessin.

Peux-tu parler des connivences entre le rap et des gens de la première french touch comme Dimitri avec Stetsasonic, Jess & Crabbe, Zdar etc ?

P: Dimitri et Stetsasonic, c’ était une collaboration pour Tommy boy qui fêtait les 20 ans du label, ou quelque chose comme ça. Jess & Crabbe, complètement, c’ était des fans de Chicago. D’ un côté Jess était Dancemania, Chicago, et l’ autre était b-boy, graffiti artiste. Ils avaient un son bien à eux, qu’ ils n’ ont, je trouve, malheureusement pas réussi à développer. Peut-être qu’ ils étaient entre deux mouvements, fin de la première vague french touch et début de la nouvelle. Dimitri est un bon exemple, puisqu’ au début de NRJ, il mixait du hiphop avant de mixer de l’ électro. Comme beaucoup: Zdar et Boombass qui faisaient des trucs pour Solaar à l’ époque, avec Mehdi qui a participé sur le premier ou le deuxième album de Solaar. Même Bob Sinclar était un dj de hiphop, et même le grand David Guetta était le grand défenseur de la cause hiphop à l’ époque.

Comment est vu le label du point de vue de la scène électronique et du hiphop justement ?

P: Encore une fois, on est tout jeunes, on a que 3 ans. Au niveau de la musique électronique, tout le monde a l’ air de nous faire plutôt confiance, et de nous suivre dans nos choix et nos goûts, et dans le fait qu’ on amène quelque chose de frais. Entre 2001 et 2005, il y avait vraiment beaucoup de fausse house filtrée, de faux labels qui se cassaient la gueule. Dans le milieu électro, on est plutôt bien accueillis et plutôt bien acceptés. Nos disques sont pas mal distribués et joués: c’ est le principal. Après dans le hiphop, je pense qu’ on est un peu des ovnis, c’ est peut-être un peu violent comme musique pour eux. Maintenant il y a des mecs du hiphop qui se retrouvent un peu chez nous, puisqu’ on sort un disque de Mr Flash avec un featuring de TTC, Mehdi qui fait partie de la famille, SebastiAn qui intrigue tout le monde avec une vibe hiphop et qui pourtant tabasse. Je pense qu’ on est plutôt bien vus dans les deux familles, et moi personnellement, j’ ai envie d’ être bien vu dans les deux camps.

Ton background hiphop ?

P: Ca a commencé avec Run DMC en 89. J’ étais en pension et j’ avais un poster de Run DMC dans mon dortoir. J’ avais acheté leur disque. La réelle prise de conscience s’ est faite à ce moment-là. Après bien évidemment en tant que petit blanc et skateur, les Beastie boys ont changé ma vie. J’ aime particulièrement les beats et les musiques. Plus que les mcs, ce sont les producteurs qui m’ ont touché. Je suis moins fanatique de Common et Talib Kweli en tant que mcs, mais par contre Timbaland, Premier, Hi tek, Jay dee: toute cette clique-là me parle carrément. Je pourrais écouter des disques entiers de hiphop instrumental.

Peux-tu parler de tes influences dans la gestion et l’ identité artistique de ton label.

P:  James Lavelle c’ est l’ image et la puissance artistique, qu’ il a lui imposée dans les années 90. Je n’ ai pas la prétention de faire la même chose. En tout cas j’ espère qu’ on laissera le même genre de goût dans la bouche des gens. Après je suis le plus mauvais gestionnaire de la terre je pense, c’ est à dire que j’ ai monté mon label sans aucun business plan, et je continue à avancer comme ça. Je sors des disques sans faire de tableur, sans prévoir les rentrées et sorties d’ argent.

Les disques de Krazy baldhead auraient même leur place sur Mo’wax, pas que dans un club.

P: Bien évidemment, depuis le début j’ ai envie de sortir des disques qui ne sont pas forcément que des tubes de club ou des morceaux faciles. Le premier disque que j’ ai sorti sur Ed banger, c’ était Mr Flash "Radar rider", qui est tout sauf un morceau jouable en club, ou facile à l’ écoute, une espèce de DJ Shadow.

Il y a des artistes que tu voudrais signer ?

P: Là je t’ avoue que je n’ ai plus trop envie d’ en signer, parce qu’ il faut qu’ on se concentre un peu avec ceux avec qui on s’ est engagés, avec qui on a envie de sortir des disques. J’ espère que la musique est une énergie renouvelable. Il y aura toujours des nouveaux kids qui arriveront avec des sons de folie. Avant de signer Uffie, je m’ étais dit que je ne voulais plus signer d’ artiste. Quand j’ ai écouté, ça m’ a pris quatre secondes pour lui dire de monter dans l’ autobus Ed banger.

Comment expliques-tu le succès d’ Uffie?

P: J’ aime bien relativiser un peu les choses. On va approcher les 5000 vinyles. Il y a un succès, une attention, il y a beaucoup de vent et de bruit autour d’ elle. Maintenant il faut qu’ on vende des cds, il faut qu’ elle tourne, qu’ on écrive une histoire. Ca fait six mois qu’ elle existe, demain tout peut s’ arrêter, donc on a encore pas mal de boulot à faire. Après, ce qui fait une part du succès, c’ est que ce soit une fille. Les gens mettent un visage un peu sexy sur un artiste. Le mélange mc hiphop et électro, ça parle aux jeunes de 2006. Oizo et Feadz: l’ alchimie est parfaite.

Les points forts de SebastiAn et Justice ?

P: Leur force c’ est d’ avoir su bien digérer toutes leurs influences musicales, et d’ en avoir ressorti un truc un peu hybride. Les clubbers se retrouvent dans SebastiAn alors que c’ est tout breaké, jamais très droit, et en même temps tous les hiphopeux se retrouvent là-dedans en se disant qu’ il arrive à faire des trucs sur lesquels on saute partout. C’ est uptempo, nous on aime les trucs à 90 bpm justement, et là on est à 120/130, et les mecs pourraient limite rapper dessus. Il vient du hiphop, puisqu’ il faisait des sons avec Narcisse, d’ une jeune clique de La Cliqua justement. Justice leur force, je m’ emballe un peu, mais je pense que ce sont des petits génies de composition et de production, qui savent super bien travailler le son. Ils sont en plus multi-instrumentistes, et ont ce talent d’ écriture de la musique.

So me : l’image du label.

P: On s’ est rencontrés avec So me en 2002 pour faire le site de mon ancienne société. Quand j’ ai monté le label, il était là dès le début. Je lui ai donné carte blanche pour faire l’ identité du label. J’ avais déjà une petite idée derrière la tête, j’ étais attiré par les dessins à la main dont j’ aimais bien le côté naïf. Pas forcément le graffiti même si j’ ai bien sûr été touché par le graffiti en tant que jeune Parisien. So me a sauté dans l’ aventure avec moi et c’ est lui qui s’ occupe de tout l’ aspect visuel. Il m’ arrive très rarement de lui demander de refaire des choses. C’ est les oreilles du label et moi les mains du label.

T’écoutais quoi en rave à l’époque ?

P: En 92, c’ était assez triste comme musique à cette époque-là: c’ était Liza N’ Eliaz, Polygon window avant qu’ il s’ appelle Aphex twin. C’ était assez rapide, assez brutal, à la limite de la trance. Pour arriver à découvrir la musique électronique un peu plus pointue, tu rentres par les portes un peu plus faciles de la trance. Je me suis bien amusé pendant deux trois ans à sortir tous les week ends, à prendre des navettes. Ca m’ a un peu saoûlé à la fin, d’ être perdu au Bourget à sept heures du matin, et ne pas savoir comment rentrer chez moi. J’ ai poussé les portes des night clubs parisiens en me disant qu’ il y avait une musique un petit plus subtile, la house music, juste en bas de chez moi: finies les galères et les navettes.

Ton avis sur la démocratisation récente des musiques ghetto – bien qu’en place depuis un moment pour les formes de bass music -,  vu que Funk fait désormais partie de la famille ?

P: C’ est un cousin issu de germain. Il a fait un remix pour le single de Justice. Il fait partie de ces gens de Chicago qui ont influencé les gens de la première french touch et de la deuxième: Surkin ne jure que par Funk. On l’ a fait venir deux fois, et à chaque fois, c’ était assez magique et assez fou. Par rapport à tout ça, je trouve ça très bien: encore une fois ce sont des musiques festives. Mieux vaut tard que jamais, la miami bass n’ est peut-être pas grand public. Peut-être avec Lil’ Jon, et tout qui ont des petites influences. C’ est comme la baltimore. Je ne suis pas sûr que les petits jeunes de la Star ac y comprennent quelque chose. Même moi, j’ ai découvert la baltimore, il y a un an ou deux, avec Kazey. Je lui avais fait l’ affront de lui dire que j’ aimais bien ce truc un peu jungle. Il m’ avait regardé et il m’ avait dit: "Non. C’ est de la baltimore." On en entend un peu plus parler, mais ce n’ est pas non plus encore la musique des jeunes.

Tu scratches ?

P: Mais je suis une brute en scratch!

A quand la battle Ed banger BNN ?

P: Pone, Lil’ Mike, je les prends tous un par un ! Blague à part, je suis vraiment fan et à chaque fois étonné par ce qu’ arrivent à faire les mecs. Je ne suis pas du tout un pro DMC. Ca me saoûle vite les challenges et compagnie. Par contre dans une soirée, un mec qui arrive à placer ça au bon moment et au bon endroit, ça me parle. Si c’ est pour faire un show, c’ est joli sur youtube. Mais si ça casse l’ ambiance, c’ est pas le but du jeu.

Intégrées dans la production les coupures peuvent aussi être intéressantes (aux platines, ou pas, comme ton pote chrétien du New Jersey).

P: Todd Edwards c’ est pas du scratch. J’ ai deux exemples hyper importants dans les disques qui ont changé ma vie: un disque de Motorbass, "Flying fingers" de Zdar et Etienne De Crécy, un morceau de techno, dans lequel Jimmy Finger, qui était le dj de Mc Solaar à l’ époque, scratche sur toute la séquence, et un autre truc de nu american soul avec Jazzy Jeff qui scratche comme un instrument, et que Kenny Dope et Louie Vega avaient utilisé.

Les disques de tes amis sont pas mal utilisés ou cités par des gens tels que Nétik ou I Emerge, le savais-tu?

P: J’ ai vu ça avec Nétik. C’ est bon ça!

L’ importance du déguisement dans les dj sets ?

P: Tu parles à un professionnel! J’ ai lancé la mode du m&ms il y a quelques années. Evidemment que je suis pour que les djs lèvent les yeux de leurs platines et jouent avec le public, plutôt que les nerds qui regardent la piste se vider.

Ton avis sur le phénomène des sélecteurs ?

P: Si ils arrivent à faire danser les gens sans être des vrais djs, chapeau bas. Il y a tellement de vrais djs qui n’ arrivent pas à faire danser les gens. Par contre, les petites minettes qui s’ improvisent dj, ça me pose problème! (rires)

Tu peux dire un mot sur les liens qui unissent Ed banger ou Kitsuné au Japon.

P: Les Japonais ont toujours été friands de ce qui se passe en France. Après les Etats-unis, c’ est sûrement le pays qui les influence le plus: par rapport au goût des choses, à la mode, ils ont toujours été hallucinés par ce qui se passe en France, et musicalement ça a suivi. Nos relations avec nos amis japonais sont en train de se monter de plus en plus. Là on a été pour la première fois avec Justice au Japon, il y a trois semaines, ça s’ est super bien passé. On a fait deux grosses dates dans des gros clubs à Tokyo et au Mont Fuji. J’ ai eu la chance d’ y aller pas mal de fois, notamment avec Daft Punk quand on a bossé sur le film avec Leiji Matsumoto. J’ étais fan du travail des gens de Bape, et eux aussi du nôtre. Il y a des dynamiques qui se sont créées. Les Daft ont fait un morceau pour Teryaki boys, eux nous ont fait des paires de baskets, et l’ histoire continue comme ça. Uffie part à Tokyo fêter l’ anniversaire de BBC Ice cream. Gilda, qui est un ami à moi et qui s’ occupe du label Roulé de Thomas, a monté son label avec des copains à lui, dont un Japonais: Kitsuné, c’ est un label de musique et de mode, tout ce qu’ il y a de mieux pour les Japonais.

Ton opinion sur comment le dernier Daft Punk a été reçu.

P: Comme nous on l’ a envoyé, c’ est à dire un peu à la tronche des gens. Il y en a à qui ça a plu, et d’ autres à qui ça n’a pas plu. On a fait des dizaines de concerts, et les critiques sont de plus en plus élogieuses. Le groupe est toujours là, serein, prêt à faire d’ autres trucs. Moi je crois en eux. Après c’est bien dans une carrière d’ artiste de ne pas toujours être le numéro un. Qu’un troisième album marche moins bien que les deux premiers, ce n’ est pas très grave. J’espère qu’ il y aura dix albums de Daft punk et qu’ on se souviendra du troisième comme "celui qui a le moins bien marché". Peut-être que le septième album sera moins bien encore. Mais moi je l’aime bien personnellement. Je suis ravi de ce disque brut de pomme. D’ailleurs le fait qu’il ait été joué en concert en live a fait prendre conscience à pas mal de gens de comment ils ont fait cet album, et du côté super répétitif qui fait partie de notre musique.

Ton avis sur ces disques :
l’album de Oizo.

P: C’ est cool que F com ose sortir des disques aussi bruts, donc je n’ en pense que du bien.

Para One.

P: Je suis plus que content. Je suis éditeur de Para donc je l’aide dans son projet artistique. On n’ arrête pas de parler depuis tout à l’ heure des influences hiphop et house, voilà un mec qui vient plus du hiphop et qui assume complètement son amour pour le dancefloor et la musique électronique. Il y a plein de citations dans sa musique, notamment à Daft punk, et c’ est plutôt bien fait. C’est complètement 2006.

Mehdi.

P: Que te dire de DJ Mehdi, à part mon amour et mon respect pour "Lucky boy". Lui aussi qui comme Para One assume cette ambiguîté d’ amour de deux scènes ennemies il n’ y a pas si longtemps, et qui sont finalement en train de se retrouver, et qui ne vont plus pouvoir vivre l’ une sans l’ autre. Il n’ y a qu’ à entendre Timbaland claquer des trucs à moitié house.

Jay Dee "Donuts".

P: J’ ai la chance de l’avoir rencontré en 2002 à Miami. Super cool. Il connaissait très bien Daft Punk et ce qu’ on faisait. C’est comme ça qu’ on a fait l’ échange de remix avec Slum village puisque Jay dee avait samplé un morceau de Thomas sur Roulé, et plutôt que de lui envoyer notre avocat, je l’ai appelé et je lui ai dit que j’ dorais ce qu’ il faisait, de nous faire un remix, ce qu’ il a fait super rapidement. J’adore ce mec, j’aime son freestyle de production, le mec a un son bien à lui, et c’est ce qui fait la différence entre tous les producteurs de rap et lui.

Skream "Midnight request line".

P: Uffie fait une reprise sur ce beat. L’ album m’a un peu déçu mais le single est juste fabuleux. C’ est du downtempo, voilà du dubstep. J’ ai acheté quelques disques, étant fan de musique instrumentale. En soirée, je ne sais pas ce que ça donne. Il paraît qu’à Londres il y a des soirées comme ça. Ca doit être tout lent: du reggae moderne.