Rencontre avec les activistes de Hip Hop Resistance, structure qui a redonné un nouveau souffle aux concerts de HipHop en France.

Comment s’est créée la structure HipHop Resistance ?

Awer : Acétik et moi-même travaillions à l’époque dans le fanzine RPM (Roots People Music, ndlr) on s’est rencontré à cette occasion . On a été amené à s’occuper du concert/SET DJ de Mr Len (ex Company Flow, ndlr) au Batofar en 2001 qui était en contact à l’époque avec une autre journaliste de RPM… L’association HipHop Resistance s’est créé rapidement après à l’initiative d’Acetik et moi-même avec la volonté d’organiser des concerts de hiphop indépendant dans la lignée et l’esprit de ce qui s’était fait avec Mr Len. Le premier concert de HipHop Resistance en tant que tel a été le concert Brick 9000/Kerozen en juin 2001. On avait envie d’opposer deux labels lors d’une même soirée, une sorte de clash à la fois dj/mc et on était en contact avec le label belge de Dj Lefto et Diesel Dan Brick 9000, on a choisi pour les français le label Kerozen en élargissant à la scène indépendante qui travaillait avec et qu’on appréciait de TTC à Triptik. Au départ ce concert devait se dérouler au New Morning, une salle qui nous plaisait vraiment et qui était parfaite pour ce genre de concert, mais la structure avec qui nous collaborions à l’époque a mal bossé, on a appris au dernier moment ( 5 jours avant la date ) que le New Morning ne voulait plus faire de plateau hiphop (suite à un concert de rap français qui s’était mal terminé, ndlr). On est allé voir au dernier moment dans l’urgence le responsable de la programmation du Batofar qui nous a vraiment aidé et nous a permis de faire ce plateau au Batofar.

Qui compose la structure HipHop Resistance ?
HHR : La structure aujourd’hui a un peu évolué, Acétik est parti, Dj Fab qui a travaillé comme dj sur plusieurs plateaux a rejoint plus officiellement la structure, Brece, graffeur/graphiste du collectif Inkonstruction réalise quasiment tous les flyers depuis le début, Redam s’occupe de la logistique, après d’autres personnes sont affiliés à HHR comme Dj Ced Swift qui vit à Marseille.

Combien de concerts avez-vous organisé depuis juin 2001 ?
HHR : Le concert de Living Legends qui s’est tenu en décembre 2002 était notre 10ème concert. Pour récapituler Hip Hop Resistance a organisé Brick 9000/Kerozen, Zion I-Akrobatik- Looptroop, Superrappin Tour 2002 à Paris, Visionaries / Beat Junkies, Mr Len Jean Grae, Mr Live, 4th Pyramid, Lootpack / P Trix, Emanon, Peanut Butter Wold/Madlib, Insight / Omni / Octobre Rouge, Killer Kela / Mixologists, Living Legends.
Le 27 janvier ça sera notre 11é concert avec les artistes du label de Chicago Galapagos4 au Nouveau Casino à Paris.

Pourquoi la plupart de vos concerts se sont-ils déroulés au Batofar ?
HHR : On est resté fidèle au Batofar d’une part pour leur remercier de leur coup de main pour Brick 9000/Kerozen, on a pas oublié le service qu’ils nous ont rendu et d’autre part cette salle à un côté intimiste, underground qui correspond bien à notre démarche et puis le fait que ça soit un bateau rajoute de l’originalité à l’endroit. Les ingénieurs du son du Batofar sont habitués aux soirées drum’n’bass et jungle donc il savent ce que sont les infra basses, ils n’ont pas peur des sons statiques.
Pour des plateaux comme Superrappin ou Lootpack, avec l’expérience du concert Zion I /Akrobatik / Looptroop où près de 200 personnes étaient restés dehors, on s’est dit que pour un plateau avec des rappeurs plus connus comme Declaime ou Lone Catalysts on se devait de prendre une plus grande salle (600 personnes) comme Le Divan du Monde qui est une salle intermédiaire.
Fin décembre, la direction artistique du Batofar a changé, les personnes avec qui ont été en contact sont partis et on a du chercher une autre salle avec la même capacité. On est rentré en contact avec le Nouveau Casino avec qui on va désormais travailler régulièrement. Ca nous permet de rester dans Paris et de garder le même tarif, vraiment accessible et qui fait parti intégrante de notre démarche. On va y faire le 27 janvier le concert Galapagos4 qui est un vrai challenge, un label qui va faire parler de lui d’ici 1 ou 2 ans. Pour l’instant on ne veut pas se brûler en faisant de trop grandes salles, on préfère avancer par étape, on a encore de l’expérience à acquérir.

Que répondez vous à ceux qui qualifient le Batofar d’endroit élitiste ?
Notre démarche c’est l’éducation musicale, on propose une autre facette de ce qu’on a l’habitude de lire et d’écouter dans la soi disant presse et radio hiphop, d’autres artistes qui seront dans plusieurs mois dans ces magazines. On propose aux gens de les découvrir sur scène, c’est aussi une démarche adressée aux rappeurs ou aux dj’s dans la mesure où on leur dit, "venez voir ce qu’est une performance scénique digne de ce nom ". On est de l’ancienne école et pour nous la notion d’échange dans le hiphop représente quelque chose d’important, échange avec le public, performance sur scène, des aspects qui sont un peu trop oubliés dans les concerts. Aujourd’hui on s’intéresse plus aux ventes d’un artiste pour aller voir un concert que de son réel talent.
Après pour revenir au Batofar, les gens aiment bien cataloguer, on peut pas plaire à tout le monde, je leur ferais juste remarquer le prix de l’entrée de nos concerts, ce n’est pas franchement ce qu’on peut appeler élitiste. Et puis qu’ils se renseignent au moins sur les artistes qu’on fait venir, qu’ils écoutent juste sans préjugés. De toute façon y’aura toujours des gens qui suivent et d’autres qui prennent le rôle de détracteurs, on s’en fout finalement.

Comment rentrez vous en contact avec les artistes ?
Awer : j’étais en contact avec Akrobatik depuis mars 2001, en fait j’ai vécu 5 ans à Londres et j’ai eu l’occasion de rencontrer Vadim, Blade et d’autres gens du hiphop anglais avec qui j’ai sympathisé. Dj Vadim a passé mon contact à Akrobatik qui m’a contacté et m’a proposé de venir faire un show à Paris. Sabotage qui est une boîte allemande m’a un jour envoyé une proposition concernant un concert Akrobatik /Zion- I, donc on a saisi l’occasion pour finaliser ce projet. A l’heure actuelle, Dj Fab s’en est rendu compte en allant dernièrement à NY, quand les artistes reviennent de leur tournée et notamment de leur concert à Paris, le nom HipHop Resistance tourne, Paris est une date prestigieuse, le bouche à oreille fonctionne bien quand à notre structure et des labels et des artistes nous contactent directement.


Les plateaux HipHop Resistance qui vous ont le plus marqué ?

HHR : Akrobatik /Zion I/Looptroop parce que c’était notre premier plateau avec des artistes américains et que les artistes ont été impressionnants, il y a eu une grosse ambiance au niveau du public.
Living Legends était un évènement particulier, ce label n’a aucune distribution en France, on ne savait pas vraiment comment le public allait réagir, si les gens allaient se déplacer et au final, le concert était blindé, les gens très réactifs, on a senti un véritable engouement alors que les gens ne connaissaient pas forcément ces artistes. On a vraiment bénéficié de l’effet Internet et l’on a eu de nombreux retours que ce soit de France ou de l’étranger, de l’Angleterre aux USA.
On citera aussi le concert de Killer Kela parce que c’était le plus risqué, l’image de Killer Kela était trop collée à celle de Dj Vadim qui a déjà pas mal tourné en France, dans le sens où les gens pouvaient se dire « j’ai vu Kela accompagner Vadim en tournée, donc c’est bon j’ai vu Killer Kela, plus besoin d’y retourner ». Alors qu’on a pu se rendre compte de la force de son show en solo avec les Mixologists au Batofar. C’est quelqu’un qu’on a vraiment envie de faire revenir.

Quels sont vos projets pour 2003 ?
HHR : On est en train d’obtenir le statut de tourneur ce qui va nous permettre d’accentuer la régularité des concerts, la demande s’est accrue de la part des labels indépendants américains, beaucoup d’artistes veulent venir en France. On est contacté pour des concerts mais également par des groupes qui ne sont pas distribués en France. Concerts, production, distribution, on a envie de créer à terme un réseau parallèle qui s’autosuffise, qui permettra à des artistes étrangers et français indépendants de se développer. On vient de sortir la nouvelle mix-tape de Dj Fab, on a envie de se lancer dans d’autres productions de mix-tapes comme celle de Ced Swift, Shone ou Detect, il y aura également un dvd réunissant les meilleurs moments des concerts. On veut montrer aux gens la diversité de notre activité. Dj Fab va sortir une mix-tape spéciale freestyle avec tous les meilleurs lives des concerts HHR, des freestyles de son émission sur 88.2, des anciens freestyles inédits de Biggie ou de Black Sheep en 87 par exemple. Ce CD spécial freestyle rentre dans notre démarche qui est de mettre an avant la performance technique du MC, comme ce qu’ont fait Eligh et Scarub à Living Legends par exemple.

Pourquoi RadioNova est votre sponsor et pas Générations 88.2 ?
Peut être que les radios les plus hiphop et les gens qui y bossent ne sont pas là où on croit les trouver. J’aurais aimé que 88.2 soit dessus mais j’ai peut être vu la mauvaise personne à l’époque. Nova nous a suivi depuis le début et a toujours été réactif et réceptif à nos propositions et aux artistes qu’on a programmés. Donc.

Concernant votre partenariat avec Ecko, pourquoi pas de marque française ?
On a eu des propositions, mais par rapport à notre démarche, à notre programmation essentiellement étrangère, une marque américaine comme Ecko, avec toute son histoire, nous convenait plus. En plus avec cette marque comme sponsor, les artistes étrangers qui viennent en concert ont une forme de repaire. On a pas encore trouvé de marque française qui reflète vraiment notre démarche mais on reste ouvert.

Vos meilleurs souvenirs de concerts en dehors de HH Resistance ?
Dj Fab : KRS-One, Redman aux USA, LL Cool J, Run DMC au Rex même si ça c’est fini en bagarre générale,Ice Cube y a longtemps aux USA et quand il est revenu à l’Elysée Montmartre à Paris avec Da Lench Mob. Ultramagnetics Mc’s aussi à Paris et dans un autre registre Bjork.
Awer : BDP à Paris, KRS-One est vraiment impressionnant, Public Enemy, le concert de Jeru que j’avais vu à Londres à l’époque de son premier album, le Wu Tang également à Londres et Gil Scott Heron au New Morning à Paris.


Les artistes que vous aimeriez faire venir ?

Dj Fab : Jurassic 5, un groupe au charisme impressionnant sur scène, une vraie alchimie entre les dj’s et les mc’s, c’est beau à voir ! Sinon Edan.
Awer : Kool Keith pour le personnage, sa discographie et son histoire.

Vos 3 albums de l’année 2002 :
Awer : Offwhyte "The fifth sun", Missy Elliott "Under construction", Tre Hardson "Liberation"
Dj Fab : les albums de Jurassic 5 "Powers in number", Edan "Primitive plus" et également l’album de Missy Elliott.

Un mot à rajouter ?
Awer : j’aimerais bien qu’il y ait un jour un vrai débat qui soit organisé avec tous les acteurs du hiphop en France. C’est sûrement un problème typiquement parisien, mais j’ai l’impression qu’ ici beaucoup cherchent plus à s’approprier l’arrivée du hip hop, sa création, son développement, qu’à faire évoluer réellement les choses en dehors de ce qu’imposent les majors pour qui la politique : "diviser pour mieux régner" est le seul moyen de contrôler une culture qu’ils ne comprennent toujours pas. Ce qui fait qu’en 2003 on existe Il y a vraiment un problème au niveau de l’information, ces acteurs sont censés informer, cultiver les gens mais quand je vois qu’à l’époque du concert de Visionnaries/Beat Junkies, des gens qui bossent dans des magasins de disques spécialisés hiphop ne connaissaient pas Dj Rhettmatic. Je me dis qu’il y a vraiment un problème, qui pourrait renseigner un jeune qui vient dans ce magasin si même le vendeur ne peut pas l’aider à découvrir autre chose que ce qui tourne en rotation sur les ondes des radios commerciales ?
J’ai été marqué par quelqu’un comme Dee Nasty,, aujourd’hui qui peut se vanter d’un tel parcours ? On écoutait tous ses émissions, on les copiait sur K7, ce dj a toujours eu en tête de cultiver musicalement les gens, de leur faire découvrir des nouveaux artistes, de susciter leur curiosité pour des labels méconnus. Dee Nasty n’a jamais eu la reconnaissance qu’il méritait à mon avis, j’aimerais vraiment le faire venir un jour sur un de nos plateaux, mais quelque chose à sa hauteur, un artiste avec une histoire, quelqu’un qui a également marqué, comme Kool Keith par exemple.
Le manque de culture ou cette culture "maison de disque", je la retrouve trop souvent dans les médias soit-disant hiphop. Il y a des fois quelques pages dans la presse spécialisée sur les artistes que l’on fait venir, les gens sont vraiment longs à la détente, maintenant au bout de 10 concerts les gens commencent doucement à nous contacter. Et je trouve navrante la cassure qui existe au niveau des concerts et de la façon d’en parler entre l’underground et le mainstream, ce sont les mêmes artistes pourtant qui viennent du même endroit après, il y a juste une question d’approche musicale et de moyen qui les séparent. Il y a une main mise des grosses majors qui a créé cette situation et a amené à dénigrer une grosse partie de la scène indépendante et ça me désole de voir que des gens de la première heure se retrouve avec cette mentalité aujourd’hui. Comme dit Gill-Scott-Heron : REVOLUTION WILL NOT BE TELEVISED !
De toute façon en ce qui nous concerne je penses que la reconnaissance pour HipHop Resistance et notre démarche ne viendra pas de la France mais de l’étranger, Angleterre et USA (ce qui se passe aujourd’ hui ) ce qui amènera des gens qui aujourd’hui nous regardent avec scepticisme à s’intéresser enfin aux artistes que l’on fait venir. Le Hip Hop est large.


Les dédicaces :

A toutes les personnes qui nous supportent et a ceux & celles qui viennent à nos concerts.