A l’occasion de la sortie de TR 303, l’un des producteurs français les plus talentueux revient sur la génèse du nouvel album de Triptik, sa façon de produire, ses envies musicales, ses influences seventies et ses projets solos.

La pochette de l’album est centrée autour des machines donc indirectement à toi et à ton travail de production.


Le nom TR 303 et le concept de la pochette sont venus de Dabaaz. Il avait commencé la pochette dans ce délire là, un montage de photo old school. J’ai ramené l’idée de rajouter du vieux matos, je suis allé chercher sur internet des photos de clavinettes, de Moog, c’était plus un délire esthétique par rapport au son général de l’album, à son ambiance qu’à moi. TR 303 c’est un clin d’?il à la TR 808, une boîte à rythme utilisée dans les albums de rap old school comme ceux de LL Cool J. Un journaliste nous a appris que la TR 303 avait existé mais était tellement compliquée qu’elle n’avait pas marché !



Quand a commencé l’enregistrement de l’album ?


J’avais fait plein de morceaux juste après Microphonorama pendant qu’eux étaient en tournée, j’avais bossé des sons pour un album que je voulais sortir avec des invités dessus. Le projet a trainé et n’a au final pas vu le jour. L’instru de  » Hip Hop  » avait été faite avant Microphonorama. C’était un morceau qui devait être sur Microphonorama mais qu’on n’avait pas eu le temps de faire. Y’a autre morceau qui avait été fait avant. Le morceau le plus récent est  » Le bug « . Un morceau que j’ai fait 10 minutes avant que JL arrive pour le thème, j’avais des instrus dont j’étais pas sur, dans l’urgence je tentais des trucs, Dabaaz m’a entendu faire des essais, y’en a un qui sonnait bien on l’a gardé. Y’a un rendu assez brute sur ce morceau. En général je produis 15 ou 16 instrus pour un album, je fais un choix assez resserré car quand je vais au bout d’une instru c’est que j’en suis satisfait. Je cogite beaucoup avant de faire les sons, des périodes où j’écoute beaucoup de sons, je fais très peu de sons pour rien sinon je l’arrête tout de suite. Ou sinon c’est dans le cas de commandes. Je ne fonctionne jamais avec un grand nombre d’instrus parmi lesquelles Dabaaz et Blackboul’ choisiraient les meilleurs. Y’a aucun morceau de Triptik qu’on a enregistré et qui n’est pas sorti mis à part un pour la compilation Amnesty International, compilation qui n’a pas vu le jour. Tout ce qu’on a fait on avait envie de le faire et on l’a sorti.



Les conditions d’enregistrements ont-elles changé sur cet album ?


J’ai le même matos depuis le début. Un S2800, un expandeur emu vintage keys et un mac. La seule modification depuis  » L’ébauche  » c’est qu’avant j’avais Cubase sur Atari et depuis l’époque  » Microphonorama  » je suis sur Mac toujours Cubase toujours en Midi en fait je bosse sur Mac comme si je bossais avec un Atari. La plupart des morceaux de Microphonorama ont été fait sur Atari. J’en suis plutôt fier mais faut reconnaître ses limites. Je suis plutôt fier que sur mes sorties de sampleurs mes sons sortent pratiquement comme sur le définitif. Je suis conscient qu’il faudrait que je m’achète un peu plus de matos. J’ai jamais bossé sur MPC, c’est une volonté de ma part, j’ai du mal à ne pas voir mon morceau devant moi, j’aime bien le concept de voir concrètement mon morceau sur mon écran d’ordinateur et de pouvoir le construire du début à la fin. Je fais les mises à plats je me prends vachement la tête en amont, tout le taf de production je le fais chez moi et j’essaye de rester le plus fidèle à l’idée que j’ai des morceaux et à leur rendu définitif. Quand j’arrive au mix final qu’on a fait avec Cutee B, je lui expose ma vision du morceau et il le retranscrit bien au mix. Les morceaux étaient conçus différemment des précèdents albums avec une volonté de sonner seventies et vintage avec un côté un peu crade et brutal plus que purement rap new yorkais. Ca se ressent notamment sur mes caisses claires qui ont un grain plus crade. Cutee B a vraiment réussi à le faire ressortir au mix. J’ai confiance dans son boulot. C’est une des rencontres les plus mortelles humainement et professionnellement que j’ai eu dans ce milieu au même titre que Pone ou Dee Nasty,. Cutee B est un musicien, un mec qui a une pure oreille,.une maîtrise technique du matos et une grosse capacité d’adaptation notamment au niveau des scratches sur le précèdent album et sur celui là sur le morceau avec JL. J’attache une importance capitale au son, à la texture du son d’où l’importance du mix. Les ricains sont là dedans mais peu de français développent vraiment un son et la façon dont tu fais ressortir tes sons. On aurait pu faire un mix super froid, clinquant avec les beats super en avant ou étouffés. Je voulais tout sauf un rendu froid, droit et scolaire. Cutee B a vraiment compris mon délire



Sur les trois albums, « Boogie nana », « Bouges tes cheveux » et « Hip Hop », une envie constante d’un morceau dancefloor ?


Je vois pas la chose comme ça, chaque année on a envie d’un morceau pour nous faire danser nous même. Dans nos albums on mélangent toujours des ambiances classiques, d’autres déprimés et enfin festives, selon nos humeurs. Y’a pas de volonté systématique de faire un morceau dancefloor. Le morceau ressort après parce que les gens capte un gimmick.  » Bouges tes cheveux « , c’est un morceau funky en réaction à tous les morceaux français pseudo dancefloor que je trouvais soupeux. Je voulais un vrai morceau, pas un truc r’n’b tiédasse, un morceau funky, dancefloor et super dépouillé. Y’a quasiment que le slap dans ce morceau, tout repose sur la basse. Avec  » Hip Hop  » on voulait faire un délire, un clin d’?il au début des années 90, la guitare criarde et la basse présente. Il faut le prendre comme une carte postale. Ca nous correspond de faire un son comme ça, on ne se force pas ou ne calcule pas en se disant  » Tiens il nous faut un morceau dancefloor « . Après je fais gaffe à la cohésion de l’album je dois le sentir en même temps hétérogène et homogène, avec à la fois plein de style et une unité, une cohérence dans l’album, ça c’est un vrai défi.



Des souvenirs de bons morceaux français dancefloor ?


« One, one one  » des X Men, un morceau vrai et dancefloor que j’avais vraiment kiffé, le Dany/Don Choa produit par Poska est terrible, le  » Toujours électriques  » de La Caution n’est pas purement accès club mais a une efficacité dancefloor mortelle. J’aime ce genre de morceau qui te font danser sans avoir besoin de te mettre une fille au refrain, Craig Mack par exemple a fait des morceaux super dancefloor sans refrain chanté.



Quelles sont tes principales influences musicales ?


Sly Stone est ma plus grosse influence, aussi bien la personne, sa façon de produire, que sa carrière et notamment le parallèle entre l’époque dans laquelle il était et l’évolution de sa carrière. Tu écoutes les disques de Sly et tu vois l’évolution des noirs américains entre 1967 et les années 70. 67/69, l’optimisme et Woodstock, 70 il ne se passe rien, et en 71 il se réveille et ce sont les grosses désillusions, la came et une longue lutte pour essayer de montrer qu’il est de retour mais ça ne prend pas. C’est un génie et en même temps les gens en parlent si peu. Son album ultime  » There’s a riot going on  » est un album super étrange, en l’écoutant t’as l’impression que ta chaîne est cassée. Le son est horrible. J’aime beaucoup la Funk, surtout la naissance de la Funk avec Clinton, les premiers Ohio Players, les premiers Kool and the gang. Après les trucs genre Delegation pour moi c’est pas de la funk, c’est la soupe des années 80 sauf Cameo, Zapp et Rick James. Voilà en ce qui concerne mes références, des modèles auxquels j’essaye d’une certaine façon de rester fidèle. Il y a également Stevie Wonder j’aime évidemment  » Songs in the key of life « , mais au niveau du son , j’aime surtout ce qu’il a fait en 72, 73, 74 comme  » Talking book « ,  » Inner visions « , j’aime les clavinettes comme ils les a utilisées, un rendu brutal, beau et spontané, j’aime les trucs qui sonnent spontané et naturel et comme les disques d’Hendrix, tu sens que ça sort des tripes. C’est mon rève d’avoir de vrais claviers analogiques de l’époque comme la Clavinette, clavier électrique de la marque Honer très utilisé dans les années 70. comme le Rhodes ou le Hamon B3 mais la clavinette a un son plus électrique, plus proche de la guitare que du piano.



Ta façon de produire a t-elle évolué depuis le premier album de Triptik, l’Ebauche ?


Le truc qui est vrai c’est qu’il a beaucoup moins de loop sur cet album, il n’y a qu’ une seule vraie boucle sur l’album. Sur 3, 4 morceaux on retrouve des découpages de boucles ou on peut reconnaître les samples, tout le reste c’est des échantillons c’est à dire juste des sons avec lesquelles je rejoue. Je me sers du sampleur comme d’un expandeur. Tous les beats sont des samples, rien ne vient d’une boîte à rythme, ceux sont tous des samples que je reprogramme. Tout est programmé. Pareil pour les sons, je n’utilise que des échantillons, un son de basse isolé, un son de guitare isolé, un son de piano isolé et je rejoue avec. Je prends des sons et je rejoue avec. D’autres morceaux ont été fait avec l’expandeur comme  » Si un jour « , j’ai la pédale wha wha qui est branchée sur l’expandeur, je joue avec, ça rentre dans le sampleur et je resample derrière. Là où j’ai évolué c’est dans la maîtrise des machines, je suis plus rapide, je sais plus où je veux aller. Sur cet album je me suis lâché à faire des morceaux que j’aimais tout simplement sans avoir absolument à obéir à des règles admises dans le hiphop. Un morceau comme  » Si un jour  » je l’aurais peut être pas fait comme ça il y’a trois ans. Ca devait être un interlude à la base et puis Blackboul’ et Dabaaz ont voulu en faire un morceau et poser dessus.



L’évolution se situerait plus dans la mise en avant sur cet album de mes influences, elles ont toujours été les mêmes mais sur TR 303 je suis allé plus profondément dedans. Y’a d’autres influences qui ne se ressentent pas sur celui là mais qui se ressentiront plus sur mon projet solo. Dans ma façon de produire, au début j’étais influencé par des productions purement hiphop, Primo, Dre, Pete Rock, beaucoup de rap new yorkais et plus ça va et plus j’en reviens aux trucs que j’écoutais avant. Sur cet album là, mes productions sont vraiment sous l’influence des années 70. Mes vraies influences en terme de son et de productions sont des vieux trucs, j’en reviens toujours à Sly, Stevie Wonder et Funkadelic, cette folie construite chez eux comme chez Clinton, Prince dans certains aspects, David Bowie époque Ziggy Stardust ou Jimi Hendrix. Sur  » Si un jour « , j’ai voulu faire un morceau qui puisse coller à l’esprit du  » talking book  » de Stevie Wonder sans le sampler. Il y a également des clins d’?il indirects comme  » So happy  » où je me suis inspiré d’un morceau de Nina Simone  » Feeling good  » sur lequel t’as ce style de cuivre, j’ai repris des cuivres ailleurs et j’ai rejoué ce genre de mélodie assez lente en reprenant le gimmick  » So happy  » là où elle faisait  » I’m feeling good « , un texte super optimiste sur une instru super déprimante. D’ailleurs on a enregistré le morceau le lendemain de son décès. Pour l’intro  » TR 303 « , je voulais reprendre l’esprit des morceaux que des mecs avec fait sous l’influence de Sly. Pour la partie sur laquelle ils rappent je me suis inspiré de « On the corner  » de Miles Davis, album que Miles a fait sous l’influence de Sly Stone. Y’a des éléments rythmiques et des types de sons que j’ai repris sur  » Head hunters  » que Herbie Hancock avait aussi fait l’influence de Sly Stone. A la fin du morceau je reprend un petit riff de guitare à la Sly. Y’a comme ça une succession de petits délires perso. J’aime la folie construite et canalisée dans un morceau, comme chez Sly, Funkadelic où ça part dans tous les sens, ou comme Prince, mais qui a malgré tout des morceaux hyper construits.



Il y a plusieurs interludes sur l’album comme Hip Hop + Funk + Soul.


C’est dans l’optique d’homogéneiser de l’album et d’arriver à faire des liens entre les morceaux de l’album. Voilà pourquoi je rajoute parfois des interludes pour que deux morceaux collent ensemble. Je fais souvent des morceaux comment.  » Hip Hop + funk + soul  » sans trop savoir ce que je vais en faire. Ce morceau est un des derniers que j’ai fait. Dans l’esprit je voulais faire référence à mes autres influences, j’ai rajouté des samples de voix que j’ai trouvé dans un documentaire sur Sly ou le mec dit  » r’n’b, blues, jazz, funk  » ça me faisait grave penser à sa musique, et puis l’essence même du rap à travers le sampling qui est ce collage, ce mélange d’influence. Après, d’autres interludes à la base sont devenus des morceaux comme  » So happy  » que Blackboul’ a voulu prendre comme morceau solo.



« T Funk », la production la plus audacieuse de l’album ?


Audacieuse dans un album de rap français mais j’invente rien du tout, c’est un clin d’?il là aussi à Parliament et aux Funkadelic. Je me suis fait un délire avec toutes les influences que j’aime bien dans la funk. Sly est présent Stevie Wonder, Betty Davis, la femme de Miles, une Tina Turner version trash, aussi. Il y a un clin à Funkadelic et à Zapp dans le petit pont et solo de gratte hommage de Eddy Hazel sur Funkadelic dans  » Cosmic slop  » et aussi à Prince. Ca c’était tellement bien passé bien avec Dee Nasty sur  » Hiphop  » qu’il est revenu sur ce morceau. Joon, je l’ai vu en concert avec le Rimshot Crew au Sunday School, c’est un des guitaristes les plus funkys de Paname et je ne me voyait pas bosser avec quelqu’un d’autre que lui. Sur le morceau il utilise non pas un vocoder mais une talk box, un tuyau relié à la guitare qui passe par l’ampli et dans lequel il articule, il ne parle pas. Zapp c’était également des Talk box, Sly dans  » Sex machine  » aussi. Roger Troutman utilisait une talk box branchée sur son clavier, là c’est sur la guitare, ça n’a rien à voir avec le vocoder. Dans le clip de  » California Love  » on le voit d’ailleurs avec son tube dans la bouche.




Si tu devais jouer d’un instrument autre que le clavier ?


La batterie. C’est grâce à mes parents que j’ai pu faire de la musique, il m’avait acheté une batterie en plastique étant tout petit, puis un petit orgue et ils m’ont payé des cours de piano à l’école à 6 ans. Ils m’ont toujours soutenu dans mon envie de faire de la musique.



Les batteries paraissent souvent live sur l’album, d’où vient cette démarche ?


La volonté de sonner comme les morceaux de l’époque. Quand j’ai fait  » Si un jour  » par exemple, je me suis inspiré du  » Talking book  » je voulais pas le sampler, je voulais et rejouer les claviers mais je voulais que tout l’ambiance y soit notamment les batteries. J’aime bien créer l’illusion que les batteries sont lives. J’adore le coté organique et spontané plus que les trucs trop programmés, trop froid même si j’aime bien Neptunes qui sont entre les deux. Souvent je pars d’un son de batterie et je m’imagine comme un groupe qui répète. Le batteur commence, après ça peut être la clavinette, par exemple j’ai commencé sur  » Si un jour  » après les deux clavinettes qui se superposent, la classique et la wha wha, la ligne de basse arrive ensuite etc? « Si un jour » est un des morceaux qui me tient le plus à c?ur de l’album et peut être celui qui m’est le plus cher dans l’ensemble de mes productions. Y’a tout ce que j’aime dans ce morceau.



On retrouve également des cuivres sur plusieurs morceaux.


Les cuivres ont été rejoué par des musiciens sur la  » Good vibe  » et  » Si un jour « , un trombone et une trompette ont été rejoué en live par dessus les samples pour donner le vrai côté live. Une section cuivre jouée au clavier c’est jamais beau, les cuivres sont parmi les seuls instruments que tu ne peux pas vraiment jouer au clavier. Après ca dépend du type de cuivre, la trompette ça passe mais le saxe ça passe pas du tout. Une section cuivre c’est impossible.. Quand ceux sont des montées de cuivres ça va mais une attaque de cuivre ça sonne faux rejoué au clavier. Cutee B rejoue également une mélodie que j’avais faite au clavier, il joue du Flugelhorn une trompette un peu plus grave.



Un instrument que t’aurais aimé avoir sur l’album ?


J’aurais voulu rajouter un violon, comme Sly avait fait sur  » Small talk  » mi funky mi country comme RZA avait d’ailleurs fait sur le deuxième Wu Tang. Je le ferais peut être plus tard.



Les producteurs dont la démarche t’intéresse et que t’aimerais voir bosser en studio ?


Dans la démarche artistique je dirais: Q-Tip, Neptunes et Outkast, qui ont pour moi une démarche assez similaire?y’a aussi Dan The Automator que j’apprécie beaucoup. Q Tip Neptunes et Outkast sont emprunts d’influences hyper variées qui datent je pense de la même période que moi, et ils en ont fait un truc hyper personnel. Q Tip  » Kamaal the abstract  » un très bon album, Outkast pour leur côté p funk complétement déjanté. Ils ont avant tout repris l’esprit p funk, la démarche et ils en font leur truc. The Neptunes aussi y’a peu de samples, peu de mélodies rejouées sauf sur  » Superthug  » par exemple où Pharell reprend Blondie sur le refrain. Ils reprennent l’esprit plus que le sample. J’aime bien cette idée de se remettre dans l’état d’esprit des mecs à l’époque et de sortir un truc neuf, ça m’intéresse plus que d’entendre des mecs rapper sur des boucles que je connais déjà. Forcément aujourd’hui je suis plus curieux d’écouter des producteurs pour qui la composition, la part de création prend de plus en plus de place. J’ai envie d’être épaté par des producteurs. Je suis plus impressionné par des mecs qui trouvent la mélodie eux mêmes que le mec qui trouve la boucle qui tue et qui en fait un tube. Je ne suis pas un crate digger plutôt un collectionneur des disques que j’aime bien. Mais bon c’est aussi parce que j’ai pas de thune. En même temps si c’est pour acheter des disques, et ne les utiliser que pour voir si y’a des boucles à sampler ça me m’intéresse pas. J’aime des disques et je leur suis fidèle. Même si je découvre et si j’écoute régulièrement des nouveautés, je réecoute souvent les mêmes disques sans me lasser. Les disques de Sly c’est mon seul vice de crate digger et de collectionneur. Quand on est parti cette été à Tokyo (concert de Triptik au B Boy park) j’ai trouvé un 45 tours hyper rare produit par Sly en 71, je l’ai acheté direct.



Des morceaux que t’aurais aimé sampler et qui ont déjà été samplé ?


Ohio Players  » Funky worm « , le sample de  » One One One  » des X Men vient de là, ce morceau des Ohio est énorme. Après y’a des milliards de boucles que j’aurais aimé prendre mais plus maintenant, je suis plus aujourd’hui dans un délire de faire des morceaux d’une autre façon. Ma vraie envie c’est de jouer et de créer complétement mes morceaux. J’ai mis du temps à sampler du Sly. Je l’ai fait discrètement, un découpage de sample par ci, un bout de voix par là par exemple sur les interludes SYL part 1, 2, 3 c’est une forme d’hommage, plus indirect sur le dernier SYL, SYL étant un diminutif pour sylverster, le prénom de Stone.



Quels seront tes projets une fois que TR 303 sera sorti ?


Cet album on va grave le défendre, c’est notre album le plus personnel, celui qui nous a tenu le plus à c?ur, c’est là qu’on est allé le plus loin dans les thèmes, les sons, les flows, C’est dans TR 303 qu’on retrouve les morceaux les plus personnels, introspectifs en tant que Triptik et au niveau de chacun. On va développer ensuite chacun nos personnalités sur des projets solo. Je continuerai bien sûr à faire du rap mais je dirais que j’ai des envies de musique au sens plus large. Des vraies envies de productions tel qu’on l’entendait avant, dans des termes de réalisations. J’ai plus trop envie d’un certain classisisme hiphop. J’ai surtout envie de ne plus me poser de questions et de toujours être le personnel possible, ne plus faire des commandes hors Triptik où on me demande de sonner Primo, Just Blaze, Neptunes ou tel autre truc qui marche en ce moment. Je vais poursuivre sur mon projet solo ce que j’ai commencé là avec des morceaux comme  » Si un jour « , toujours hiphop et en même temps plus large, un délire égoïste de producteur avec des morceau très longs ou très courts avec du rap et du chant, mais très loin de la soupe r’n’b.. Les albums instrumentaux me font chier en général, j’ai besoin de voix sur mes morceaux. Faire appel à des gens que je ne connaissais pas forcément mais qui m’intéressent artistiquement, des gens vers qui je vais aller et qui vont surprendre, c’est un défi qui m’intéresse. J’aime grave Sinclair par exemple, je suis moins fan de ses derniers albums, mais c’est un pur producteur et arrangeur et en plus il adore Sly ! La seule personne en France qui place des phases de Sly dans ses disques ça a le mérite d’être respecté. Sur son premier album, à la fin du morceau  » Mon idole  » il rejoue un morceau de Sly, sur  » Tranquille  » il fait une harmonie de ch?ur qui vient de  » Freesky  » un autre morceau de Sly. C’est fait habilement et souvent avec beaucoup de talents. Thierry Stremler j’aime beaucoup aussi..



En fait j’ai des envies de mélanges originaux à l’instar d’un Outkast ou d’un Neptunes qui passe de Clipse, un de mes groupes préférés, à Beenie Man, Britney Spears ou Noreaga. Je ne veux pas me mettre de barrière. Ce que j’aime dans Nerd par exemple c’est l’énorme coup de pied dans le hiphop qu’ils ont donné, des b boys dansant sur du rock et de la pop à leur concert, ça contribue à casser des à priori à l’heure où les mecs adorent mettre des cases. Le hiphop est à la fois l’une des musiques où on est le plus intolérant par rapport aux featurings qui sortiraient de l’ordinaire et en même temps c’est le style musical dans lequel il y a eu le plus de mélange via le sampling et le brassage culturel qu’il apporte. Outkast, Neptunes, Q-Tip ont réussi à faire des mélanges qui passent bien tout en étant les artistes les plus hiphop qu’ils soient. Leur démarche est tellement dingue, créative et sans limite. Ou encore Dan The Automator qui bosse à la fois avec Del et Damon Albarn.de Blur, un groupe qui défonce. Pourquoi ne pas faire des ponts tout en restant fidèle à sa musique ? Quand les Neptunes ont fait un morceau pour Britney ils n’ont pas changé leur musique ils sont resté eux mêmes, pareil pour Britney en un peu plus sexy. Les Neptunes font des productions énormes aussi bien pour un mec commeJustin Timberlake que pour des cailleras comme Roscoe P Coldchain et Noreaga. Se permettre de faire des choses sur des terrains à priori très différents tout en réussissant à rester soi même, c’est ce que j’ai envie de faire. Les disques les plus marquants sont ceux qui sont le plus riches d’influences.



Des rappeurs français avec qui tu aimerais travailler ?


Booba et Oxmo Puccino. Dany fait parti des collaborations rêvées, on a réussi à la faire, j’espère que ça se refera notamment sur son album. Sinon la tournée de TR 303 se fera à priori avec Oxmo.



On te retrouvera sur scène aux claviers ?


Au départ on voulait un vrai live band sur scène et puis on s’est rendu compte que c’était trop compliqué, trop de travail de répétition en amont et puis on a malheureusement pas les moyens financiers de le faire. A la base je devais être au clavier sur scène. Mais je ne vois pas l’intérêt d’être le seul musicien sur scène. Ou on fait tout en vrai, en live ou on change de logique et on part sur un show avec des platines. En plus pour que je rejoue les claviers sur scène il aurait fallu presser des vinyls avec les instrus sans claviers?déjà qu’on est pas sûr d’avoir les moyens de presser l’album en vinyl alors t’imagines le coût et la prise de tête, c’était trop compliqué. Je suis le premier à critiquer les mecs qui se branlent à tourner un Moog sur scène en faisant des distorsions, je veux pas faire la même chose, ça ne m’intéresse pas, un live c’est fait pour transpirer tout ensemble pas pour qu’on me regarde faire mon petit solo à la fin d’un morceau.



Les morceaux de l’album que tu préféres ?


Concernant mes productions je dirais « TR 303 », « Si un jour » et « Qui sommeille en moi ? ». Au niveau des textes, là où ils m’ont le plus épaté ça serait sur « L’envers du décor » et « A chaque fois ». Ces morceaux montrent bien le perfectionnement de leur écriture. Je suis fier qu’après toute cette discographie on sorte un morceau aussi inattendu que  » Si un jour » qui ne correspond pas au format actuel des morceaux de rap français.



Des personnes avec qui tu aimerais travailler ?


Faire un morceau avec Sly, Georges Clinton bien sûr ça serait un rêve. J’avais rencontré Don Silva membre des Brights of Frankeinstein, un groupe crée par Georges Clinton, choriste de Sly et de Funkadelic. Evidemment travailler avec quelqu’un qui a travaillé avec Sly, ça serait mortel. Après je dirais que j’ai l’envie ou l’idée de bosser avec des gens que lorsque l’occasion se présente, je pourrais te citer plein de noms de rappeurs mais ça ne servirait pas à grand chose. Y’aurait bien sûr The Clipse, un groupe de dingue, trop de flow, trop de style, les Beastie Boys avec qui ça serait marrant de faire quelque chose. Je pourrais citer aussi Copywrite, Pharaohe Monch, Tha Liks, Cannibal Ox, Nas, Jay-Z, De La Soul?



Top 3 de tes productions préférées?


 » Si un jour ,  » Le piège  » et  » Dat Shit « , le gimmick qui tourne vient de l’intro en fait, l’intro est un sample, j’ai pris un bout de l’intro et je suis tombé un peu par hasard sur la bonne note que j’ai rejoué.  » Star System  » je suis content également du rendu de l’instru.


Albums de l’année :



-Svinkels  » Bon pour l’asile « 
-Outkast  » Speakerboxxx/The love below « 



Albums intemporels :



-Sly & The Family Stone « There’s a riot goin’on »
-Charles Mingus « Let my children hear music »
-NERD « In search of… »
-The Pharcyde « Bizarre ride II »
-Stevie Wonder ?Talking book »
-Q Tip « Kamaal the Abstract »
-The Beatles « White album »
-Marvin Gaye « What’s going on »
-Funkadelic « One nation under a groove »
-Sly & The Family Stone « Fresh »
-David Bowie « Ziggy stardust »
-Sly & The Family Stone « Stand ! »