NASCYO (666 TW VAD) est incontestablement un des maîtres du graffiti français. Il nous livre une interview sincère et spontanée.

Débuts dans le graffiti ?

J’étais au collège dans la cour de récréation et il y avait un attroupement autour d’un mec qui tenait un bouquin. Je me suis rapproché et, j’ai vu plein de photos de toutes les couleurs sur des trains, sur des murs, etc … J’ai un peu halluciné sur ce bouquin qui était en fait ‘Spraycan Art’. J’ai essayé de le trouver en magasin et j’y ai passé pas mal de temps, mais, quand je l’ai eu entre les mains, ça a été la révélation. J’avais aussi trouvé Subway Art en parallèle. Et, tout de suite, j’ai commencé à m’inspirer de pièces : je faisais des petites peintures sur ma planche de skate, sur mes cahiers, etc … Puis, j’ai un bon pote qui a commencé à me parler du milieu du graffiti avec des mecs comme BANDO, BOXER, etc … J’hallucinais encore plus : ‘ C’est qui ces mecs là ? » Et, depuis, je suis tombé dedans … !!!

T’avais quel âge à peu près ?

J’avais environ 15 ans. Puis, on a commencé à se procurer des bombes , des marqueurs, de l’encre et tout le matériel adéquat. Mon pote SOPER avait eu des poscas par sa reum et voilà : c’était fini pour l’école, c’était fini pour les tables, c’était fini pour le quartier … !!! (rires) C’est parti comme ça ! Au début, quand j’ai commencé, je faisais des tas de tags du genre SCALP, SKOOL, etc… un peu comme tout le monde (SCHOOL , parce qu’il y avait les deux O ! ) Au lieu de faire nos devoirs, on faisait des tags , voilà … !

T’as commencé par créer les KDS ?

Ouais voilà. En fait, je traînais avec SAER, SOPER, OMBRE, MIDE entre autre. Et on a monté ce groupe : les KDS (Kamikaze Du Spray). Un peu plus tard, on a rencontré les KCA (Komportement Classé Anormal) qui était aussi de notre quartier (le 13ème). On a traîné avec eux etc … et ça a fait boule de neige dans le quartier ! Plus tard, encore vers le début des années 90, on a bougé dans le nord : on allait à Stalingrad, etc… Et, c’était vraiment marrant comment tu rencontrais les gens : tu captais un peu les habits du mec , t’essayais de griller les tâches de peinture et, comme ça, par hasard, tu faisais connaissance avec pleins de mecs comme par exemple ERY2 , JASE , JYE, LAZY, DEGRE , JACKSON, etc …

Et, quand est-ce que tu as posé ton premier graff ?

En fait, on a commencé à graffer sur un terrain pas trop fréquenté à côté de chez nous. Le seul mec qui y peignait (son nom m’échappe) appartenait au TDC. Il nous a appris le travail sur fresque et c’est grâce à lui qu’on a pu tapé notre premier graff (SOPER et moi) esquisse à la craie !!! Pour la petite anecdote : les MAC sont venus un autre jour et, ils m’ont demandé cordialement si je pouvais repasser le mur en me montrant leur sketch. Ce terrain allait devenir plus tard un des plus gros terrains de la place de Paris.

Pourquoi NASCYO au fait ?

Donc, au début j’ai taggué SCALP, SCHOOL et WEK (comme d’ailleurs aujourd’hui le mec des GT). Un jour, alors qu’on cherchait des noms de gueuta avec un mec qui tagguait RORK, en marchant dans la rue, on tombe devant la station de métro Nationale. Je lève la tête, je vois le nom de la station et j’ai bloqué sur ‘NATIO’. En plus de la sonorité, je kiffais bien sur l’enchaînement des lettres donc je l’ai gardé.

Par la suite, tu es rentré successivement DKA, VAD, TW et 666 ?

Ouais. Donc, tu rencontres plein de gens dans la rue, sur les terrains etc … des mecs qui ont des tâches de peinture, bref, tu sympathises et tu traînes avec les mecs, tu rentres dans les crews, etc … Je suis passé dans pleins petits crews comme ça : par exemple les TUE une filiale des DAP (Destinés Au Pouvoir), les DSK (Da South Kingz) etc … Après, VAD (Va Au Diable) , 666 et TW (Total War) sont mes vrais crews ! Ce sont souvent des amis, de très bons potes ! On a fait plein de trucs ensemble en dehors du graffiti . On s’est regroupé dans des tas d’idées. Pour moi, c’est même une école : j’ai eu la chance de tomber sur des crews où il n’y avait que des putains de talents. A la base, je dessinais, mais ce sont ces gens qui m’ont appris certaines phases , certaines techniques …

Et, est-ce que 666 ou VAD traduit un certain pacte avec le diable ?

Non , c’était vraiment par hasard !!!(rires) 666 est né d’un délire dans une fête : on a nommé un pote à nous chef (SNOP) et c’est parti comme ça ! VAD est né d’un petit comité de mecs qui faisait du roller du côté du Trocadéro et je suis arrivé en début de parcours mais ça n’a rien à voir avec des délires liés au satanisme, même si forcément, on s’en sert ! Mais, c’est vrai qu’ il est arrivé de partir bien en live avec ce délire. Par exemple, on s’est retrouvé complètement par hasard dans une champignonnière avec EARL et STAK en train de faire un sacrifice de poulets ! C’était trop drôle : on avait rien à voir avec le truc et il y a même une nana qui nous interviewait !

Qu’est ce que tu revendiques surtout dans le graffiti ?

Plusieurs choses. A la base, je suis un ouf de dessin. On parlait de la cour de récré tout à l’heure : ça m’arrivait de sortir un cahier, un stylo et, de dessiner en pleine cour. Et, le graffiti m’a tout de suite plu parce que ça était l’occasion pour moi d’y trouver une nouvelle façon de travailler les formes ou le coup de crayon à travers les lettres, les perso … Après, quand on a commencé à faire ça sérieux, il y a eu aussi l’excitation des sorties le soir ! On faisait quelque chose de nouveau, même si on n’était pas les premiers. C’était un univers à part : on avait notre musique, on était peu nombreux, chacun avait un pseudo…

Mais, ce qui me fait le plus halluciné surtout : c’est ce côté du vandalisme dont on ne se rend pas compte. Je trouve ça vraiment décalé avec ce qui se passe dans la vie des gens normaux de tous les jours : on rentre dans les entrepôts, on va dans les tunnels de métro, on est sur les toits … on fait du tag ou des gras mais ça pourrait être du terrorisme !!! Tu te retrouves dans des endroits de dingue et t’en parles à d’autres gens : ils hallucinent !

Il y aussi le côté sauvage et libre … et puis partager ça avec des potes c’est encore mieux ! Je ne parle pas trop des toits parce que j’aime bien les faire seul ou avec maximum une ou deux personnes.

Inspirations/ Influences ?

En ce qui concerne le graffiti : je m’intéresse à tout ! De l’ Allemagne à Paris en passant par la Grèce : il y a plein de choses intéressantes !

Sinon, j’aime tout ce qui concerne la peinture et le dessin : ça peut aller de la peinture contemporaine aux dessins d’illustrations. Je trouve qu’il y a un tas de choses à faire par rapport au travail qu’on développe dans le graffiti : ça m’intéresserait par exemple de concilier mon graffiti avec le travail de Caravage. Le style graffiti est partout : je suis allé à l’exposition de Matthieu au Jeu de Paume récemment, et c’est marrant parce que tu peux faire des assimilations avec certaines parties de lettrages, des éclatés de couleur ou des formes de perso qui existent aussi dans le graffiti.

Comment tu procèdes quand tu vas peindre ?

Le problème est que je n’ai aucun thème ni aucun plan. De temps en temps, je fais des esquisses mais je ne les respecte jamais. A chaque fois, c’est du freestyle ! Alors bien sur, il y a des fois où c’est fort et d’autre fois où je ne suis pas content de moi. Par exemple, je n’ai pas trop aimé ce que j’ai fait sur les Champs récemment. Mais, en fait, il n’y a que l’endroit qui m’intéresse !!! Et une fois que je me retrouve sur le toit, j’improvise.

On remarque beaucoup de vitesse dans tes peintures : c’est un style où c’est la précipitation ?

Les deux. En fait, la dernière engendre la première. Souvent, les endroits où je peins ne sont pas évidents et j’agis en kamikaze. Je me dis souvent «  Tant pis si tu dors au commico ! Il faut le finir !»  

Est-ce que tu peux nous parler des « SupaSperm » ?

Déjà, il y a deux types : les « SupaSperm » et les « SupaWastedSperm » !!! (rires) Et, c’est de l’égotrip, tout simplement, même si je trouve ça aussi représentatif de notre société ! Je trouvais ça marrant. Dans le même délire , je fais aussi des p’tits chiens qui pissent , des requins …

Projets ?

J’ai commencé à faire des toiles. J’utilise un peu de tout : de la bombe , de l’acrylique, de l’ aéro … Sinon pleins de choses sont en cours et j’attends de les concrétiser un peu pour en parler.

Bon souvenir ?

Un bon souvenir parmi tant d’autres … Tiens, je te montrais la photo de l’Hôtel de Ville tout à l’heure. C’était trop marrant ce jour là. On arrive dans le quartier avec BDB une échelle à la main, on a le temps de se faire griller trop de fois par des gens qui ne comprenaient pas ce qu’on foutait avec ça. On arrive dans la cour de l’immeuble : pareil, on fait trop de bruit mais on décide quand même d’y aller (toujours dans l’esprit ‘On le fait : rien à foutre si on termine au poste !’). On arrive en haut : on s’aperçoit qu’il n’y a vraiment pas beaucoup de place. On commence à faire notre truc vraiment sans aucun recul. BDB a failli tomber. On finit. On redescend trop contents en se forçant à ne pas regarder tout de suite. On avait préparé notre petit oinj exprès … On marche plus loin, je rencontre une nana qui était avec moi au bahut. Bref, il nous est arrivé plein de trucs ce soir là, mais finalement, on se retourne et là : la claque !!!!

Mauvais souvenir ?

J’avais 18 piges. J’étais avec MIDE et SAER. On avait fait la connaissance de JYE, SPICK et d’autres mecs. On s’était motivé pour un plan sur la 2, la nuit. On était rentré par une station voisine de Wagram. Et les mecs avaient vraiment trop de bombes (genre un gros sac de sport) et nous pas beaucoup (environ une dizaine en tout). Il était deux heures du matin et nous voilà partis à taper tunnels et stations. On explose toutes nos bombes et, on décide de bouger avec MIDE et SAER. Les autres continuaient de peindre et ne voulaient pas tracer. On arrive vers la grille extérieure d’une station et là : un mec nous voit ! Pas le temps de l’identifier, on fait demi-tour et on retourne dans la station. On prévient au passage les autres. On court vers la station précédente et à peine arrivés vers la sortie du tunnel : deux mecs jaillissent, flingues à la main, en gueulant «  Bougez pas ! Police ! » On a eu trop peur ! Bref, on fait demi-tour et on recommence à courir mais on voit que d’autres mecs arrivent ! Finalement on pensait avoir trouvé une issue de secours à un moment dans le tunnel mais c’était un cul de sac. Les flics nous sont tombés dessus avec leurs clebs et tout le monde s’est fait tabassé sévèrement, sauf moi ! On a fini notre nuit dans plusieurs postes de police. Le lendemain, on sort et on apprend qu’on était passé dans la presse et à la radio (on avait été même photographié, vestes sur nos têtes et menottes à la main, par des journalistes à la sortie d’un commissariat … )

Dédicaces ?

DEAD & CASSE : Alkatrez le Q.G., la fondation Quainfri, Audiomicid, Bugz, Sam, Queen Latifa, Sofia, Tyranosor, 666, VAD, WT, Paris Passif Paris Actif. Tous les toys qui pèsent ou pas : merci de me maintenir en vie. Pour le positif et la merde. Pour tous ceux qui en bavent. A toutes les minorités qui ne cherchent qu’à trouver leur place sans se la raconter Jr Ewing ou Cliff Barns à deux balles. Aux hommes de l’ombre, aux idées claires ou foncés, mats ou clairs.