Le texte qui suit est le fruit de la rencontre datant du 20 février 2002 aux alentours de 16 heures entre Broco Lee et Mr Flash, le producteur le plus buzzé de l’hexagone à l’heure actuelle. Cette conversation figure ici dans son intégralité, afin de mieux retranscrire la personnalité et la démarche de l’artiste.






Mr Flash : Avant de commencer tu vas écouter un petit peu de son.


B. Lee : ouais, d’accord, cool. Au fait, avant de passer aux choses sérieuses, y a-t-il un moyen de mettre la main sur le Voyage Fantastique ? Je ne l’ai jamais écouté à mon grand regret. Y aura-t-il des rééditions ?


Mr Flash : Aucune réedition n’est prévue, c’est un collector qui a été volontairement pressé à peu d’exemplaires. La suite du Voyage Fantastique est prévue, dans les mêmes termes, le même format, en édition limitée. Je pense aussi à une réunion globale des voyages de Mr Flash sous le même concept. Pour ce qui est d’un exemplaire du voyage fantastique, on en reparlera hors interview.


B. Lee : En tout cas beaucoup de gens le cherchent, l’autre jour DJ Detect le proposait à un mec pour 800 francs sur le forum de 90bpm !
Bon, avant tu t’appelais Flash Gordon, maintenant c’est Mr Flash. Bizarrement, la personne la plus proche de ton univers musical en France s’appelle Mr Oizo, sans compter les Mr Len, s’agit-il d’un club très sélect ?


Mr Flash : En fait quand j’ai pris le nom de Flash gordon je me doutais que je ne pourrais pas le garder tel quel, mais je trouvais que ça collait bien avec ma personnalité. C’est à cause de la Sacem que j’ai dû coller le Mr à Flash, c’est tout.


B.lee : Alors tu aurais pu t’appeler Grand Master Flash ? Excuse moi, c’est nul comme blague. Parlons de La question qui brûle les lèvres de tous les journalistes du monde entier : Où en es-tu avec TTC ? De nouvelles collaborations sont-elles envisageables ?


Mr Flash : oui tout àfait. Même si je suis à l’origine de la connection avec Big Dada, c’est TTC qu’ils ont signés. Il n’y a jamais eu un seul producteur au sein de ce groupe. Si je suis moins présent qu’initialement prévu sur l’album qu’ils s’apprêtent à sortir, c’est une question de choix émanant d’eux, c’est tout.


B. Lee : ah, cool. Et Lust Island, c’est quoi exactement ? Un label ?


Mr Flash : Oui, c’est un label qui se construit progressivement, composé pour l’instant de deux artistes, moi même et une copine qui s’appelle Little Princess 109. Pour l’instant elle n’a pas sorti de disque sous ce nom, elle travaille pas mal à l’étranger pour d’autres gens, notamment du travail d’arrangement. Quant à moi, c’est chez Lust Island que sortira mon album Signal To Noise.
Tu veux boire quelque chose ?


B.Lee : oui, je veux bien boire un petit café. Un café s’il vous plaît Mademoiselle ! Parlons un peu du matériel que tu utilises. Outre la très répandue MPC 2000, j’ai lu sur ton site www.mr-flash.net que tu utilisais un truc appelé W30. J’ai demandé à mes potes nerd, ils voient pas du tout ce que c’est. Est-ce toujours le matériel que tu utilises ?


Mr Flash : J’ai d’autres trucs. J’aime pas trop parler de matériel, parce que ça peut induire les gens en erreur, et que les matériels utilisés ne correspondent pas forcément à un type de son. Cela dit mon matériel a un peu évolué quand même.


B.lee : tu sembles préférer les sons analogiques, quand même, non ?


Mr Flash : Les sons que j’utilise sont aux trois quarts des samples, loops ou autres, parce que je suis à la recherche d’un grain bien précis. J’estime avoir un son relativement chaud et assez sale, loin du son policé d’un Dr Dre par exemple. J’aime bien le côté gras du son, c’est ça qui m’intéresse.


B.Lee : Faire de la musique instrumentale est-il un choix ou as tu du mal à trouver des gens susceptibles de t’intéresser ?


Mr Flash : La majorité de l’album est instrumentale. On est en deal avec des artistes de la scène internationnale pour qu’ils posent sur certains titres.


B.Lee : provenant uniquement du milieu hip hop ? Peux tu citer des noms ?


Mr Flash : Ils proviendront en grande majorité de la


scène hip hop, je ne peux pas en dire plus pour l’instant.


B. Lee : Des nouveaux talents, des artistes reconnus, des stars ?


Mr Flash : ce sera pour la plupart des gens que tu connais déjà.


B.lee : ah, intéressant. Mes sources m’informent que tu es passé par l’audiovisuel avant d’aborder la musique. As tu encore des activités en rapport avec ce domaine ?






Mr Flash : C’est marrant que tu me demandes ça, peu de gens le savent. J’ai fait de la batterie pendant une dizaine d’année, et je suis monté à Paris pour faire du cinéma. J’étais d’abord électro et machino, puis chef-machino, je m’occupais des mouvements de caméra sur les films, des longs métrages, des courts, des pubs J’ai donc une attache directe à ce milieu, un rapport important à l’image. j’ai totalement abandonné l’écriture de scénarios pour me consacrer à mon projet musical, mais il n’est pas exclu que je revienne à un mariage image/son.



B. Lee :
et le graphisme, tu en fais un peu ? Celui du site est très réussi je trouve.


Mr Flash : C’est moi qui ai fourni tous les documents, qui a dirigé le projet artistiquement. Cela reste de la collaboration entre Anthologeek et moi, je ne l’ai pas mis en place tout seul.


B. Lee : tu as aussi travaillé dans des maisons de disques. Cela a-t-il changé ta vision de la musique ?


Mr Flash : non, mais ça m’a apporté des choses en terme d’expérience professionnelle, de fabrication d’un disque, de contacts, ce qui m’a aidé aussi bien à l’époque de Game Over 99 (maxi révélateur du groupe TTC ndlr), qu’ après.


B. Lee : tu bossais plutôt chez des petits labels ou des majors ?


Mr Flash : Je bossais chez Virgin, ce n’est pas un secret. C’est d’ailleurs là bas que j’ai rencontré Solo (ex Assassin).


B. Lee : Si j’ai bien compris il n’y aura aucun artiste français sur cet album.
Tu boycottes ?


Mr Flash : Je ne condamne pas le rap français, loin de là. J’essaie de développer un projet international, pas réservé au territoire français. Je ne peux pas me permettre d’imposer sur cet album seulement des artistes français, si je vise un public pas seulement francophone. L’exemple a été montré par Air et d’autres gens. J’essaie de développer cette envie de marginalisation par rapport au son, un produit global liant image, son, packaging, marketing ; cela sous-entend d’avoir une bonne conscience de se qui se passe sur la scène internationale, et pas seulement au niveau du hip hop. Cela éclate forcément les positions répandues en France, très conservatrices, incompatibles avec le long terme.


B. Lee : Y a-t-il quand même des artistes français qui font un travail dans lequel tu te reconnais, avec lesquelles tu aimerais travailler ?


Mr Flash : Je trouve le travail de Air très intéressant, Mr Oizo aussi, des mecs comme Eric Truffaz. En rap français aucun nom me vient à l’esprit, je n’ai pas eu le temps de suivre l’actualité nationale et même internationale. Je consacre énormément de temps à la prod et je suis un gros collectionneur de disques.


B. Lee : On peut lire sur ton site qu’il t’arrive de traverser la planète pour aller acheter tes vinyls. C’est vrai ça ?


Mr Flash : J’ai effectivement été amené à bouger dans le monde entier pour trouver des pièces.


B. Lee : peux-tu me donner un exemple de pièce ?


Mr Flash : le dernier truc vraiment rare que j’ai choppé est une  » library « , un disque canadien édité à quatre cent exemplaires. C’est un disque bourré de breakbeats et de moog sorti par un docteur dans les années soixante dix, et qui avait pour vocation de relancer l’appétit sexuel de nos amis canadiens.


B. Lee : ce genre de disque constitue plus une banque de sons à sampler qu’une galette que tu prends plaisir à écouter, non ?


Mr Flash : ça dépend, c’est un mélange. La plupart des crate diggers dans le monde sont soit djs, soit producteurs, soit les deux. En ce qui me concerne je ne suis pas dj, donc ç’est plus en vue de produire, même si ça ne m’empêche pas de les chérir.


B. Lee : tu pourrais être sélecteur de disques, sans forcément maîtriser les techniques du turntablism.


Mr Flash : oui, mais cela dit je jalouse un peu mes disques et j’ai pas forcément envie que tout le monde les écoute. La population de crate diggers augmente dans le monde, les beaux disques en bon état se font de plus en plus rares.


B. Lee : comment as-tu commencé à collectionner les vinyls ?


Mr Flash : J’ai commencé comme n’importe qui par aimer la musique, grâce à mes parents qui étaient assez polyvalents dans leurs gouts : jazz, rock Dès l’âge de douze ou treize ans j’ai commencé à fouiller dans les bacs. J’étais batteur, j’avais besoin d’écouter tout ce qui se faisait de différent dans ce domaine. Puis les choses se sont accélérées il y a six ou sept ans, et mon réseau de relations à travers le monde s’est développé. Maintenant je suis un vinyl addict, j’ai besoin de mon lot de vinyls dans le mois.


B. Lee : Tu fréquentes un peu les disquaires ?


Mr Flash : Absolument pas. Sans prétention aucune, je suis arrivé à un stade où ce que je recherche n’est pas trouvable en disquaire. C’est uniquement par relation, par exemple j’arrive à dénicher ton numéro de téléphone, je sais que tu t’es procuré des trucs, j’apprend que deux jours avant dj Shadow est passé par là. C’est pour te dire à quel point le milieu est très très petit, les gens qui cherchent les bons disques se connaissent tous.


B. Lee : Internet a dû être une révolution pour les crate diggers dans ton genre.


Mr Flash : absolument, ça a créé un gros boom, en amenant des bons côtés et en même temps en cassant complètement le marché. Les gens qui pensaient avoir des merdes chez eux ont compris qu’ils pouvaient faire flamber les prix. Cela a ouvert des greniers, cela a ouvert des accès à des choses inatteignables avant, mais en même temps cela a accentué la concurrence. Il y a des gens au pouvoir d’achat très important qui sont prêt à tout pour payer un disque mille dollars. Ce n’est plus de la collection de disque, c’est de la spéculation, comme au Japon.



B. Lee : tu y as été ?


Mr Flash : non, mais j’ai énormément de contacts là-bas. Je fonctionne par échange plus que par vente, je deale des grosses pièces françaises contre des pièces étrangères. En ce moment je suis sur un coup avec deux japonais et un australien sur des très gros trucs, sans jamais les avoir rencontré.


B. Lee : ne penses-tu pas que les gens comme toi poussent le culte de l’objet, le matérialisme trop loin ?


Mr Flash : le vice est encore plus poussé, parce que les gens qui collectionnent savent tous que leurs disques sont des investissements, qu’ils valent une fortune et que quoi qu’il arrive ils en tireront un prix encore plus cher à la vente.


B. Lee : tu ne crois pas que le marché puisse s’effondrer avec la disparition du support vinyl, comme beaucoup le prétendent ?


cMr Flash : non, à moins qu’on arrive à trouver un support aussi flexible que le vinyl. J’ai entendu parler du mix de MP3. Cela semble super intéressant pour la précision et l’ergonomie du produit. Tu peux arriver avec un portable, une mixette à la con, et tu te retrouves avec un set de mix impressionnant. Cela dit l’objet lui même importera toujours. Le CD, au même titre que le fast food, ne remplaceront jamais des produits de qualité, avec un rapport tactile plus poussé.
Il va falloir attendre une dizaine d’années pour voir ce que peut effectivement donner le mix numérique.


B. Lee : quelle musique prends-tu le plus de plaisir à écouter en ce moment ?


Mr Flash : la musique des années soixante dix. Par exemple, Lux Eterna, l’album le plus rare de William Sheller, d’ailleurs samplé par Dan the Automator pour Deltron 3030. C’est un vrai chef d’oeuvre.


B. Lee : comment conçois-tu l’avenir de la musique ? Ne penses-tu pas que la technique du sampling est condamnée d’avance ?


Mr Flash : Tout d’abord on est loin d’avoir tout samplé. Dans le milieu du crate digging on dit beaucoup que personne ne sais plus quoi collectionner, plus quoi sampler. Les modes vont et viennent, mais tout le monde s’accorde à dire que le rock c’est fumé, les breaks de soul et de funk c’est fumé, les disques religieux et les B.O. aussi, les libraries c’est tellement cher que personne ne peut les acheter. Tout le monde se demande quelle sera la prochaine collection, qui correspondra à une nouvelle musique à la mode. Il y a quelques années il y a eu la mode de l’afrobeat et des trucs latinos, maintenant c’est passé, les japonais en ont eu marre. Je sens personnellement venir un retour à la musique pure et dure, moins tournée vers le sample et la forme et plus vers la mélodie.


B. Lee : Tu ne crois donc pas que les évolutions de la musique dans le futur proche seront liées à celles de la technologie ?


Mr Flash : Je ne suis pas docteur en musicologie, mais je pense qu’il est encore trop tôt pour un revival des années 90. Je vois une musique moins formatée que celle provenant du revival 80′, moins boys band. Un groupe comme Air, très harmonieux et musical, correspond bien à cette direction là.


B. Lee : Et que penser des artistes comme Aphex Twin et Autechre, qui innovent en utilisant les nouvelles technologies et déconstruisent la mélodie ?


Mr Flash : je ne suis pas un expert de ce que fait Aphex Twin. Il a son style, plus basé sur la technique que sur la mélodie, et n’annonce pas une nouvelle ère musicale. Refaire ce qu’il fait n’aurait aucun intérêt. Je ne crois pas que le public mondial s’intéresse à la technique. Dans toutes les formes d’art se pose à l’heure actuelle ce même problème de l’utilisation de la technologie. Au cinéma par exemple les images de synthèse côtoient souvent des scénarios plus creux. Aphex Twin est un excellent musicien à l’esprit très mathématique. Il a trouvé son public.


B. Lee : En tout cas les influences d’Aphex Twin sont plus difficilement identifiables que celle de Air, qui parfois frôlent le plagiat de groupes comme Pink Floyd et la musique psychédélique.


Mr Flash : Mon ambition est de développer un produit qui restera, un produit intemporel. La technologie évolue vite, les effets aussi. La musique d’Aphex Twin va peut être se démoder plus vite que celle de Air, qui bien que très revival reste de la bonne musique. Je pense qu’on en parlera encore dans dix ans.


B. Lee : ta musique est-elle prévue pour être joué en live ? Peut-on imaginer des concerts de Mr Flash ?


Mr Flash : j’y pense, j’aimerais bien, même si pour moi la priorité c’est la sortie de l’album et du single. Comme tout musicien électronique je souhaite développer quelque chose de vivant sur scène. La forme n’est pas encore défini mais j’aimerais que ce soit un mélange de musique acoustique et de techniques de sampling.


B. Lee : C’est quoi une journée typique de Mr Flash ?


Mr Flash : J’ai changé de rythme de vie en quittant Paris, je ne travaille plus la nuit. Je suis provincial à la base et j’ai ressenti le besoin d’y retourner, dans le sud de la France, pour avoir un climat et un environnement différent, de manière à créer des sons différents. Je me lève tôt, je travaille énormément, parfois de six heures du matin à minuit, avec des pauses. Je suis un bosseur, je n’attends pas que les choses arrivent. Je conceptualise mes projets de manière globale, du packaging au marketing, de tout ce qui accompagne la musique. Je travaille pour ça avec un staff de personnes qui ont un droit de regard sur ces différents domaines. On collabore, on confronte nos opinions. Je contrôle totalement l’aspect artistique, tout en écoutant les propositions de chacun.


B. Lee : dernière question, as-tu ta carte d’électeur et sais-tu pour qui tu vas voter aux présidentielles ?


Mr Flash : Je n’ai pas de carte d’électeur car je m’y suis pris trop tard à mon grand regret. La politique et l’actualité m’intéressent, mais je n’en dirai pas plus pendant l’interview.


B. Lee : Pour qui ne voteras-tu pas…?


Mr Flash : Je ne voterais pas pour les gens pour lesquels beaucoup de gens ne voteraient pas.


B. Lee : ah, pas mal comme réponse. Rappelle nous ton actualité une dernière fois.


Mr Flash : Mon premier album solo s’appelera « Signal to Noise », prévu pour novembre 2002. Le premier single, « Radar rider », sortira vers mai-juin et il y en aura d’autres après. Tu seras tenu au courant de toute façon.


B. Lee : ok, merci Mr Flash.