Trois mc’s, une petite heure d’interview, l’énorme envie devant un groupe si emblématique de refaire le monde, celui du rap français notamment et d’une décennie chargée en histoire…mais l’horloge nous a rendu plus raisonnable, cap donc sur le nouvel album  »Après l’orage » même si l’on a pas pu s’empécher de revenir sur quelques épisodes de leur passé…


Troisième album  »après l’orage »:
Quel l’orage?

Zoxea: C’est explicite pour nous, c’est l’orage musical,
social, sentimental; c’est pour dire que nos vies ont changé
aussi, plein de choses ont changé entre jusqu’à
l’amour en 1998 et aujourd’hui; nos états d’esprit notamment,
mais il ne faut pas forcément voir ça du côté
négatif, c’est histoire de dire qu’on revient en 2002 et
qu’on ne regarde pas forcément derrière nous, on
arrive avec une nouvelle étiquette même si les gens
sont là en nous disant  »ouais respect, vous êtes
là depuis dix ans ».

Y’a t-il eu une rupture entre les deux
albums?

Zoxea: Y’a une différence notable entre les deux
albums, les gens pensent plus à "Qu’est ce qui fait
marcher les sages? » qu’à  »Jusqu’à l’amour » en
écoutant ce nouvel album, donc on peut dire que  »Jusqu’à
l’amour » a été une sorte de tampon, de relais entre
les deux albums, "Après l’orage » aurait pu pour ainsi
dire arriver juste après  »Qu’est ce qui fait marcher les
sages? », y’a une ressemblance au niveau de la fougue, de l’état
d’esprit, la couleur musicale, l’ambiance, la synergie entre nous…

Dany Dan: même s’il y a plein de choses positives
artistiquement, le hiphop quelque part est aussi en train de subir
un orage, c’est une métaphore…

Melo: Quand tu écoutes bien l’album, tu ressens
un esprit positif qui se dégage de l’album sur toute la
durée, ce n’est pas un disque qui ressemble à tout
les disques qui sortent en ce moment…

Zoxea: On est revenu quelque part à l’esprit Sages
Po du premier album, on s’occupe de nous maintenant avant tout.
 »Après l’orage » parce qu’on avait une clique avant et
que cette clique s’est disloqué (Beat De Boul, ndlr), donc
on est nous trois et on defend seul notre album.

Justement Beat De Boul? On ne voit plus
beaucoup de référence à Boulogne, omniprésente
dans vos anciens projets.

Dany Dan: La structure s’est dissoute en tant que lalbel
et collectif, Beat De Boul ça n’existe plus. Concernant
Boulogne, il y a peut être moins de référence
à Boulogne mais on est Boulogne, on le crie depuis 10 ans…

Zoxea: On a mis cette ville sur la carte du rap français,
il y a dix ans les gens ne savait même pas de quelques boulogne
on parlait, Boulogne sur mer, Boulogne sur seine, non nous c’est
Boulogne Billancourt…92! Les gens le savent aujourd’hui on a
plus besoin de le clamer…

Dany Dan: On le clame peut être moins, avant quand
il y avait toute la clique, tout le monde venait de Boulogne donc
tu avais comme un écho permanent et ambiant, Boulogne revenait
sans cesse…

Boulogne, quelle couleur musicale ?

Dany Dan: Il y a un style boulonais qui est apparu, une
école en quelque sorte caractérisée par beaucoup
de freestyles, de petits sons hypnotiques, un travail trés
minutieux de la musique…

Zoxea: On passait des journées à rapper et
à improviser, quand Movez Lang était encore tout
petit, quand on avait rien à faire de nos vacances. Y’avait
plusieurs endroits  »mythiques » à Boulogne où l’on
se retrouvait Dany dans le parc devant chez lui, Moi en bas de
chez moi (la cité du Pont de Sèvres, ndlr)

Dany Dan: y’avait aussi une salle qui s’appelait le Cab
ou une autre le Bébé com à côté
de la mairie…en fait la majorité des rappeurs de Boulogne
sont entre Marcel Sembat, Billancourt et Pont de sèvres,
tout le monde est dans le même quoi finalement et se croisent.

Boulogne, on en a une vision plutôt
sombre quand on écoute l’album de Booba par exemple

Dany Dan: Bah faut aller lui poser la question, il représente
son truc et nous le notre…on a déjà dit notre
version, il s’agit pas de se faire la guerre, il voit les choses
de façon différente…après tout dépend
où tu veux aller, si tu veux aller dans l’impasse glauque
et décrire ça, y’a des impasses glauques à
Boulogne, nous on préfère aller dans la lumière
et on donne cette vision là aussi.

Zoxea: On dit pas que Boulogne est une ville rose, comme
toute banlieue cette ville a ses bons et ses mauvais côtés,
mais on a des âges qui ne nous permettent plus d’aller dans
certaines directions, c’est un choix de vie, moi j’ai envie d’évoluer,
d’aller le plus loin possible dans la positivité…

Dany: En même temps on sait également retourner
dans les ruelles sombres comme avec le morceau  »Thugs »…

Zoxea: On remarque l’absence de l’argot,
l’alongement des syllabes et des phases lexicales qui caractérisaient
ton solo et les anciens albums?

Zoxea: Pas mal de gens nous ont fait cette remarque, que
l’on trouve plutôt positive, c’est que cet album est trés
audible, c’est un choix artistique, celui de faire un album qui
soit accessible à tous. L’argot boulonnais a plus été
mis en retrait même si dans nos freestyles ou dans d’autres
projets annexes, il est toujours aussi présent…

Dany: Dans  »Jusqu’à l’amour » par exemple, on utilisait
beaucoup de néologismes et c’est vrai que sur ce nouvel
album on a essayé d’être le plus compréhensible
possible. On a signé sur une major et notre choix artistique
est de toucher le public le plus large possible, on s’est parfois
rendu compte avec le recul que certaines personnes ne comprenaient
rien à certains de nos textes…

Zoxea: …Ou que tu disais des trucs intéressants
que les gens n’ont pas forcément capté. Perso, même
si je comprends pas certains mots dans un texte je vais capter
le sens par association d’idées, mais je pense que ce n’est
pas forcément le cas de certaines jeunes…


On sait que vos studios ont été
cambriolé et que des bandes ont disparu, avez vous du refaire
complétement l’album?

Zoxea: à l’époque ou cela s’est passé
on était pas dans des activités Sages Po mais dans
des activités Beat 2 Boul, on venait de finir l’album Beat
2 Boul et on s’apprètait à entamer d’autres projets,
tout ce qu’on a conçu pour  »Après l’orage » a été
fait après dans différents studios.

 »Après l’orage » et les invités…

Zoxea: Il y a un nouveau, Safir, le genre de mec inconnu
qui rappe dans la rue, qui a du talent, qui a la rage, c’est pas
un mec de Boulogne mais il pourrait l’être, le feeling est
bien passé, on l’invite avec nous dans des radios et sur
des scènes…Kool Shen c’est la première collaboration
en tant que telle avec les Sages Po, c’est sur ce morceau là
( »Thugs ») qu’on le sentait. Les morceaux étaient déjà
fait avant de prendre les featurings, on a rien calculer on s’est
juste dit que par exemple Nuttea irait trés sur le morceau
 »Dis moi la vérité ». Pour  »Thugs » à la
base c’était Zoxea et Dany Dan, Melopheelo n’était
même pas dessus, et on voyait Kool Shen en invité,
pareil pour Nysay, c’est à dire Salif et Exs parce que
ceux sont un peu les petites caill’ de Boulogne (sourire)… rien
n’était prévu d’avance, ce n’était pas des
histoires de maisons de disques mais plus des affinités
musicales…

Melopheelo: Concernant les producteurs il y a Zoxea, moi-même
et aussi l’équipe Madizm/Sec.Undo, Akh, et puis Gutsy des
Rieurs qui s’est chargé avec nous de la réalisation
de l’album.

Dany Dan: Akh, ca faisait longtemps qu’on devait bosser
ensemble. On devait faire un featuring à la base mais il
était en plein dans son album et on devait attendre pas
mal de temps, par contre on pouvait avoir plus rapidement une
de ses production…en plus on aime pas trop se répéter,
et ce genre de production un peu reggae était quelque chose
de nouveau pour nous, le refrain de  »tout le monde fait Oh »
est une reprise du morceau de Chaka Demus  »Murder she wrote »
mais la composition est originale…

Idylliquement, qui auriez vous aimé
chacun inviter sur l’album ?

Dany Dan: Nas

Zoxea: Cam’ron et Jay-Z

Melopheelo: Nas et puis niveau production Ali Shaheed,
Jay Dee…

Zoxea: des producteurs comme Alchemist ou Ayatollah. En
français, des gens comme Sulee B et Dj Medhi. On devait
bosser avec eux mais pour des raisons de timing ça n’a
pas pu se faire…Sulee B en ce moment a une certaine couleur
de son mais c’est parce qu’il s’adapte beaucoup à ce que
les gens lui demande, des touches trés électro..nous
si on avait bossé avec lui on lui aurait simplement demandé
de faire ce qu’il aime sans lui commander un truc en particulier…on
aurait fait un truc selon ce que lui pense des Sages Po.


Le choix du 1er maxi  »Masters/Tout le monde fait Oh/Fait pêter »
?

Zoxea: Il y a eu un débat pour savoir lequel on
allait mettre, finalement y’a trois morceaux, on voulait un titre
plus hardcore/rue donc  »Masters » et un titre plus dancefloor
comme  »tout le monde fait Oh ».

C’est lié au fait d’être
signé sur major? c’est vous mêmes ou une demande
de la maison de disque? Parce que sur les anciens albums on sent
que vous ne calculiez pas du tout ça.

Dany Dan: C’est clair qu’on ne calculait pas du tout ce
genre de truc notamment sur  »Jusqu’à l’amour ».

Zoxea: Là non plus c’est pas calculé du tout,
on pourrait nous reprocher de calculer et de faire des morceaux
plus accessibles pour les radios par exemple mais ceux sont des
morceaux que l’on défend jusqu’au bout… et qu’on a pris
plaisir à faire…on a fait un album sans penser à
tel ou tel radio maintenant je pense que cet album est susceptible
d’intéresser des grands réseaux, mais nous sommes
avant tout des artistes et on essaye d’abord de se faire plaisir,
de faire plaisir aux gens qui nous soutiennent. C’est clair que
les radios nous permettent de vendre des disques mais quand on
est en studio c’est vraiment pas à ça qu’on pense,
mais plutôt à donner le meilleur de nous mêmes
et être le plus en phase avec nos personnalités,
à savoir que notre état d’esprit soit positif, que
les gens comprennent nos personnalités. On est trois personnalités
différentes mais on a vraiment essayé sur cet album
de s’exprimer d’une seule voix, y’a pas mal de croisements entre
nous dans les couplets par exemple.

Dany Dan: On est cependant conscient que maintenant qu’on
est chez un gros label (BMG, ndlr) on va être exposé
à un plus grand nombre de gens et d’où les choix
de minimiser les néologismes, de s’entourer un réalisateur,
ou encore dans la forme de nos morceaux. Concernant notre écriture
par exemple, avant si tu écoutes bien, le premier couplet
parlait du sujet et les autres se barraient en freestyle…on
a beaucoup travaillé ça, on est conscient des enjeux…mais
bon il y a des symboles qui restent, regardes notre logo, le sourire
avec la dent en or. Il avait évolué dans  »Jusqu’à
l’amour », avec les dents taillées façon dents de
requin pour montrer qu’on s’était un peu endurci et là
on est revenu au logo du premier album. Notre musique n’est que
le reflet de notre vie. On a voulu revenir à l’essence
même de ce que l’on faisait sur le premier album.


Vous pourriez décrire le flow et l’écriture des
uns et des autres ?

Zoxea:
Pour Dany je dirais plus précis au niveau du flow et concernant
le fond, je dirais plus recherché, plus minutieux, les
métaphores sont moins évidentes mais plus cérébrales,
encore plus intelligentes, on sent que la maturité est
là…

Dany Dan: Pour Zoxea je dirais qu’il est plus complet,
il peut faire ce qu’il veut, il chante maintenant! Donc je dirais
le même style qu’avant mais démultiplié…

Zoxea: J’ai vraiment le désir d’être compris,
de faire moins de phases, je voudrais qu’on dise me concernant
 », On va pas essayer de le tester niveau flow mais niveau fond,
le contenu est là aussi », je cherche vraiment à
mélanger les deux…

Dany Dan: Ce qu’on a voulu faire c’est effacer les différences,
on a recherché plus d’homogeneité par rapport aux
Sages Po. On ne voulait pas de réaction genre  »ah j’attends
le couplet de Dany, j’attends celui de Melo ou celui de Zoxea ».
C’est pour cela qu’il y a autant d’interactions entre nous trois
dans les morceaux.

Melo: Y’avait d’ailleurs un morceau qui s’appelait  »Laisses
couler » où on avait décidé de rapper tous
les trois de la même façon on faisait les mêmes
intonations, comme ça on ne nous différenciait pas…

Melo: Niveau du son, je dirai que mes productions ont évolué
vers des sons plus durs, une rythmique lourde et en même
temps mélodique, j’avais aussi envie de ramener des trucs
un plus roots comme du reggae sur le morceau avec Nuttea, un genre
d’ambiance qui ne s’était pas retrouvé sur les autres
albums.

Zoxea: Si je travaille un son je vais travailler à
mort sur le pied pour qu’il frotte comme çi, travailler
la fréquence de celui-là, chercher à ce que
la caisse tape en même temps que la deuxième…,
Melo lui va prendre un pied, une caisse, un charley, sans même
prendre la peine de le coupler ou de faire des chichi, le son
va pêter…que le pied pète ou pas que le son soit
en mono ou en stéreo, y’aura la touche de Melopheelo et
ça marchera.

Dany Dan: Je rebondis sur ce que je disais sur le style
de Zoxea, moi je vais me prendre la tête toute la journée
sur une syllabe; que la troisième rebondisse sur la quatrième
et fasse miroir sur la septième ou des délires comme
ça, Zoxea, lui, en 1/2 heure il va te sortir une seule
phase avec les mêmes effets.

Zoxea: Ca c’est peut être du à l’impro…

Zoxea et Melopheelo vous êtes à
la fois mc et producteur, ça change votre manière
d’écrire ou d’aborder un morceau?

Melo: Dany Dan aussi fait des instrus, pas sur cet album
mais il a déjà fait des sons. Sinon le son nous
donne le thème, on écoute le son ensemble, on a
une idée de thème et on écrit à partir
de là.

Zoxea: ouais il a fait  »On a du jus » sur  »Dans la ville »
par exemple.

Dany: Je ne fais pas officiellemnt du son, j’en fais un
peu, mais Melo et Zoxea sont tellement bons, j’en suis encore
au balbutiement. Il s’agit pas de prendre un sampleur et de faire
boum boum tac, ça tout le monde peut le faire.

Zoxea: On choisit des instrus trés parlantes qui
te mettent directement dans une ambiance et qui amènent
naturellement à tel ou tel thème. Y’a une direction
par rapport à ce que nous inspire cette instru.

Zoxea: Être à la fois mc et producteur, par
moment c’est bien mais par moment le déclenchement d’un
texte va se faire sur le son d’un autre, ça va être
plus facile de rentrer sur le son d’un autre, sauf si tu fais
LA prod’…perso j’ai plein de sons, mais pour faire des trucs
carrés je me sens plus à l’aise sur les productions
d’un autre.

Melo: J’écoute de la musique, je m’inspire de tout
ce que j’entends à gauche à droite et après
je vais chercher dans mes disques si y’a un son qui se rapproche
d’un truc que j’ai pu entendre ça ou là dans la
rue ou autre et qui m’a plu. Comme Zoxea, le principal c’est ce
que le son va me faire ressentir pour que j’écrive dessus,
ça peut être une prod’ de l’extérieur car
comme c’est un son que tu n’as pas l’habitude de faire tu vas
vraiment essayer de faire le maximum dessus, d’être au dessus
du son…

Les productions dont vous êtes
le plus satisfait ?

Dany Dan: Sûrement une production de Zoxea et de
Melo qui n’est pas sorti. On était tout le temps en studio
en train d’enregistrer, pour cet album on a fait une trentaine
de morceaux, une centaine pour l’album d’avant, y’a plein de sons
que j’aurai aimé que l’on utilise mais bon…sinon dans
les sons Sages Po, celui de Zoxea pour  »Beat De Boul dans la
sono », et Melo  »Au centre de mes affaires ».

Zoxea:  »B comme Boulogne » de Melo et concernant mes sons
je dirais  »J’rap pour les minorités » et  »Masters »,
j’aime bien la dynamique qui s’en dégage…

Dany Dan:  »Un homme et un micro » aussi…

Melo: pour Zoxea je dirai  »Masters », ou  »Dans la sono »
c’est un morceau qui a marqué l’époque, pour moi
c’est un morceau que tu peux réecouter dans 5 ans sans
problème avec le même plaisir.  »L’hymne du Mozoetzet »
que j’ai produit sur l’album solo de Zoxea…

Les featurings les plus réussis
hors Sages Po?

Dany Dan: Melo et moi sur Time Bomb avec  »Faut les entendre
parler », je me réecoute souvent ce morceau.

Zoxea: Y’a un morceau avec Don Choa  »Tchin tchin », il
sortira peut être en inédit…

Dany Dan: Don choa, il était déjà
dans le remix de  »J’rap pour les minorités », Melo a un
bon contact avec lui, ils sont régulièrement en
contact…

Quels projets après ce nouvel
album ?

Dany Dan: on a chacun des projets solos, Melopheelo a le
sien moi j’avais déjà avancé sur le mien,
mais comme ça faisait 4 ans qu’on avait rien fait en tant
que Sages Poètes de la Rue, on a décidé de
tout mettre de côté pour cet album mais maintenant
je vais reprendre mon album solo et d’içi l’année
prochaine il devrait voir le jour…


Selon vous, le dernier classique US qui soit sorti ?

Melo: Le dernier Jay-Z  »Blueprint », il a su ramener de
la soul à un moment où l’électro était
plus en vogue.

Zoxea: Le premier Wu-Tang  »36 chambers » (rires)!

Dany Dan: le Nas  »Stillmatic » et tous les morceaux inédits
qui sont sortis parallèlement et qu’on peut trouver sur
Internet.

Alors Dany Dan concernant le duel au
sommetNas/Jay-Z…

Dany Dan: Nas sans hésiter…je m’en fous de leur
gueguerre mais c’est tant mieux pour nos oreilles…