Entretien avec Johnny Cuba, une des deux têtes pensantes du groupe anglais Dynamic Syncopation.

La journée ninja tune d’hier (dimanche 25 aout) au Batofar a rassemblé plusieurs milliers de personnes, es tu habitué à des évènements d’une telle envergure ?

Effectivement, c’était assez énorme. J’adore les concerts gratuits en plein air, comme les gens n’ont pas payés ils sont d’autant plus contents de se faire plaisir. J’ai déja joué devant des foules encore plus grandes, mais seulement dans le cadre de festivals en Europe, en Italie à Milan avec Herbaliser, à Amsterdam… En tout cas j’ai vraiment apprécié.

La soirée aussi était très réussie, j’ai rarement vu les gens danser autant dans ce club.

c’était vraiment fou, les gens étaient vraiment détendus, ils avaient passé l’après midi au soleil à boire des coups… Le fait d’avoir joué une première fois dehors nous a permis de nous chauffer, de capter l’ambiance, et une fois à l’intérieur du bateau c’est devenu incroyable.

Qui est cette fille qui a rappé avec vous?

Elle s’appelle EV.ON, elle vient de Brixton et rappe depuis plusieurs années. Elle est très jeune, elle a à peine 21 ans. Elle était sous contrat avec Warner dès l’âge de quinze ans, et comme souvent elle s’est fait manipuler et n’a pas pu contrôler les choses comme elle voulait. C’est dur de connaître une si grosse déception à cet âge là, de continuer à avancer. Elle est très douée.

Tu as une très grande expérience du djing en club.

Oui, c’est comme ça que tout a commencé, on jouait dans plusieurs clubs de Londres régulièrement, avec le même genre de sélection qu’hier: hip hop, funk, quelques trucs plus dansant… Je suis dj depuis le début des années 90, on a eu notre première résidence dans une boîte en 1991 à Covent Garden. J’y ai beaucoup appris sur la manière de faire bouger une foule.

Quel est le secret?

Il n’y en a pas, il suffit d’enchaîner des titres que les gens connaissent avec des trucs moins connus. ça permet aux gens de se mettre dans l’ambiance. J’adore jouer du funk, de la soul, du reggae. Beaucoup de jeunes ne connaissent ou ne comprennent pas les racines du hip hop. Cela dit Je n’ai pas envie de me la jouer vieux prof, j’ai juste envie de faire plaisir au public et à moi même.

Es tu un crate digger?

Moins maintenant, je suis un peu plus paresseux qu’avant, je me contente d’acheter sur ebay la plupart du temps. En ce moment j’aime bien chercher des vieux 7" de soul. Le truc c’est que j’habite dans un appart assez petit, et qu’il croule déjà sous les disques, donc j’essaie de me contrôler un peu. Le problème quand tu achètes trop de disques c’est que tu ne prends pas le temps de les écouter vraiment. Parfois tes gouts évoluent, tu peux avoir des bonnes surprises en réécoutant des vieux achats.

En dehors du funk et de la soul, aimes tu jouer d’autres styles ?

De plus en plus de reggae et de dancehall, c’est vraiment excellent pour faire la fête. J’aime bien un bon morceau de rock aussi de temps en temps, par exemple un pote m’a fait découvrir les Flamming Lips récemment, j’adore ce groupe.

Comment en es tu arrivé à produire des sons ?

C’est venu naturellement avec quelques amis, dans la continuité du djing. On passait des nuits à déconner dans un studio à 6 euros de l’heure il y a quelques années, on faisait des beats en expérimentant, on se marrait bien. Maintenant les choses sont encore plus faciles, il suffit d’avoir un PC chez soi.

Généralement que demandes tu aux rappeurs avec qui tu bosses, qu’attends-tu d’eux ?

Souvent les gens avec qui on travaille sont des gens qu’on a découvert en concert ou sur disque, et qui nous ont impressionné. On a découvert Mass Influence en écoutant une pile de disques de hip hop en 1998, c’était vraiment un niveau au dessus. On s’est dit que c’était vraiment le genre de personnes avec qui ce serait bien de travailler, et on a finit par le joindre avec le numéro de téléphone qui se trouvait sur le vinyl. Il a aimé notre musique, et le tour était joué. c’est un peu différent aujourd’hui, on rencontre pas mal de rappeurs, le réseau est beaucoup plus étendu. Ben (aka the loop professor, l’autre producteur de Dynamic Syncopation)) vit à Manhattan maintenant avec sa copine, ça rend les choses plus faciles. Il est venu trois mois à Londres avec pas mal d’idées, on a travaillé dur et il est reparti avec un cd de démos. On a aussi fait poser des anglais qu’on connaît bien, comme Def Tex ou Juice Aleem (de Gamma et New Flesh). Souvent c’est le temps manque pour faire ce qu’on voudrait, ça fait longtemps que j’ai envie de travailler avec des français et des allemands par exemple. Mais c’est important de faire ça avec des gens qu’on connait un minimum, qui apportent une vraie émotion et ne font pas ça vite fait pour l’argent. De toute façon on en a pas des masses à leur donner.

Comment vous répartissez vous les tâches avec Ben ?

On travaille vraiment à deux, on a à peu près les mêmes influences et souvent quand on bosse sur un beat on va dans la même direction, chacun à notre manière. C’est en ça que le duo est intéressant, ça rend les choses un peu plus chaotiques et hasardeuses.

Vous travaillez beaucoup à base de sample, pensez vous utiliser plus d’instruments live à l’avenir ?

Jusqu’à maintenant j’avais un peu de mal avec toute la nouvelle vague de hip hop à la Neptunes qui utilise des vieux synthés pourris. J’ai un peu changé d’avis depuis,ca me fait mal de l’admettre mais je me surprends à apprécier des morceaux RnB comme le dernier Beyonce.
Le sampling est pour nous une méthode incroyable et qui peut encore être exploitée longtemps. J’aime le côté brut du sampler, et souvent on s’en sert pour produire des sons qui n’ont rien à voir avec les échantillons d’origine. Je travaille de plus en plus en partant d’un sample et en construisant le morceau autour, il reste au coeur de la musique même s’il n’est pas si présent.

Quelles sont vos futurs projets ?

Un remix de 2 tha left, une vieille chanson qu’on avait fait avec Mass Influence. Ce sera produit par les Nextmen pour un album de remix qui ne sortira qu’en cd sur leur label Scenario, mais on pressera aussi quelques maxis promo. On est en train de faire des projets avec J-Live, mais rien n’est encore vraiment décidé.
Sinon récemment on a bossé pour des musiques de jeux vidéos, on a participé à un documentaire d’un nantais sur le hip hop anglais qui sortira en dvd. j’ai aussi travaillé avec EV.On sur une émission de reportage pour la BBC. Ca parlait d’un fermier qui quitte sa campagne après que tout son élevage ait été massacré à cause de la vache folle. Après avoir été très déprimé il décide de devenir architecte d’intérieur, il découvre la hype et le monde de la rue. Le mec est trop marrant, il est très grand et a vraiment une tête de country lad avec ses dents de travers. Nous on l’a ammené à notre studio, EV.ON lui a écrit un couplet et un refrain pour qu’il apprenne à rapper mais il s’est avéré incapable de sortir le couplet correctement. Alors on a travaillé que le refrain,
ça faisait:
I changed my mind,
I used to be a farmer and now I am an interior designer,
I changed my mind…

C’est de plus en plus courant à la télé ce genre d’émission ou les gens décident de changer totalement leur vie, c’est n’importe quoi mais c’est bien marrant.