El P, ex membre du regretté trio new yorkais Company Flow, est en promo pour son album solo  » Fantastic Damage  » dont la sortie est imminente. Cet homme aux multiples casquettes (rappeur, producteur, directeur du label Definitive Jux) nous dévoile son projet, son univers, et revient sur les quelques évènements marquants de sa carrière, de l’époque Rawkus à l’album de Cannibal Ox en passant par le 11 septembre.

Comment
ça va El-P ?

Ça va, j’attends la sortie de mon album solo, Fantastic
Damage, c’est la dernière ligne droite.

Que s’est-il passé avec Paincave
? (le titre initialement prévu pour l’album)

J’ai eu ce titre en tête pendant un an, c’était
devenu une private joke entre moi et mes potes. Paincave c’est
cet endroit sombre et horrible d’où tu ne peux t’échapper,
l’endroit que tout le monde connaît mais dont personne ne
sait le nom… C’était vraiment trop morbide, les gens
n’auraient pas réalisé que c’était une
blague. Il y a quand même des éléments de l’album
qui y font référence, de manière moins marquée.

Cet album va-t-il marquer un profond changement
après des projets comme Cannibal Ox ou bien y a-t-il une réelle
continuité en termes de production et de lyrics ?

Un peu des deux. Quand tu le compares à Funcrusher Plus (l’album
culte de Company Flow), tu peux y voir une transition assez brutale.
Mais comme j’ai fait de la musique pour d’autres gens depuis,
le public sera un peu plus acclimaté à l’évolution
de mon son. Quand je produis et que je fais des disques, j’ai toujours
besoin d’aller un peu plus loin qu’avant. Ça n’a
rien à voir avec un concept abstrait bidon genre « next
level », c’est juste dans mon intérêt personnel,
pour que la musique reste intéressante à mes yeux. Ca
fait longtemps que je suis dedans, et en vieillissant les choses changent,
les idées arrivent d’elles-mêmes. J’ai le sentiment
d’une progression assez régulière en tant que technicien
et producteur, et même en tant que compositeur, tout en restant
modeste : je parle surtout d’apprendre à jouer avec la structure
des chansons. Comme je le disais à quelqu’un aujourd’hui,
j’ai grandi à une époque où n’importe
quel nouveau disque de hip hop était radicalement nouveau, représentait
une immense progression par rapport à celui d’avant. Je
ne partage pas l’avis de ceux qui croient en une « essence
» du hip hop, un truc auquel tout le monde doive adhérer.
Je n’y crois pas.

Tes collègues Aesop Rock et Cannibal
Ox n’ont pas l’air d’apprécier le terme «underground».

Tout le monde désapprouve ce terme, il ne veut pas dire grand
chose, même si on l’assimile souvent à notre musique.
Il fut un temps où « underground » avait un sens,
quand l’industrie s’était laissée contaminer
par l’art, quand on a pointé le bout du nez en 95-96. Il
n’y avait aucun espace pour les gens comme nous, chacun faisait
des trucs différents dans son coin et il y avait un monde bien
distinct entre l’univers des majors et les autres. C’était
une culture, une communauté, tout le monde traînait et
bossait ensemble. Aujourd’hui personne n’aime être désigné
par ce terme, c’est peut-être le plus proche de ce qu’on
est, mais en même temps on ne sait pas ce qu’on représente.
La presse l’emploie de manière abusive. Si elle me trouve
underground parce que c’est là d’où je viens,
c’est comme ça que j’ai commencé, alors ok.
Mais on ne peut pas me taxer d’underground sans connaître
mon parcours.

C’est donc un mot assez restreint, surtout
quand le but d’un artiste est de toucher le plus de gens possible
par son travail ?

Certains artistes se content de ne pas toucher le plus de monde possible
tant qu’ils sont libres de faire ce qu’ils veulent. Je veux
exister, évidemment, je veux être écouté
par l’audience la plus large, mais je refuse d’aseptiser mon
travail pour ça.

Parle nous un peu de Def Jux. Quelles intentions
as-tu avec ce label ? Quels en sont les principes de base ?

Le
principe de base est que tout est réfléchi. Le truc le
plus important c’est que quand quelqu’un voit qu’un disque
est chez nous, il se sente en confiance pour l’acheter. Qu’il
sache que ça va être bon, bien fait, que ça l’amènera
dans une certaine direction, qu’il aime le résultat final
ou non. J’ai vraiment de la chance, c’est la première
fois de ma vie et de ma carrière que je peux vraiment bosser
comme je le sens. Avant on avait Official Recordings (le premier label
d’El-P), c’est là que sont sorti nos premiers trucs.
On manquait d’expérience et malgré un bon état
d’esprit , on a fini par travailler avec Rawkus , le label est
mort avant d’avoir vraiment existé. Maintenant j’ai
de l’expérience, je me suis façonné une mentalité,
une croyance. Def Jux c’est surtout l’opportunité pour
moi de faire les choses comme je l’entends, je ne pense pas que
cette voie-là corresponde à tout le monde, c’est
mon truc.

Quel enseignement as-tu tiré, en tant
qu’artiste et businessman de ta collaboration avec Rawkus ?

Leçon n°1 : don’t fuck with Rawkus ! Sérieusement,
on faisait notre truc avec Company Flow à l’époque,
mais en même temps Rawkus avait besoin de nous, pour donner une
identité et une direction au label. On pensait que quelqu’un
pourrait mettre un peu de blé dans notre travail et faire un
peu plus parler de nous, et c’est ce qui s’est passé.
J’ai été déçu par Rawkus, je croyais
vraiment qu’on était sur la même longueur d’onde,
qu’ils avançaient dans la bonne direction, alors qu’en
fait pas du tout. Au final, ils se sont plantés, c’était
dur à voir. J’ai pu constater de l’intérieur
qu’ils étaient en train de se planter parce qu’ils
n’avaient plus la bonne mentalité. Ils n’ont pas compris
pourquoi Rawkus était Rawkus, pourquoi le public les plébiscitait.
Les gens aimaient Rawkus parce qu’ils sortaient de la musique intéressante,
différente, disponible en magasin et dont la vente n’était
pas motivée par l’argent en premier lieu. Inévitablement
ils ont pris ça pour un tremplin, ils ont cherché à
monter plus haut. Ce n’était plus un projet, un travail
d’association avec des artistes comme Mos Def, Menelik, Talib Kweli
ou moi, c’était devenu un but en soi. Ils ont tout fait
pour prendre leurs distances, pour jouer dans la cour des grands, des
majors.

Le fait que Def Jux ne soit pas dirigé
par des businessmen mais par des artistes change-t-il radicalement les
choses ?

Bien sûr que c’est différent, le label a été
entièrement créé par un artiste, pour des artistes
et des amis de surcroît. Rien n’est possible sans cette base-là,
je ne ferai signer aucun contrat que je ne signerais pas moi-même.
Mes artistes touchent 50% sur tout, ils restent propriétaires
des masters. Ça paraît normal aujourd’hui mais ça
ne l’était pas quand on dealait avec Rawkus. J’offre
aussi une certaine expérience, j’aurais aimé lors
de mes débuts pouvoir me reposer sur quelqu ‘un qui me dise
à quoi m’attendre et qui m’aide à endurer tous
les problèmes que connaissent les artistes quand ils tentent
de rentrer dans l’industrie. C’est un plaisir pour moi d’aider
ces gens en m’amusant, de leur montrer qu’on peut faire de
l’argent selon ses propres conditions. Pour l’instant tout
se passe bien, on est tous très motivé, on est potes et
on aime ce que l’on fait. C’est comme ça depuis le
début, c’est génial. Tous les artistes Def Jux ont
envie de gagner de l’argent, mais je sais par expérience
ce que c’est de se construire sur le long terme. On est tous dans
le même bateau, on a tous compris que c’est le long terme
qu’il faut viser.

As-tu rencontré des embûches
en montant Def Jux ?

La principale galère a été de se libérer
de notre contrat avec Rawkus. Ça a pris du temps, ils nous ont
fait chier pendant un an avec ça. Après je me suis dit
qu’il fallait se servir du nom Company Flow pour lancer le label.
À l’époque avec Mr Len on prévoyait un album
entier, mais on ne le voulait pas chez Rawkus. A part ça il ne
s’est rien passé de terrible, des petits accrocs par-ci
par-là avec certaines personnes impliquées dans le projet.
Et puis la ville a cramé aussi.

Les évènements du 11 septembre
ont-ils changé ta perspective de New York ? Cela va-t-il avoir
des conséquences sur ta musique ?

Bizarrement,
non. Il y a une chanson qui s’appelle « densité »
sur mon album, composée sept mois avant les évènements.
Maintenant, quand je m’entends, j’ai l’impression d’en
parler. C’est bizarre parce que j’ai toujours été
un peu taré. J’ai passé des années de ma vie
à être effrayé et paranoïaque. Je fais partie
des gens qui ont planqué des boîtes de conserves pour le
bug de l’an 2000. (rires) J’ai pensé que j’avais
un complexe de Cassandre, j’ai couru partout en me demandant pourquoi
personne ne m’écoutait alors que les signes étaient
là ! Pourtant rien ne se produisait. Bizarrement quelque chose
d’horrible est arrivé à ma famille le jour de l’an,
quelque chose de vraiment tragique. Ça m’a complètement
retourné, j’ai réalisé que je consacrais énormément
d’énergie dans cette abstraction de terreur et de destin
millénariste, et que ça ne m’avait pas empêché
d’être pris par surprise quand cette chose terrible est arrivée.
Ca m’a transformé pour toujours. Après le 11 septembre,
j’ai bien sûr eu la même réaction que tout le
monde : j’ai été horrifié. Puis j’ai
ressenti quelque chose de différent : c’était triste
de voir l’effet que ça provoquait chez les gens, ceux qui
n’auraient jamais pu imaginer ce genre d’évènements
possible, tous les travailleurs lambdas accrocs au rêve américain.
Brusquement ils ont été confrontés à des
informations négatives. Aujourd’hui beaucoup d’idées
commencent à émerger sur l’Amérique, le monde
et notre place dans celui-ci, c’est très dérangeant.
Moi je n’ai pas changé d’optique, je suis détendu
(rires), et presque content de voir que l’apocalypse a commencé.
Je peux continuer à foutre la merde et nous laisser tous crever.
(Rires)

Quelle est l’atmosphère de New
York en ce moment ? (février 02)

Les new yorkais sont des durs, ils sont élevés pour continuer
à mener leur chemin quoi qu’il arrive. On continue à
avancer, on ne se regarde pas plus et on ne parle pas aux inconnus.
(rires) On fait tous ce qu’on a à faire en gros. Je ne fais
pas partie des gens qui ont perdu des proches, je ne peux pas témoigner
pour eux. Ils sont nombreux, des milliers et des milliers de gens dont
la vie a radicalement changé depuis ce jour-là. Donc voilà,
tout le monde continue son truc, et je dirais même que les gens
sont encore plus tournés vers eux-mêmes. Je le suis en
tout cas. Ça n’est plus la même ville. C’est
toujours plein d’énergie… Mais ça fait mal,
on a été meurtri. Peut-être qu’un jour ce ne
sera plus qu’un mauvais souvenir, et qu’on aura une ville
encore plus forte et endurcie. En attendant ça a été
dévastateur.

Que devrait-on construire sur le site de Ground
Zero ?

J’avais comme idée de reconstruire les mêmes tours
en beaucoup plus petit, dans une petite bulle, et d’y faire travailler
des gens tout petits. Un genre d’endroit impossible à frapper…
Franchement j’en ai rien à foutre du building, ni de Wall
Street. L’enjeu c’est les vies humaines, et c’est pour
ça, entre autres, que la guerre a lieu aujourd’hui.

C’est assez étrange d’écouter
des trucs comme « Patriotism » de Company Flow avec ce qui
se passe en ce moment.

Je
fais le tour du monde pour la promo de mon album, et je ne compte pas
m’arrêter. Bon d’accord je suis un putain d’américain
qui manque totalement d’ironie ! (rires) Je suis sûr que
je suis listé par le FBI. J’ai l’impression qu’on
est sur le point de connaître un nouveau McCarthisme aux Etats-unis.
Il y a des trucs sur l’album, faits après les évènements,
que j’ai vraiment hésité à sortir. Par exemple
le refrain de « Antiphony » est « quand la ville brûle
je me casse à disneyworld ». J’étais sur le
point de faire sauter ce truc quand j’ai vu Georges W Bush à
la télé dire : « tout va bien, retournez tous travailler,
amusez-vous, allez à Disneyworld ». La seule chose à
faire c’est de continuer ce que j’ai toujours fait, de parler
de ce dont j’ai toujours parlé. C’est pris au sérieux
maintenant. Avant les gens croyaient que c’était de la paranoïa,
un truc bizarre pour se convaincre de son existence. Maintenant ils
commencent à se dire qu’ils feraient peut-être mieux
d’y réfléchir eux aussi.

New York étant un peu considéré
comme le berceau du hip hop, tu crois que les choses vont changer au
niveau musical ?

J’en suis sûr. Le hip hop ne peut plus se foutre de la gueule
du monde, c’est fini. Il est en train de se rétamer. C’est
le hip hop mainstream qui souffre le plus, et ç’est ça
la nouvelle donne. Nous n’avons pas subi de grosses pertes financières
à Def Jux, on a pas vendu moins de disques. Mariah Carey n’a
vendu que 200 000 albums, ça n’est jamais arrivé
avant. Je crois que le disque de Michael Jackson a été
à peine disque d’or. Les gens vont se sentir moins proches
de toute cette merde, ça ne les amuse plus ce délire d’argent
et de strass. Dans le milieu de la pop, tout le monde s’étonne
du regain de la foi. Il y a plus de gens proches de Dieu que de gens
proches des Rolex. Quand tu as un marché où la moitié
de tes fans sont des fans de rap mainstream, et achètent des
disques de rap parce que c’est de la musique pop, pas du tout parce
qu’ils sont fans de hip hop, dès la seconde où tu
ne les intéresses plus ils vont immédiatement acheter
d’autres trucs pop. C’est mon humble avis, je ne sais pas
si cela va effectivement arriver. C’est aussi bien si je me trompe.

Tu penses que cela va avoir un effet sur des
rappeurs mainstream comme Jay Z, qui a sorti un disque, the Blue Print
, acclamé par la critique et succès commercial ? Cela
va-t-il être plus dur pour eux aussi ?

Je trouve Jay-Z incroyable. Bien sûr, chez lui il y a du bon
et du moins bon. En ce qui concerne son album, peu d’artistes ont
atteint cette année un tel niveau. Ce qu’on fait aussi c’est
mortel, mais ça c’est mon côté egotrip. Je
suis un rappeur, c’est mon boulot. (rires).
Jay-Z est vraiment bon, c’est peut-être ce genre de mecs
qui font évoluer le monde de la pop vers un peu plus de conscience.
Il est arrivé à un stade où il peut faire ce qu’il
veut. C’est ce qui est arrivé à Marvin Gaye, il a
infiltré toute l’industrie avec What’s Going On. Personne
ne voulait sortir cet album, il l’a fait lui-même, ça
a complètement changé la considération de la musique,
et la manière de la vendre. Un mec comme Jay-Z peut, j’espère,
faire pareil.

Qui admires-tu comme producteur et comme artiste
?

RZA. Il sort régulièrement des trucs ridicules. Sinon
Outkast, Dan The Automator, RJD2, et plein d’autres. Trent Reznor
de Nine Inch Nails, the Fragile n’a pas eu l’accueil qu’il
méritait. Mike Ladd est un des meilleurs producteurs en ce moment.
Rob Sonic de Sonic Sum aussi. On prépare un album solo de Rob
Sonic.

Es-tu très influencé par la
musique de films ?

Oui, je suis un collectionneur. J’ai probablement une des plus
grosses collections de musique de films. Je n’ai pas tant de disques
que ça mais la plupart d’entre eux sont des bandes originales.
J’ai toujours été influencé par ça,
je suis le genre de mec qui n’aimera pas un film parce que la musique
est naze. Si la musique est incroyable alors j’aimerai le film.
J’aimerais bien faire moi-même la musique d’un film,
à un moment donné de ma carrière. C’est un
de mes objectifs personnels.

Es-tu un fan de Blade Runner ? The Cold Vein
(album de Cannibal Ox) me fait beaucoup penser à ce film.

Blade Runner est mon film préféré.

La B.O. aussi ?

Bien sûr. Je considère que la musique est intéressante
quand elle dégage une émotion. Ce qui est bien avec les
musiques de films c’est les transitions, et le fait qu’elles
véhiculent une émotion. C’est ce que j’essaie
de faire, notamment avec Cannibal Ox : les thèmes qu’ils
abordent avaient besoin d’une gravité, le contraire d’un
truc soft. La conception du projet était une expérience
géniale, on a eu l’impression d’avoir atteint ce qu’on
voulait.

Vas-tu t’occuper du prochain album de
Cannibal Ox, ou vont-ils travailler avec d’autres producteurs ?

C’est dans mes intentions. Je pense qu’ils vont chercher
à se diversifier, je ne peux pas les cloîtrer dans mon
son. Mais je pense qu’on tient une bonne formule, j’aimerais
bien m’en occuper. Cela dit je ne pense pas que le prochain album
de Cannibal Ox sera uniquement composé de mes productions.

Te vois-tu retravailler avec les autres membres
(Bigg Jus et Mr Len) de feu Company Flow ?

Je pense que c’est totalement envisageable plus tard. On sera
amené un jour ou l’autre à retravailler ensemble.
Par contre ça m’étonnerait qu’il y ait d’autres
albums de Company Flow, ça ne m’intéresse pas du
tout pour l’instant. Ce n’est pas prévu, et d’ailleurs
je suis booké pour les deux trois années à venir,
eux aussi sont occupés je crois. CoFlow est une période
très importante de nos vies, c’était une amitié
avec ses hauts et ses bas. Je pense à travailler avec Bigg Jus,
faire une chanson ou autre chose. C’est toujours un très
bon ami.

Apprécies-tu ce qu’ils ont sorti
depuis Company Flow ?

Oui, en tout cas le disque de Mr Len est très bon. Je n’ai
entendu qu’une partie du Bigg Jus, je ne le connais pas assez pour
en parler. Quoi qu’ils fassent, je serai le premier à écouter
attentivement. J’ai commencé avec eux, je les ai vu se construire
musicalement et eux m’ont accompagné aussi.

Le " final show " en mars 2001 a
dû être chargé en émotion.

C’était incroyable, honnêtement c’était
comme j’aurais aimé que cela se passe. Une putain de bonne
fin. Très positive, pas comme une décomposition progressive.
Ce qu’on a fait ensemble est très important, personne ne
serait ce qu’il est aujourd’hui sans ça. On ne voulait
pas manquer de respect à cette entité, on s’entendait
bien et on aimait être ensemble sur scène. Sans vouloir
tomber dans l’eau de rose, ça a été l’occasion
pour nous de se rapprocher d’une manière positive. Personne
n’avait envie de râler dans son coin. Maintenant voilà
où on en est, on sort tous des disques, on fait notre truc sans
aucune compétition.

Avec qui aimerais-tu travailler en dehors
du hip hop ?

Je fais deux, peut-être trois sons sur l’album solo de Zach
de La Rocha (ex chanteur de Rage Against the Machine), ce qui est très
excitant. Je travaille avec Dan the Automator, on prépare un
disque instrumental ensemble, un truc qu’on veut faire depuis longtemps.
En dehors du hip hop j’ai quelques idées de collaboration,
quelques rêves : j’adorerais travailler avec David Bowie,
Brian Eno, David Byrne, Laurie Anderson. Cela reste du domaine du fantasme
jusqu’à présent.

Que penses-tu de Radiohead, groupe plébiscité
par Aesop Rock et Cannibal Ox ?

Ils sont très forts. Je les ai rencontrés, et à
ma grande surprise, ils m’ont dit " oh, Company Flow, I like your
shit ". je leur ai dit " quoi, de quoi vous parlez, vous n’êtes
pas censé connaître Company Flow ! " J’aimerais bien
travailler avec eux. J’écoute beaucoup de choses différentes,
donc j’aimerais bien travailler avec pleins de gens différents.
Surtout si le projet prend la forme d’un défi, d’un challenge.
Je fais un remix pour Cornershop, ça va être bien. Pour
l’instant je me concentre sur mes trucs et les gens de mon entourage
proche.

Interview réalisée par Joe Stannard
traduite et retranscrite par Bilba
version originale sur Urbansmarts