Dany Dan graffeur , DSE et UTP !!! Et oui, qui l?eût cru ! Découvrez les talents cachés du mc à travers une « interview graffiti », une galerie et une petite vidéo !

Pour commencer, est-ce que tu pourrais nous dire comment s’est faîte ton entrée dans le monde du graffiti ?

J’ai commencé quand j’étais au collège, vers fin 80 – début 90. Je ne savais pas du tout ce qu’était le graffiti .Un jour, un ami vient me voir en course, et me dit plein d’entrain "Est-ce que tu connais les tags ?". Bien évidemment, je lui réponds que je ne sais pas ce que c’est et il m’explique qu’il faut se trouver un surnom. Il me fait "Moi, mon surnom c’est ça" et il pose un tag sur la table. Le soir même , en rentrant chez moi, je regarde les murs et je vois qu’il y a plein de tags autour de moi. Là , il y a eu une sorte de déclic et depuis ce jour je m’y suis mis.

Qu’est-ce qui y avaient comme blazes ou crews à l’époque, à Boulogne ?

Ici, à Boulogne, il y a un mec qui a bien tué et qui s’appelait OBIWAN. Il y avait aussi OKAPI et puis plein de mecs du Pont de Sèvres dont j’ai oublié les noms. Après, pour les crews, il y avait les LST dans Boulogne qui signifiait " Les Sans Tiep’ " et les ONC, autre gros crew (celui d’OBIWAN ). Il y avait aussi les TAC qui apparrtenait à la génération en dessous des LST.

Et, comment s’est faite ton évolution par la suite ?

Plus tard, quand j’ai grandi un peu , je me suis mis à tagger un peu plus sérieusement, et je tapais même quelquefois des graffs dès que j’ arrivais à me procurer suffisamment de bombes. A partir de 15-16 ans, j’ai commencé un peu plus à bouger dans Paris. J’ai rencontré d’abord des mecs comme les OCB, Deck, Muse, etc… : c’étaient des personnes qui traînaient autour du Trocadéro, et c’est en fait grâce à eux que j’ai découvert tout le milieu graffiti parisien. Par exemple, c’est avec eux que je suis allé la première fois à Stalingrad pour voir qui étaient JON , JAY, LOKISS, MEO, etc… (que j’ai rencontré beaucoup plus tard avec le rap). Mais parallèlement, je ne lâchais pas le graff et j’allais assez souvent sur le terrain de la Muette où j’ai aussi rencontré pas mal graffeurs. Malheureusement, les noms m’échappent !

Tu posais quoi à l’époque ?

Je taguais WOKE et je faisais surtout du lettrage. Mais, depuis que je suis petit , je dessine beaucoup et un jour, quand j’ai vu l’émission "Envoyé Spécial" , où l’on montrait Mode 2 qui tapait des persos, je me suis dit : " Ah c’est possible de faire ça sur mur ? – Ok. Je vais essayer moi aussi ! " Et,en fait, depuis, je ne fais pratiquement que des persos !

Tu taguais en solo ou t’es rentré dans un crew ?

Le premier gros crew dans lequel je suis rentré et resté longtemps était les DSE. Je taguais beaucoup sur la ligne 9, et en fait, eux aussi, mais de l’autre côté. A cette période,c’était XTAZ le roi de la ligne d’ailleurs. Mais, on essayait également de se faire remarquer.

Un soir, on était en train de taguer de notre côté de la ligne, et on voit tout d’un coup une bande de graffiteurs qui débarquent. Bien qu’on est été plus nombreux et beaucoup plus imposants, ils sont arrivés vers nous. Ils ont vu qu’on était cools et ils sont restés avec nous. C’était PSEYE et d’autres mecs dont je ne me rappelle plus les blazes. Bref, ça s’est bien passé. On s’est échangé les numéros de téléphone, et voilà, plus tard, je suis rentré dans leur crew.  

Et tu bougeais souvent avec eux ? Est-ce que t’allais faire quelques dépôts avec eux, par exemple ?

En fait , j’étais pas trop motivé par les dépôts : j’en ai fait deux ou trois mais ça ne me disait pas trop et je n’y trouvais pas d’intérêt. J’étais vraiment plus attiré par le graff. Mais, j’allais quand même aux rendez-vous à Nation.

D’ailleurs , je me rappelle d’ un jour où l’ on s’est retrouvé plus d’une trentaine, alors qu’on était 5 ou 6 d’habitude. C’était un truc de fou : on posait dans des rames bondées de gens, ça taggait de partout ! Enfin bref … Et ce jour là, en rentrant chez moi, je m’étais fait suivre : les mecs n’avaient rien intentés mais étaient allés poser quelques questions à mon gardien. C’étaient des inspecteurs et mon gardien, que je connaissais bien, m’avait prévenu. A l’époque, c’est à dire vers 94, je commençais aussi à faire du rap et ça commençait aussi à devenir intéressant : je voyais que je pouvais faire un truc. Du coup, je me suis un peu moins investi et j’allais juste faire des terrains.

Et, quand est-ce que tu as intégré les UTP ?

Dans le crew Boulogne Posse dont on parlait tout à l’heure, je bougeais souvent avec un mec qui posait MOVE. C’était un peu mon mentor en graffiti et il me parlait souvent de ce crew, qui était de l’autre côté de la ville, vers Fontenay sous Bois, et qui s’appelait UTP. Il me parlait notamment souvent d’un mec qui s’appelait NUMBER 6 et qui y appartenait. Il y avait aussi HEM qui déchirait. C’étaient des mecs qui faisaient beaucoup de persos et je regardais ça avec des yeux équarquillés chaque fois que j’en voyais : j’hallucinais vraiment sur la qualité du truc ! Et puis un jour, MOVE me propose de partir avec lui pour une petite peinture avec eux. Et , c’est là que j’ai rencontré les UTP, notamment MESK1 et PICTURAL. Le crew s’était un peu dissocié à l’époque : NUMBER 6 et HEM faisaient leurs trucs de leur côté , mais MESK1 et PICTURAL, qui était le noyau dur, continuait. Ils faisaient leurs peintures de leur côté, discrètement, sans chercher forcément la gloire. J’ai pas mal peint avec eux, et, par la suite, ils m’ont intégré dans le crew.

Et qu’est ce que tu as retenu de toutes ses années ?

Ce qui m’a marqué : c’est vraiment l’originalité du graffiti. Tu rencontres des gens qui t’ouvrent sur un autre univers, tu découvres plein de trucs …. c’est ça qui me marque surtout !

Et l’adrénaline ?

Pas plus que ça en fait. Pourtant, j’ai fait deux ou trois entrepôts, mais j’en ressortais sans aucune satisfaction particulière. En plus, les métros que j’avais fait ne sont jamais sortis donc j’étais d’autant moins motivé…

Concernant ton travail, de quoi t’inspires-tu le plus pour peindre ?

Maintenant, c’est de plus en plus les photos. J’ai réalisé qu’ à partir du moment où tu maîtrisais vraiment la technique pour mettre une photo sur un mur, tu pouvais faire ce que tu voulais. Bien sûr, après, tu peux te poser la question " A qui revient le mérite ? – au photographe ou à toi ? " C’est pour ça que maintenant, je fais ce que j’appelle des "egotrips" , à savoir : je prends des photos et je les reproduis sur un mur en modifiant le contexte.

T’as appris tout seul à faire des perso ?

Oui. Quand j’ai commencé à en faire vraiment, PICT en faisait déjà aussi, et il me donnait des conseils et réciproquement , mais ça s’arrêtait là.

Ca t’interresserait de faire autre chose que des persos ou d’évoluer vers un autre style de graffiti ?

Non, je vais toujours continuer dans la tête, les persos et tout ce qui est représentation. Le lettrage ne m’intéresse pas trop parce que dans mon crew, il y a des gens qui font ça très bien. Evidemment , par cî , par là , je pourrais faire un lettrage, mais ça ne m’intéresse pas plus que ça !

Quels sont tes influences au niveau graffiti ?

Mes graffeurs préférés sont MODE 2 et LOKISS. J’aime bien aussi BANGA, EROS ou SHUCK qui sont des personnes avec qui j’ai eu l’occasion de peindre.

Et les influences, autres que graffiti ?

Non , je ne pourrais pas te préciser un truc en particulier: il y a un peu de tout.

T’as un point de vue sur la scène graffiti ?

Contrairement au rap, c’est rare que je rencontre un graffiteur qui me fasse " Ah ! C’ était mieux avant … ! " alors que , lorsque je rencontre un rappeur qui vienne de Paris, Toulouse ou je ne sais pas d’où , il va me le dire. Sinon, je suis content parce qu’en France, on se maintient bien, voire très bien, et c’est mortel ! Après, je suis beaucoup trop dans le pera que dans le graffiti pour avoir vu toutes les évolutions et pour te dire qu’est ce qui a ou n’ a pas changé !

Qu’est ce que tu penses de la place du graffiti aujourd’hui par rapport au pera ?

Ca s’est dissocié ! Aujourd’hui, je rencontre des graffiteurs qui n’écoutent plus du tout un morceau de pera, alors qu’au départ c’est quand même deux choses plus que complémentaires. Si le graffiti en est où il est aujourd’hui, c’est grâce au hiphop. Si il a intéressé autant de gens , c’est parce qu’ il appartient à cet univers qu’est le hip hop et que ce même univers excite l’imagination des jeunes, est secret, vit avec ses propres valeurs, etc … Maintenant , si je rencontre un mec qui écoute de la techno et qui fait des pures peintures, je vais trouver ça dommage parce qu’il ne voît pas que ce sont deux choses complémentaires, mais ce n’est pas pour autant que je ne vais pas respecter son travail. 

Pour finir , t’as un mauvais souvenir à nous faire partager ?

Personnellement, je n‘ai rien d’intéressant à raconter. Mais, j’ai un truc qui ne m’est jamais arrivé et que j’ai vu faire plusieurs fois, ce sont les dépouillages sur les terrains, les toys … Je me rappelle avoir vu une fois , par exemple , un mec se faire toyer en live sa pièce par un autre, juste parce que ce dernier était appuyé par plein de mecs derrière lui … ouais ça c’est vraiment des mauvais souvenirs !

Meilleur souvenir ?

Ah ! Les meilleurs souvenirs, ce sont mes meilleurs chèques ! (rires)
Mon meilleur souvenir, c’ est avec BANGA. Il avait eu un plan à l’occasion de la sortie du dernier modèle de Golf. Les mecs de Volkswagen lui avait demandé de peindre le modèle d’exposition, lors de la présentation devant tous les concessionnaires de France. Et en même temps, il devant y avoir aussi des rappeurs qui fassent un morceau pendant qu’il peignait. C’était un événement énorme : Volkswagen avait loué le Zénith et il y avait trop de monde ! Il y avait tout un spectacle : des chanteurs, des danseurs, des funambules … Et donc, BANGA et le crew BASALT devait le temps d’une chanson, peindre sur la voiture, le sigle Volkswagen et un autre truc. Et, nous, de notre côté,avec ZOXEA et MELOPHILO, on devait faire un rap promotionnel, genre " Ouais, la Golf, elle est comme çî … la Golf, elle est comme çà… !" Donc, on la fait : ça a duré 3 minutes et on s’est fait 6000 Frs chacun ! Et même , si j’ai pas peint cette fois-cî , c’est mon meilleur souvenir !

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