Amad Jamal arpente les micro ouverts de Los Angeles depuis 1992. Deux maxis
« Renaissance » et « L.A city » suffisent pour se rendre compte que cet ami de Defari et d’Evidence est sans aucun doute la nouvelle perle rare du label ABB.

Amad Jamal arpente les micro ouverts de Los Angeles depuis 1992. Deux maxis « Renaissance » et « L.A city » suffisent pour se rendre compte que cet ami de Defari et d’Evidence est sans aucun doute la nouvelle perle rare du label ABB.






Maintenant que ton séjour s’achève (NDLR : son avion décolle dans quelques heures plus tard), quelle est ton opinion de la France, de Paris ?


J’ai fait des études d’architecture, c’est génial de voir des endroits en vrai quand tu les as admiré des centaines de fois dans les livres. La nuit parisienne est cool, tu peux sortir toute la nuit, acheter de la bouffe à n’importe quelle heure, tout reste ouvert. Aux USA les bars ferment à deux heures, si tu traînes entre deux et sept heures les gens croient que t’as un problème. C’est une question de culture.


Qu’en est-il du public hip hop ? Tu es venu pour un concert avec Grouphome (+Roce, JL Less du 9), qu’en as-tu pensé ?


L’ambiance générale était très bonne, ça m’a rappelé la scène old school aux Etats-unis. Les gens qui sont venus étaient à 100 % dans le hip hop. C’est génial de voir les gens breaker dans la rue, de voir que les graffitis sont omniprésents. Le hip hop en tant que scène artistique est bien implanté ici.


Quelle discipline pratiques-tu ?


J’ai fait beaucoup de graffitis, sous le nom de Kraft 74. J’ai fait du break, on m’appelait Kid Fresh à l’époque. J’avais un crew, les MBC (Mysterious Breaking Crew), on faisait un peu de tout. On se baladait dans les quartiers avec un bout de lino dans un sac et on organisait des battles. On se pointait à la radio pour voir Ice T rapper, LA Rockers et Little C qui dansaient toute la nuit. Je n’ai jamais été DJ, même si je suis un collectionneur de hip hop et de jazz.
C’est important de se tenir un minimum informé dans toutes les disciplines du hip hop, de respecter les DJs, les artistes, les b-boys et les b-girls.







En parlant d’artiste, qui a fait la pochette du maxi Renaissance ?

Marciah Jones, c’est ma soeur. Elle s’occupe de tout l’artwork pour Saul Williams, c’est la mère de son enfant. J’espère qu’elle fera la pochette de mon album.


Comment as-tu établi des liens avec ABB ?


Il y a quatre ans et demi, j’ai fait un titre avec Evidence, à l’époque de Work the Angles. J’ai vu le label grossir, beaucoup de mes potes y sont rentrés. Je dansais avec Defari au lycée, on a tous les deux été à Columbia University.


Qui retrouvera-t-on sur ton album ?


Mon frère Kombo, mon cousin DU, DJ Khalil de Self Scientific, Evidence, Joey Chavez, Bravo, Dumma Snaps de Wizards of God, Vertical Invaders, J-Supreme, Dilated People, Charli Tuna, Talib Kweli. Je viens de finir un truc avec the Creators de Londres. Probablement Saul Williams aussi.
Au niveau turntablism, j’essaie de varier les DJs à chaque morceau. Il y aura Melo D des Beat Junkies, Plus One, DJ Revolution, DJ Babu, DJ Khalil, J Rocc, Rhettmatic. Les Beat Junkies sont des locaux, ils vont assurer une bonne partie de l’album.


Tu sembles avoir des contacts parmi la scène anglaise ?


J’ai rencontré un MC vraiment incroyable par l’intermédiaire des Creators, il s’appelle Kid Co. Il fait partie du groupe Tri Bell (NDLR : cf Creators feat Tri Bell :  » warzone  » sur la compile Wordlab 1), il écrit et fait son son lui-même. Sinon j’ai fait un concert avec Mark B and Blade, j’ai rencontré pas mal de gens. J’aimerais bien travailler avec Roots Manuva, on a un projet ensemble mais il est très occupé en ce moment .

D’où vient le nom Amad Jamal ?


C’est mon vrai nom, ma mère m’a appelé comme ça en hommage au jazzman.


Quel est ton MC préféré ?.


Je suis un grand fan de Rakim, il a tout révolutionné à l’époque où tout le monde rappait très rapidement. Sinon je pense que Chuck D m’a beaucoup apporté dans la concision des lyrics, Rakim m’a montré comment être relax et donner du sens au rap, Krs One m’a montré qu’on peut changer et garder une certaine longévité. Le MC le plus underrated, celui dont personne ne parle, c’est Chill Rob G. C’est vraiment un de mes MCs préférés, il a commencé à bosser avec 45 King et Queen Latifah.


Y-a-t-il des artistes avec qui tu aimerais travailler ?


J’aimerais bien bosser avec Jay Dee. J’ai rencontré Hi Tech, j’aimerais bien faire un truc avec lui ; avec Alchemist aussi. J’ai rencontré Pete Rock cette année à une soirée du Rocksteady crew, il est venu à ma rencontre en disant :  » c’est toi le fils d’Amad Jamal ?  » je lui ai donné un de mes CDs, il m’a donné son numéro. J’ai du mal à rentrer à le contacter, j’aimerais vraiment bosser avec lui. Comme artiste West Coast, j’adore ce que fait Dr Dre, je me fous de son côté mainstream commercial. Je l’écoute depuis ces débuts, je breakais sur sa musique, j’essayais d’imiter les scratchs.
Je connais Peanut Butter Wolf, je le supplie de me donner une chanson, j’aimerais bien bosser avec Madlib aussi.






Pendant tes concerts, tu parles un peu politique, tu critiques le gouvernement américain.


Je pense que depuis 2001 nous avons commencé une ère. Plein de choses qu’on avait prévu sont en train d’arriver, et bizarrement ça surprend les gens. Je ne suis pas pessimiste, ça devient de plus en plus dur de ne pas avoir une vie trop formatée. La question c’est comment survivre, vivre indépendamment, loin des codes. Le Hip Hop est le CNN de ce qui se passe dans l’underground partout dans le monde, dans les quartiers. L’écouter c’est savoir ce qui se passe dans les rues de Paris, de Londres ou d’Australie. Ça vient de la rue, pas du gouvernement.


Penses-tu qu’Internet peut donner au Hip Hop underground l’opportunité de se développer ?


Le problème c’est que les gens n’ayant pas accès à l’ordinateur sont de plus en plus marginalisés, même au niveau du marché du travail. Mais bon je m’y intéresse quand même, j’ai même mon site : www.amadjamal.com


13/ Si tu étais président des Etats-Unis, quelle est la première chose que tu ferais ?


Faire revenir Bill Clinton ! (rires)
Non, sérieusement, j’essaierais de lutter contre les discriminations, celles qui frappent les minorités ethniques. Il y a encore un fossé trop important entre les blancs et les autres, surtout aux Etats-unis.


14/ Quel est ton meilleur souvenir d’une soirée Hip Hop ?


La soirée Rocksteady cette année, j’étais le seul artiste West Coast, j’ai joué devant 9000 ou 10 000 personnes, ils connaissaient mes morceaux, parfois des trucs même pas encore sortis qu’on trouve sur des mix tapes !