Bientôt plus de 10 ans que KESY mène une activité soutenue et régulière au sein du monde du graffiti ferroviaire français et international. Petit clin d’oil à cet acharné du rail, Monsieur KESY le micro est à vous !

Avant d’embrayer sur toi et ton travail, est-ce que tu pourrais d’abord nous parler de ton crew, les GAP ?
Au départ, GAP est un groupuscule de jeunes de quartier du côté de Cergy. Ils ont décidé de se lancer dans le graffiti parce que ça les intéressait pas mal. Ca s’est fait à l’initiative de 4 gars en particulier qui sont SAM-C, ZEFA, DESA et WO. A partir de là, d’autres gens sont venus après se greffer. En ce qui me concerne, je suis rentré GAP en 94. En fait, on traînait ensemble, on allait voir les plans voies ensemble, on faisait aussi des terrains…le truc normal !
Sinon, on affectionne vraiment tout ce qui est sound system et cie! On aime juste bien faire la fête ensemble, et en fait, on est une bande de potes qui appartiennent un peu à la même famille. Après , il y a eu plein d’autres connexions avec des gens d’origines un peu diverses : Toulouse, Rotterdam , Barcelone, des crews allemands, etc…En fait, lors de nos petits voyages, on a rencontré à chaque fois des nouveaux graffeurs avec qui on a eu des affinités et au fur et à mesure l’oiseau a fait son nid !

Et, qui sont tous les membres exactement ?
SIKE / DEX / SECO / RINO / RIKO / SAM-C / KESY / MILE / ZEFA / DESA / WOPE / DJA / CRIER / TASH / MMR / FREAK / PIK / ALZO / SORK

Même si vous êtes une bande de potes, vous êtes quand même un peu éparpillés géographiquement ?
En fait, le noyau dur est à Cergy. C’est là où habite les ZEFA , DESA, WO et quelques autres, après ça s’est d’abord répandu aux quatre coins de la banlieue parisienne (par exemple, CRIER habite sur la ligne C et moi j’habite de l’autre côté vers Marne La Vallée) et par la suite il y a aussi d’autres membres à Toulouse, à Amsterdam, à Rotterdam, à Oslo, à Cologne , Dusseldorf, Barcelone …en fait, partout où on s’est balladé et partout où on a vu qu’il y a eu un bon feeling avec les gars !

Et, vous aviez quoi comme ligne de direction au départ ?
En fait , au départ , GAP signifiait Guezmer Au Piment. On avait l’habitude de faire pas mal des barbecues et c’étaient toujours les mêmes gens qui s’y retrouvaient et il y avait de tout : les gens motivés par le reggae , les gens motivés par le graffiti, ceux par la merguez… (rires) A force de traîner ensemble, on s’est tous surmotivés pour tous faire du graffiti…

Et du train exclusivement, ou d’autres supports ?
Non, c’étaient tous les supports en général, que ce soit du train, des voies, ou n’importe quels autres trucs. Pour ma part, j’ai beaucoup plus de satisfaction quand j’éclate un bon RER ou un p’tit train de la SNCF (rires) mais ça peut être aussi bien de faire une voie. Mais avant tout, on le fait simplement pour kiffer l’adrénaline qui se dégage de nos sorties ou l’atmosphère qui émane des dépots … c’est tout ! Maintenant, c’est vrai qu’on nous associe à des mecs qui font que du train mais c’est parce que c’est l’image qu’on donne et qu’on a montré que des photos de trains, maintenant il y a pleins de mecs au sein de notre crew qui font des fresques, des murs , des toiles … mais on ne fait pas que du graffiti , il y en a aussi qui font de l’abstrait, la sérigraphie, de l’infographie …

Et comment ça se fait que vous bougiez autant partout en France et surtout partout en Europe ?
On considère qu’on bouge de la même façon que les gens partent en vacances.Nous , c’est pareil, c’est nos vacances. La seule différence vient qu’on est graffeurs 24h sur 24h et que partout où on va, on a envie de poser une p’tite pièce. Après notre motivation, c’est pas avant tout d’aller au quatre coins du monde pour graffer… Personnellement là où j’ai pas mal graffer c’est en Allemagne parce que j’ai eu la chance de rester un petit bout de temps là-bas.Mais, sinon le délire en général c’est " Ah ben qu’est ce qu’on va faire cet été ? Ah ben tiens on va aller à Barcelone ! " et puis on se chauffe la tête tous ensemble et on y va. Mais , on ne se dit pas " Bon les gars cette semaine on s’attaque à çà et puis la semaine d’après on va dans tel pays parce qu’il faut remettre la sauce ! " Non, c’est du hazard . En aucun cas, on est planifié.

Vous comptez faire rentrer des gens bientôt chez les GAP ?
Franchement, nous on s’en fout. Les gens qui font partie de notre crew , c’est parce qu’ils sont ensemble 24h/24h.Ce n’est pas parce que tel mec graffe super bien ou est un super vandale , qu’on va le faire rentrer. Non, ça se passe pas comme çà. Avant tout, c’est une question de feeling. On n’ a pas cette ethique de se faire un crew avec que des putains de graffeurs ou je sais pas quoi ! C’est avant tout du kif entre potes ! On se fait plaisir, tout simplement !

Et vous vous définissez comment aujourd’hui par rapport à cet état d’esprit ?
La nouvelle signification de GAP aujourd’hui, c’est Guide And Protect. On est plus posé, beaucoup moins actifs qu’avant. On fait beaucoup plus des plans légaux.A la rigueur, on donne des conseils aux plus jeunes.En fait, on a monté une association où on essaie de montrer, que ce soit au grand public ou aux jeunes de notre quartier, le graffiti sous ses angles les plus positifs.Et, plutôt que d’arriver avec un slogan genre " Ouais ! On a foncedé des trains !!! " on tente d’expliquer aux jeunes comment envisager le graffiti. On essaie aussi de les mettre en garde : on leur met des barrières car on ne veut pas qu’ils se servent de notre expérience pour aller faire les mêmes conneries (au sens négatif du terme) que nous. On les guide, même si il y en a quelques uns qui kiffent le coté vandalisme mais, en même temps, on ne peut pas trop leur en vouloir parce qu’on sait que l’adrénaline c’est une drogue !
Après, ça devient un peu plus business: on essaie de faire des expositions, on travaille en collaboration avec les "services jeunesse" de quelques mairies (élaboration de fresques …) etc…

Et en conclusion sur les GAP, est-ce que vous avez un message à faire passer ?

Ouais ! A Paris, il y a une sale atmosphère qui règne dans le graffiti.C’est une atmosphère de cailleras , les mecs se tapent pour un sale tag qui est repassé sur un mur d’une pauvre rue, alors que voilà : on a tous le même délire et on devrait s’associer pour niquer tous ensemble au lieu de se détruire de l’intérieur. Tu vois, j’ai eu l’occasion de voir comment ça se passer en Hollande , en Allemagne ou en Belgique, tu rencontres les mecs et ils te font " Tu fais du graffiti ?! Ben, viens on va faire un truc ensemble ! " Et, c’est pas " Ah ouais, c’est toi qui fait çà ? T’es sur la même ligne que moi alors et je vais te casser la gueule parce que ce sont mes dépots que tu fais ! " C’est trop un esprit de concurrence ! Non, c’est " Tu veux faire du graffiti ? On se connait ? Ben viens" … et c’est tout !!!

En ce qui te concerne, depuis combien de temps es-tu dans le graffiti ?
Ca va faire bientôt dix ans. J’ai commencé au lycée en seconde.

Et, comment s’est fait le déclic ?
Le déclic, c’est quand tu vas à ton bahut et que tu prends le RER tous les jours et tu vois des gueutas partout, chaque fois c’est foncedé ! Après les potes de ton bahut ce sont des feurgra, ils te montrent leur fegra et leur magazines !!! Et ,vite fait , t’as envie de les suivre et tu te retrouves là-dedans. C’ est ce qui s’est passé, je me suis fait engrainé …
Après au début, pendant un an , le tag c’était avec les potes dans le quartier , sur les petits murs du coin, les bancs , les poubelles !!! (rires) Tu fais des trucs tout nazes pour commencer , comme chaque tagueur .Ensuite, avec le bahut , je me suis retrouvé à traîner dans le RER , à taguer par cî par là et puis tu rencontres d’autres gueurta et après voilà …

C’était sous l’influence de quels crews ?
Au départ, les crews c’étaient SBE, CSB, TMK mais c’était inconnu c’était des crews de quartier.C’était eux que je voyais et il n’y avait rien d’autres . Il n’y avait pas toute la documentation et magazines qu’il y a maintenant.

Et, qu’est-ce qui t’a poussé à continuer et a encore être là aujourd’hui ?
C’est la rage !C’est un mode de vie que j’ai adopté et c’est comme ça : je ne peux pas rester une semaine sans aller faire mon p’tit graff’ . J’ai besoin de me prouver que je peux toujours le faire, même si je sens que les motivations changent. Tu vois, j’ai encore le temps de le faire aujourd’hui mais je ne sais pas si ça va continuer …

Qu’est-ce que tu kiffes peindre avant tout ?
Les métals roulant de tous les pays !(rires)

Et c’est venu comment cette envie ?
C’est l »adrénaline tout simplement. En fait, sur Paris, les trains graffés ne tournent pas ou peu.Pour moi, c’est juste le moment quand je le fais et ce que tu ressens l’instant où tu le fais ! La peur d’être attrapé , le fait de braver des interdits ! C’est un peu un acte terroriste parce que tu t’infiltres dans une propriéte privée qui est souvent gardée et c’est braver tous les interdits qui t’empêchent de faire ce truc !

Et, comment tu te définis ?
Je suis un p’tit gars qui vit en France et c’est mon façon de communiquer. J’ai besoin d’embellir l’environnement parce qu’on se fait trop chier et il n’y a rien d’autre à faire.

C’est ta façon d’exister ?
C’est pas ma façon d’exister mais ça en fait partie

Qu’est ce qui te marque concernant ta vision du hiphop en France ?
Je trouve que le Hiphop est devenu grave commercial. Les gens se font connaître par Skyrock alors que il y a des groupes dix fois plus motivés et qui ont un vrai message à faire passer et eux on les entendra jamais, alors qu’il y a des grosses merdes comme par exemple le Secteur A qui passent sur les ondes ou ailleurs, et qui ont bouffé le milieu du hiphop et c’est trop pourri ce qu’ils font !
Après au niveau graffiti, c’est un peu la même.Il y a des mecs qui veulent s’imposer comme des tueurs parce qu’il voit le graffiti comme du "graffiti-gangster" et ils pourissent le milieu. Sinon, artistiquement , je trouve que la France est vraiment très originale. C’est l’un des premiers pays à avoir lancé le logo par exemple.Les graffeurs se sont aperçus que ce qui marquaient le plus les gens dans la rue, c’étaient des images sur lequelles ils peuvent se raccrocher et donc des logos , des trucs tous simples comme une enveloppe, un paquet cadeau, des éclairs … Au niveau du style, j’ai l’impression que les graffeurs français veulent innover et faire complètement différent et par cette originalité la scène française se démarque. Même si ça a changé. Par exemple, à Toulouse , tu t’aperçois que c’est plus du tout la même depuis qu’ils ont instauré une politique de nettoyage. A une époque, t’allais faire un graff’ dans la rue, c’était les doigts dans le nez.

Aujourd’hui sur quoi tu te focalises?
Mon avenir professionnel (rires) . J’ai toujours été impressionné par l’art mais je ne me vois pas partir dans un délire à aller faire des toiles et des expos.

Quelles sont tes influences ? (Par exemple au niveau musique, peinture, cinéma, drogue, sexe, etc…) Est-ce que ça influence sérieusement ce que tu fais ?

Dans le sexe, j’apprécie le triolisme (rires). Dans la drogue , la coke bien sur ! Et puis de temps en temps un petit exta. En ciné , la vague avant-gardiste française me touche beaucoup !!!
Non, sérieusement en musique et le graffiti ça va de paire pour moi. Et, pour les films, j’ai vraiment super apprécié Style Wars: ça m’ a permis d’ avoir une autre vision du graffiti sur les trains.

Et dans le graffiti ?
J’aime bien toute la nouvelle génération, tout ce qui se fait sur Paris , sur Barcelone … et notamment tous les mecs qui font des logos , je pense que tous ces mecs ont innové et que c’est eux qui donnent un souffle nouveau au graffiti, des mecs comme La Mano, Space Invader, Honet, So6 …Mais c’est assez difficile de résumer toutes les influences que tu as , c’est du quotidien , c’est tout ce qui me passe par la tête …

Pour terminer, t’as un bon souvenir à raconter de toutes ces années ?
Ah ! Il y en a plein …Un truc que j’ai fait pas mal de fois, mais c’est un plaisir à chaque fois, c’est de repeindre avec une quinzaine de gars un train entier, de haut en bas, de deux côtés, et de le voir tourner vers Gare de l’Est. Sinon , il y a plein d’autres trucs : tous les gens que j’ai rencontré à travers tous mes voyages …. ou aussi le fait d’être en soirée et de rencontrer de nouvelles personnes et de se retrouver après, à six heures du matin en train de se taper un dépôt…

Mauvais souvenir ?
C’était il y a deux mois de ça.On avait peint un train avec un mec qui taguait ROSSE, DEKS et TASH. On s’était garé pas très loin du dépot dans une voiture un peu voyante dans un gros modèle de BMW rouge flamboyant stationné sur le parking d’une entreprise à trois heures du matin, dans une grande rue..Evidemment, les keufs passent, captent la voiture et restent en planque… nous on revient d’avoir tapé le train et on tombe nez à nez avec la BAC "Qu’est ce que vous avez fait ? Qu’est ce que vous avez dans vos sacs ? Qu’est ce que vous avez braqué ? " Il pensait avoir affaire à des braqueurs d’entreprise.Ils trouvent des bombes dans nos sacs .On les mitonne mais on savait rien : les trains étaient à dix mètres de nous et on ne savait pas si ils nous avaient vus ressortir ou pas. Et le truc chaud, c’est qu’ils ont commencé à nous bomber la gueule !!! On la jouait fine pourtant et on leur a dit " oui , c’est vrai on voulait peindre un mur et on cherchait dans la zone industrielle des murs désaffectés blablabla …" Mais ils ont quand même été violents parce qu’ils ne pouvaient pas nous serrer , ils n’avaient pas la preuve et ils se sont vengés physiquement genre on vous peint la gueule pour vous montrer ça fait quoi d’avoir un mur dégueulasse … Et on se retrouvait l’un tout en blanc , moi tout en vert ! Quelques heures après on était dans les chiottes d’une station service à se frotter la tête …

Projets ?
Se faire oublier …(rires)

Dédicaces ?
BC CREW (LACO STAR ESK) , SOUTH PAINTERZ, FYA (AACHEN) CATE , DRS (ROTTERDAM) , SMD (AMSTERDAM) , EP4 , 313 , TSO , NT , AAA , PDB (GB) , 70’s VMD (MILANO) , MB , T?C …Tous unis pour tout nicker !!!