C’était une de ces journées où la brume et le béton ne faisait qu’un sur la capitale. A peine réveillé, j’étais déjà dans le métro qui me conduisait vers Bastille où j’avais rendez-vous avec les Svinkels pour une p’tite interview. Nous décidâmes de nous rendre dans un café où là je savais que j’aurais pas dû, dunfin en tout cas pas avec le Svink’ … et c’est grâce à un réflexe inespéré de lucidité avant une noyade mentale qui m’allait être fatale, que j’ai quand même réussi à extirper quelques mots à Baste et Nikkus …

Alors en attendant impatiemment le prochain album prévu au printemps 2002, 90bpm vous livre quelques délectations verbales de ces << barons de la cuite >> comme dirait l’autre…

D’abord, d’où vient le nom Svinkels?

Baste : Au Franprix, dans le quartier où l’on traînait , les Swinkels, c’étaient les bières les moins chères. On en achetait pleins, avant d’aller en cours. Dans la série des hasards, ce sont les gens qui ont commencé à nous appelé les Svinkels. Ils nous voyaient arrivés et ils disaient « Tiens voilà les Svinkels ! »

Comment s’est faite la création du groupe? Est-ce que c’était plus un délire à l’époque ou vous vouliez vraiment faire un truc sérieux ?

Baste : En fait, je t’avouerais que c’est un peu un hasard qu’on a commencé, Nikus et moi. On écoutait à fond du rap que ce soit Cypress Hill, House Of Pain, Run DMC ou tous les trucs de Def Jam…Et en traînant dans le quartier (4ème) et dans les squares, on s’est mis à écrire des lyrics. Et puis, on a commencé à écrire un texte, puis deux, puis trois… On a trouvé ça marrant, et au bout d’un moment où on est arrivé à mettre un peu d’argent de côté, on s’est choppé un petit sampler, le moins cher alors. A la même époque, on connaissait déjà Xavier (Xanax) qui traînait aussi dans le quartier et il est venu se greffer à l’histoire. On a commencé à faire des instrus et ça a débouché sur deux ou trois concerts. De fil en aiguille, on a aussi rencontré Fredo (Fred Lansac), un pote de Xavier qui était dj. Il mixait un peu de tout et notamment de l’ électro, de la funk, du rap, de la house, et on a commencé à élaborer des maquettes avec lui. A partir de là, on a joué avec pas mal de groupe. Comme on connaissait pas mal de groupes de funk et de rock sur Paris, on a fait pas mal de petites premières parties ou des petites apparitions de groupes de Funk, d’Acid jazz ..des groupes comme Backchich, Fanfare Funk, des mecs qui kiffaient bien ce qu’on faisait et qui nous ont fait joué. Ca a duré un an et demi- deux ans (c’était en 95). Et puis un jour, il y a un gars de chez Virgin qui était venu à un concert de Frogmouth au Hot Brass et il a bloqué sur nous. Parallèlement à ça, on faisait des maquettes avec Gutsy parce que Faster Jay montait un label. Donc on est sorti de chez Faster en license avec Delabel et on a fait « Juste fais là » un six titres.

Et comment vous avez appréhendé la suite de ce premier EP ?

Baste : On s’est aperçu que les gens kiffaient ce qu’on faisait et on s’est dit qu’on avait vraiment un concept original et particulier. En fait, on avançait comme ça, avant tout pour le kif du truc. On s’est jamais pris la tête à démarcher les maisons de disques. On savait qu’on avait que ça à faire, mais on savait qu’en étant un minimum sérieux et en cherchant un peu de plans ça pourrait avoir une continuité, même si c’est seulement depuis deux ans que ça démarre vraiment.

Vous vous qualifiez comment ?

B : Au départ on pense que c’est du rap : on fabrique des beats, on pose des lyrics dessus. On pense faire du rap. Après, on a une même ligne de conduite. On ne se force pas à être original, ça se fait naturellement. On évite quand même les clichés et les trucs génériques qu’on retrouve dans le rap. Dans ce que l’on fait, on marche à rebrousse-poil. On a jamais pensé à se positionner.
Après, le concept d’étiquette on s’en fout. A la rigueur, on invente dans nos lyrics des concepts d’étiquettes, on se les donne nous même les étiquettes. Au début, c’était Hip Hop de comptoir, après c’est vite devenu cradcore et en ce moment c’est pas mal SlipHop (rires…)

Slip Hop ?

B: HipHop fond de slip ! On fait du Slip Hop parce-qu’on débarque sur scène la bite à l’air comme Iggy Pop !!!

Vous vous en foutez donc complètement de ce que les gens pensent de vous ?

B : Non. Ca nous intéresse quand même d’être reconnu dans le milieu hiphop. Car on estime qu’on fait du rap et on pense qu’aux Etats-Unis il y a des équivalents qui sont mieux acceptés comme Alkaholiks ou à la rigueur The Beatnuts. On se retrouve à fond dans les délires de Beatnuts ou de Cypress Hill : ce sont des gens qui vont jouer dans des festivals rock. Après l’avis des autres : on s’en fiche un peu mais on fait notre truc pour que les gens qui aiment le rap kiffent notre musique. En fait, ils ont un peu peur de nous et ils se disent  »mais c’est quoi ce délire ??? » Entre temps il y a Eminem ou D12 qui sont arrivés avec leurs délires de défoncés. Quand nous, on est arrivés, les gens disaient  »Ouh c’est pas bien ! » et nous jugez mal en nous reprochant nos délires sur la boisson. Aujourd’hui pleins de groupes le font, et ça ne choque plus personne !
On sent qu’on peut plaire à pleins de gens différents. D’où l’importance pour nous des concerts. On fait des concerts dans des villes avec 200 personnes, on se dit qu’il y a plein d’autres gens à convaincre! Il faut qu’on les gaule ! Alors pour les attraper, on fait de la route et de la scène, façon Chirac … on va serrer des poignes dans le fin fond du Larzac!

Sur le premier LP, vous étiez pas mal « bière » , ensuite le deuxième était plus centré « vin rouge ». Alors, comment çà va se passer pour le 3eme LP : le degré d’alcoolisation va-t-il continuer d’augmenter ( rhum , whisky …) ?

B : La bière, le vin rouge, le whisky, le rhum…c’est clair qu’on aime. Après, on prend ce qui nous passe sous la main. Question boisson, l’équilibre entre le porte monnaie et la folie mentale, la qualité et la défonce vite fait, c’est pas facile à trouver…On n’ a plus 18 ans, on a lâché le délire 8.6, mais bon si je n’ai que 10 balles en poches et que je veux une assurance défonce, j’irai m’acheter une 8.6 !!! En fait le prochain album est plus axé sur les substances illicites…

Plus l’esprit Svinkels ?

B : En fait dans Svinkels, on a un état d’esprit qu’on adapte en fonction du thème qu’on a choisi. En délirant, un soir lors d’une fête, on se dit  »tiens si on faisait un morceau sur l’homme préhistorique »..après ça trotte dans nos tête, on en parle, on se demande comment on va pouvoir parler des hommes préhistoriques, trouver une musique adaptée! On compare nos phases pour pas se répéter. On part tout le temps d’un thème. On n’écrit pas façon freestyle. On se fixe des thèmes, presque de façon scolaire et on essaye d’en tirer une chanson. Pour le prochain album, on a une liste de thème qu’on veut aborder.
Comme on commence a être un peu lu et écouté, on n’a pas envie de dire que des conneries tout le temps. On a envie d’en profiter pour dire deux/trois trucs qui nous saoulent. On se force pas, on se dit juste qu’il faut le faire; un morceau social, politique, contre les têtes de cons par exemple…

 

Ca se ressent d’ailleurs ce côté un peu plus sérieux dans le EP  »Tapis rouge », au milieu de chansons de foncedés…

B : L’un n’empêche pas l’autre. Chaque être humain a ses humeurs différentes. Quand on parle de hip hop de comptoir ça nous fait penser aux brèves de comptoir : 2/3 de conneries et 1/3 de propos derrière laquelle il y a une vraie réflexion sociale. Notre truc social, c’est  » Nick les fachos, les racistes !  » : ça nous fait trop plaisir de taper sur leurs têtes. Là, on se fait plaisir. Sinon, pour les vrais problèmes sociaux, on essaye de prendre du recul et de faire ça intelligemment.

Vos influences musicales du moment ?

B : On écoute beaucoup de choses différentes. Du rap évidemment. Mais aussi des délires comme du vieux Marylin Manson, du vieux David Bowie. Il y a des trucs bien partout. L’autre soir, j’ai passé une soirée avec les Touré Kunda, je ne suis pas un grand fan de musique africaine mais quand les mecs se mettent à deux pour chanter et te taper une harmonique de dingue, t’hallucines !!!
Pour le hiphop : forcément on baigne dedans, on a grandi avec et y’a des vieux beats sur lesquels t’as toujours envie de bouger la tête. Il y a toujours ce feeling dans les bons morceaux de rap, ce beat qui te casse la tête…aujourd’hui y’a quoi…Smut Peddlers, High and the Mighty… Je peux te citer aussi Necro, Cage. Ou encore Eminem que je kiffe trop. Quand j’ai entendu  »My name is », j’ai vraiment adoré. Mais, Eminem ce qui me gène, c’est sa mise en scène. Il critique Christina Aguilera et en même temps il va changer trois fois de fringues pendant un concert. Tout en étant carré sur scène, il a ce côté schizophrène et il en joue c’est clair…En fait, j’aime bien les rappeurs qui ont un personnage, une carrure, un e et qui sont à fond dedans. Busta Rhymes par exemple est vraiment fort. Mais il y a d’autres gens aussi , par exemple , les Daft Punk qui ont aussi tout un concept :les mecs ne veulent même plus d’interview, ils demandent les questions avant. C’est à la fois de la poudre aux yeux et à fois une démarche artistique, comme se cacher derrière leur masque et ne pas donner un visage à leur musique.

Et côté featurings ?

B : Là , on a fait association de gens normals avec TTC pour Quality Street. La seule chose intéressante dans les featuring, c’est de faire des rencontres. TTC, je ne les connaissais pas. J’avais entendu parler d’eux et j’étais à Rennes un jour où ils passaient. Je suis allé les voir. J’ai dit  » Trouvez moi TTC !!! » et on m’a ramené Tekilatex!!! Je me suis présenté  » Salut Gérard Baste, des Svinkels » On a bu quelques bières ensemble et on a fait connaissance. On s’est revu par la suite chez Para One, le producteur de la mix-tape Quality Street. On a fait un morceau ensemble, le plus naturellement du monde.
Sinon j’aime bien aussi Lord Kossity. Mais je me dis  »qu’est ce que je vais foutre à faire un featuring avec Lord Kossity, ça va me coûter je sais pas combien et si ça se trouve, ça va être tout pourri !!! »
Par contre on a envie d’inviter des musiciens, des gratteurs, des bassistes pour rejouer les basses. On connait pleins de musiciens, on est pote avec Juan Rozoff qui fait du funk et qui avait posé un truc sur l’album de Disiz.
Sinon Matmatah, le groupe de rock français, sont aussi des potes, on fera sûrement un truc avec eux.

(Arrivée de Nikus)

Nikus: Tu sais nous on aurait bien fait un truc avec Renaud. On se dit Renaud/ Svinkels c’est un peu le même combat….mais bon il nous appelle pas…. (rires)
Et c’est pareil …. Ils font une compilation (Hexagone ndlr) sur les chansons de Renaud et les mecs nous appellent pas alors qu’on est les seuls à citer Renaud depuis le début !

Baste : Cà y est le Nikus est arrivé : çà va être vener !!! (rires)

B : Et quand on te parle de Renaud, la première chose qui te vient à l’esprit en rap, c’est Svinkels. Mais bon, les autres restent entres eux, fermés, dans leur clan à la con…

Un mot de conclusion sur le prochain album ?

B : On a enregistré en août. C’est peu être plus sérieux que les précèdents, sous folie bien sûr, mais on s’est calmé question fantasme…Nikus a fait pas mal d’instrus, électro-chelou, on a essayé de faire un peu plus musical et un peu moins bavard…(rires).Sur les 15 instrus, y’a aussi des trucs old school que Nikus a fait il y a 5 ans et qui continuent à nous correspondre.! Ca reste hiphop mais comme les gens du hiphop ne parlent pas de nous et qu’on a aussi des fans qui n’écoutent pas de rap, on a essayé de faire une musique qui pourrait correspondre aux deux publics.

Sinon , juste un dernier mot sur le clip de « Réveilles le punk » qui passe en boucle sur M6 depuis pas mal de temps ?

B :Ah oui…bah y’a un programmateur qui nous a kiffé et voilà. Encore un heureux hasard…maintenant le jour où le gars va sauter, ça va être la galère pour nous (rires) !!!

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