S’il existe une histoire d’amour qui dure depuis plus de trois ans, c’est bien celle qui unit la sneaker industry et la musique, dans un spectre assez large. Chanteur, MC, jazzman, percussionniste, beatmaker, producteur… Une manne pour les marques qui multiplient les contrats de sponsoring ou les collaborations (réussies ou franchement hasardeuses).

Musique et ses icônes, drogue, sexe et mode : voilà les fondements même du streetwear.

Inutile ici de prendre le relais des magazines people qui vous disent ce que portent les immondes Kardashian – West, d’analyser le dernier modèle vu aux pieds de Travis Scott, ou aller faire un tour dans le placard du grand DJ Clark Kent ou du nobélisable DJ Khaled.

Addict vous propose d’aller directement fouiner sur le bureau et les archives des designers pour y (re)trouver quelques pépites. Petits exemples plein de jolies photos.

 

JORDAN X A TRIBE CALLED QUEST

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A tous seigneurs, tous honneurs. Quand le plus grand joueur de tous les temps décide de trouver l‘inspiration esthétique de ses modèles sur le terrain musical, forcément on en parle. En 2001 la Air Jordan XVII se base sur le jazz et plus précisément sur les particularités du saxophone. Quelques notes sur l’empeigne, et le tout livré dans une valise de jazzman du plus bel effet.

Mais c’est ce modèle de 2009 qui nous intéresse le plus, connue sous le nom « Air Jordan 1 Tribe Called Quest ». Modèle iconique par excellence, la Jordan 1, modèle qui a lancé la légende du numéro 23 et changé à tout jamais la manière de « consommer » des sneakers se mue en version « high », avec un strap comme sur les premiers modèles de Air Force 1. Le tout aux couleurs si emblématiques du groupe de la Native Tongue, et du non moins mythique « Midnight Marauders ». Sortie en quantité archi limitée, et accompagnée d’une ligne de t-shirts, cette paire mêle tissu et cuir aussi bien que Q-Tip et Phife se mélangent au jazz et aux beats d’Ali Shaheed.

Une réussite, malheureusement Jordan Brand préfère désormais faire des modèles particuliers pour certains artistes mainstream comme Macklemore ou plus récemment Drake.

Disponible encore sur ebay, à condition d’être (très) patient.

 

NIKE DUNK PREMIUM SB X DE LA SOUL

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La Native Tongue toujours à l’honneur avec cette fois-ci la branche De La Soul. Le streetwear qui se nourrit de sports US mais aussi du skateboard (Stussy et Supreme en sont les principaux exemples), et la firme de Beaverton lance en 2005, avec ses jeunes designers fans de longue date du groupe et de sa musique, un modèle Dunk Low Premium SB (pour SkateBoard) rendant hommage au premier opus de De La Soul. Cette collaboration a été fondamentale dans les premières années de Nike SB, et la paire en est devenue l’un des modèles les plus symboliques.

En 1989 De La Soul décide de chambouler les tendances de l’époque dans le milieu du hip-hop, arborant plus un « peace sign » que les insignes de pirate des LA Raiders (voir Addict de septembre), et avec un propos tout aussi différent. Posdnuos, Trugoy the Dove et PA Mase (ou leur surnom Plug 1, 2 et 3) ont rejeté le style agressif et « m’as tu vu » de l’époque (le fameux « Me Myself & I » en atteste) en choisissant un mode plus ludique et léger. en agrandissant le public de ce style musical. A travers leur légendaire album « 3 Feet High and Rising », De La Soul lance le D.A.I.S.Y. Age (ou l’ère de la marguerite, acronyme de Da Inner Sound Y’all), auquel Nike a voulu de nouveau rendre hommage en 2015. Célébrant le dixième anniversaire du premier modèle coupe basse, la De La Soul Dunk a présenté toute nouvelle version haute : cuir blanc avec une empeigne holographique en vinyle (forcément), en référence au graphisme de la couverture de l’album phare du groupe.

En fouinant, vous pourrez encore mettre la main dessus (notamment chez les outlet Nike).

 

ADIDAS LABEL SERIES

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Oui, je sais : Adidas c’est forcément RUN DMC, leur contrat à un million de dollars, et les Superstar (ou Ultrastar selon le cas). Ce sont les milliers de fans qui se déchaussent pour montrer qu’ils ont bien suivi la hype du moment et écouté les préceptes de Jam Master Jay et consorts.

Mais la firme allemande a plus d’un fan dans son sac, un rapport beaucoup plus large à la musique, et a décidé en 2008 de rendre hommage non plus à des groupes, mais aux labels mythiques de la musique noire américaine. Et surtout aux pionniers qui ont su, comme RUN DMC, populariser des mouvements au départ censés s’adresser à quelques uns.

Tout d’abord la Motown, qui met des artistes noirs dans les postes de radio et sur les platines des blancs en quête de sensations fortes. Pour honorer l’héritage de la firme de Detroit, un“Motown Pack » a vu le jour. Et une superstar noire et grise, avec le logo du label (dans sa version californienne, en grosses lettres) sous la semelle.

Introuvable (on a cherché pour vous : rien, nada).

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Ensuite, Blue Note. Cette fois ci c’est le fameux « Pro Model » qui a été adapté aux couleurs grises et bleues, sans oublier la présence du désormais fameux logo « finest jazz since 1939 » et du non moins fameux saxophoniste. Original et classe à la fois, le pack Blue Note comprend également une superbe veste , et est curieusement resté totalement confidentiel lors de sa sortie.

Archi introuvable (on a encore cherché pour vous : que dalle, la cata).

Vous l’avez compris, Adidas est allé saluer les labels les plus pillés et samplés qui soient par le hip hop. Une sorte de « prequel » à la folie RUN DMC.

 

REEBOK x KENDRICK LAMAR

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Les anglais ont toujours un coup d’avance en matière de musique, et si Reebok est à la traine (pour ne pas dire à la rue) face à ses illustres concurrents, ils ont frappé fort en 2015 en offrant à Kendrick Lamar son propre modèle, comme on l’offre à un sportif. En même, le gars Lamar est considéré par tous comme le futur du hip hop US, et son dernier opus « To Pimp A Butterly » restera comme l’un des meilleurs disques de la décennie. Il n’hésite pas à y lancer un appel de réconciliation (déjà amorcé dans « Good Kid, M.A.A.D City », son album précédent) entre les gangs qui déciment Los Angeles et depuis des décennies, les Bloods et les Crips. Le protégé de Dr Dre, lui aussi de Compton, réinterprété la fameuse Ventilator (qui fête son quart de siècle cette année).

Le résultat est plutôt réussi : les Crips d’un côté, les Bloods de l’autre à travers les couleurs rouge et bleues sur chaque talon. Les languettes affichent le nom de l’artiste et l’intérieur porte la mention « Neutral », plaidoyer pour l’apaisement.

130 euros quand même pour une paire de Ventilator, mais le code couleur et les matériaux sont plutôt intéressants. On paye le nom de Kendrick Lamar, mais quand on aime…

Si vous êtes passé à côté, ebay saura vous rappeler que vous auriez du suivre votre instinct, parce qu’il n’y aura rien à moins de 220 euros.

 

 

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, mais montre qu’au delà de rendre hommage aux groupes mythiques ou à leurs racines, l’industrie de la sneaker sait se réinventer, et travailler aux côtés d’artistes émergents.

Bien entendu, les risques restent limités (pas de modèle NWA ou Snoop Dogg) et le message plein de bonnes intentions (peace, love & nostalgia…), mais ces collaborations feront rêver les collectionneurs et autres addicts pendant encore de nombreuses années.

 

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