L’ABC Paulista – une agglomération industrielle de l’Etat de Sao Paulo qui regroupe les villes de Santo André (A), S?o Bernardo do Campo (B) et S?o Caetano do Sul (C) – est un bastion du street-art depuis les années 80. A Santo André, les graffeurs ont même leur candidat aux élections municipales.

Au sud de São Paulo, on retrouve Danilo Roots, une des figures du collectif Nasa*. Il attend quelques uns des graffeurs de Santo-André, une banlieue de classe moyenne entourée de favelas. Leur mission du jour : bomber les murs d’un parking pour un gros sound-system à ciel ouvert. Entre deux coups de peinture, Danilo nous décrit l’état de la scène graff locale :

« Le graff est d’abord né dans les favelas et les quartiers populaires. Ensuite, il s’est propagé jusque dans la classe moyenne basse, avant d’être apprécié par toutes les classes sociales. Mais si les dessins sont valorisés, les tags sont encore très mal vus au Brésil » résume Danilo.

« Vandalismo »

La presse brésilienne dénonce régulièrement le « vandalismo » des « pixaçao », ces lettrages qui montent jusqu’au sommet des immeubles.

Mais les dessins à la bombe sont entrés dans les galeries d’art depuis plus de dix ans. São Paulo a même fait du graffiti un instrument d’embellissement de la ville. Après avoir interdit l’affichage publicitaire, déclarée « pollution visuelle » depuis 2007, une loi sur le mécénat permet de financer d’immenses fresques dans la ville.

Quelques pointures comme les frères Pandolfo (Os Gemeos) ont intégré le marché de l’art international et sont souvent sollicités pour des commandes publiques. Mais les tagueurs anonymes sont toujours confrontés à des lois anti-graffitis qui prévoient une série d’amendes et de peines comprises entre 3 mois et 12 mois de prison. Les graffeurs de Santo-André doivent aussi gérer d’autres problèmes comme le prix du matériel :

« Les bombes made in Brasil sont de mauvaise qualité. On utilise donc des bombes importées d’Angleterre, d’Espagne ou d’Allemagne. Mais c’est bien plus cher qu’en Europe, on ne trouve pas de bombes à moins de 15R$ (6 euros environ) l’unité ici» explique Danilo. (2)

Peinture au latex

Pour réduire les coûts, les graffeurs de Santo-André utilisent souvent de la peinture au latex qu’ils mélangent à des colorants. Puis vaporisent (3) la mixture sur les murs pour obtenir un fond homogène. D’autres étalent la peinture au pinceau histoire de ne pas vider leurs bombes trop vite. Et beaucoup se contentent de deux ou trois couleurs pour réaliser leurs fresques.

De son côté, Danilo utilise les restes des « sprays » financés par quelques commandes de particuliers ou d’entreprises. En participant à la Call Parade, un concours pour customiser plus de 100 cabines téléphoniques dans Sao Paulo, il a pu exposer sur une avenue passante de São Paulo.

Ses motifs « Flower Power » lui ont fait gagner une audience, avec un millier de fans inscrits sur sa page Facebook en quelques jours. Mais c’est un dessin posté sur une page Instagrafite (4)qui lui a donné le plus de visibilité : en une journée, 22 000 personnes ont liké sa Flower Girl.

«  Après un accident de moto, je me suis retrouvé deux mois immobilisé. Du coup, j’ai repris le dessin. Au départ, je faisais plutôt des tags en m’inspirant des lettrages que les indiens utilisent pour les tatouages. Mais là, je cherchais un personnage qui tranche vraiment avec la grisaille de la ville. C’est comme ça que sont nées les Flower Girls : des déesses de la nature qui poussent dans l’une des zones les plus polluées du monde » raconte Danilo. (5)

Vamos a luta !

Son pote, Ney Braga (6-7-8), le candidat des graffeurs, apprécie le travail. Il nous raconte sa vie de coursier pendant onze ans et le jour où il a plaqué son job de motoboy après une sérieuse chute de moto. Aujourd’hui, il monte au créneau contre l’indifférence de l’équipe municipale en place :

«  Il y a au moins 200 graffeurs à Santo André. On est devenu une référence du graff au Brésil dans les années 90. On a même eu une Mostra Internationale du Graff en 2000. Mais malgré ce dynamisme artistique, la mairie nous ignore totalement » dénonce le graffeur candidat à un poste de conseiller municipal.

«  Pour eux, la culture, c’est de dépenser tout le budget annuel pour faire venir un groupe de pagode du Nordeste. Ils font une grande fête et le reste c’est du clientélisme pour s’assurer des voix » enchaîne Ney Braga.

« Nous, on utilisera le budget pour financer les productions des artistes de Santo-André, proposer des formations artistiques et faire de l’inclusion sociale en aidant les jeunes des favelas à rentrer à l’université » promet l’ex-coursier, qui se présente sur une liste du Partido renovador trabalhista brasileiro (PRDB), un parti très-minoritaire au Brésil.

S’il fallait élire la plus belle affiche électorale : Ney Braga partirait favori avec son slogan : « Santo André e nossa ! Vamos a luta !»**. Difficile d’évaluer ses chances. Mais au Brésil, le complexe mode de scrutin proportionnel réserve souvent quelques places à des invités surprises. Verdict les 7 et 28 Octobre prochain.


article d’Octave BONNAUD

* Nasa : Núcleo de Ações Socioculturais Ativista (Groupe activiste d’action socio-culturelles).

**Santo André est à nous ! Luttons tous ensemble !

Danilo Roots :

http://www.flickr.com/photos/danroots/

https://www.facebook.com/danroots

Ney Braga :

https://www.facebook.com/pages/Ney-Braga-DazRua/176853945721592