Que se passait-il au Grand Palais, le 21 juin dernier? Pourquoi tout le monde était-il ainsi de blanc vêtu? Etait-ce une soirée hommage à Eddy Barclay? Ou peut-être qu’une secte locale avait loué le lieu pour sa kermesse annuelle? Non, rien de tout ça et vous le savez parfaitement (qui n’était pas au courant?) donc ne posez pas de questions idiotes, voyons. A l’occasion du décrochage de l’expo « Excentrique(s), Travail In Situ » de Daniel Buren, Le Grand Palais organisait à domicile une Fête de la Musique, plus portée sur la « fête » que sur la « musique ». Comme toutes les Fêtes De La Musique, vous direz nous? C’est vrai. Mais celle-ci était splendide en tous points.

Il y a bien longtemps, dans un titre de "L’Atelier", Fuzati clamait : "C’est la Fête De La Musique mais comme toutes les fêtes, je n’ai pas été invité / Je crois que la musique ne m’a jamais aimé".

 

Comment ne pas penser à cette punchline avant même l’entrée du Bal Blanc. Accessible uniquement sur invitation, ce Bal Blanc était réservé à quelques (4000) happy fews via jeu-concours (ou autre) faisant de l’évènement une des soirées les plus courues de la capitale. Mais le prestige de la soirée n’était pas tant dans la mondanité que dans l’uniforme, la scénographie, la programmation ou… le lieu.


 


C’est vrai que l’idée de célébrer la musique dans un musée peut paraître aussi incongrue que de déjeuner dans une salle de gym, faire un jogging au cinéma ou dormir au zoo. Et pourtant, grand lieu d’Art parisien devant l’éternel, accueillant toujours avec goût et érudition des grands faits d’art (Picasso, Warhol, Monet… Ou encore une retro sur l’Histoire des jeux vidéos), une Fête De La Musique au Grand Palais c’est une grosse promesse à laquelle certains s’étaient sentis dupés l’an dernier avec le Leviathan d’Anish Kapoor mis en musique par Richie Hawtin.


Merveilleusement mis en lumière par 1024 Architecture, le "travail in situ" de Daniel Buren faisait pleuvoir des couleurs sur une foule servant d’écran blanc et animant ces dernières en fonction de ses mouvements. Monumenta était l’extrait d’un rêve furieux où le LSD est servi librement aux comptoirs. Ce rêve s’appelle les 60’s. Au delà de la poésie psyché se dégageant de la scène, We Love avait eu le goût de ne pas convier un groupe de reprise pour nous jouer douze fois Hotel California mais le haut du panier de ces dernières semaines en terme de B2B : Jamie XX et Caribou.




Accompagnés par un Jamie XX (toujours) excellent dans ce genre d’exercice, Four Tet et Caribou se sont livrés à un back-to-back truffé de longueurs. Quasiment un oxymore. Pourtant brillant comme un phare dans la nuit lors de son ping-pong face à Jamie XX pour la Boiler Room, Caribou a plongé avec Four Tet ce soir-là dans un ventre mou de l’électronique assez peu courant (et couru) en DJ set. Heureusement, chez eux, le mauvais reste au-dessus du seuil de pauvreté global. Leur performance transparente aura au moins eu le mérite de faire place belle à un Jamie XX égal à lui-même, d’humeur plutôt chauvine (beaucoup de bass music et de future garage) et toujours hyper racée.




Ce Bal Blanc au seing de Monumenta reste (et restera) néanmoins une expérience singulière et une très belle initiative de la part de We Love Art et Creators Project (habitués à pondre des bonnes idées) de valoriser autant le patrimoine que la musique contemporaine en les faisant échanger.


Une petite séance diapos :



 



 






Crédit (des magnifiques) Photos : Inga Kundzina