Forts de leur expérience, deux des groupes les plus influents de leur génération (La Caution et la Scred Connexion) jettent un regard bienveillant sur leurs cadets et leur confient les clés d’une carrière durable. Entretiens avec Koma, Morad, HiTekk et Guizmo de l’Entourage.

"Un bon wagon" juge Koma de la Scred Connexion à propos de la génération montante. Et l’un des plus éminents représentants de la scène Rap d’adouber au passage Vîrus, Demi portion, Kacem Wapalek, Camélia Pand’or,  Shein B, Jazzy Bazz et La Jonction. A ses côtés, Morad ne peut qu’appuyer, lui qui les a quasiment tous invités sur son dernier album "le survivant".

Pour ce dernier, c’est avant tout la plume, la verve lyricale qui retient son attention chez un MC. Même si, au sujet de Kacem il loue également la technique. "Il sait tout faire !" Du rap au ragga en passant par le slam ou le chant, l’artiste muti facettes devrait sortir son album courant 2012.

Un Ovni ? Un bel exemple en tous cas que le Hip-hop n’est pas frileux, qu’il y a de la place en son sein pour toutes sortes de talents. Si le spectre s’est élargi, que beaucoup de personnes en sont venues à écouter du rap ces dernières années, c’est certes à la faveur des réseaux sociaux et Internet (cf. Part 1) Mais également grâce à l’oeuvre de pionniers, au rang desquels le groupe La Caution : HiTekk et Nikkfurie.

"On a ouvert la voie" estime HiTekk. "On"? La scène rap alternative de la fin des années 90, qui comptait entre autres TTC (avec qui La Caution a sorti plusieurs mixtapes sous le nom de L’armée des 12) le Klub des 7 (comprenant Fuzati du Klub des Loosers James Delleck, Gérard Baste des Svinkels, Cyanure et feu Fredy K membres d’ATK).  "Dans quelques temps, tout le monde fera ce qu’on fait / Attends simplement que tout le monde analyse et voie ce qu’on fait…" lançait HiTekk en 2000 sur "l’antre de de la folie".
"Nos influences ne se limitent pas au rap français. D’ailleurs je n’en écoute quasiment pas. Sinon ça s’entendrait." avoue-t-il aujourd’hui. "On a toujours été hyper pointus. Ma seule référence : l’album précédent, il s’agit de faire mieux. La qualité est la seule finalité de mon taff… Et Nikkfurie est le meilleur beatmaker du monde."

Le défi n’était pas que musical confie -t-il. "Au départ des rappeurs venus de Versailles (c’est le cas de Fuzati) passaient pour des petits blancs qui gazaient. Enfin c’est le genre de trucs que je pouvais entendre à l’époque. ça faisait pitié" soupire-t-il.
A l’inverse, les concerts de La Caution passaient pour fédérateurs : "Tu voyais autant des mecs de cités que des punk, des mecs fashion, des nanas…Guizmo, du haut de ses 20 ans, confirme : "En concert tu fais face des petits de 13-14 ans. Des petits blonds aux yeux bleus! Ils viennent peut être pas de la même classe sociale que moi. Mais sans doute ressentent ils le même mal être, et le même besoin de l’exprimer. La société oblige les jeunes à être mûrs plus tôt" accuse-t-il. "Ils sont confrontés à des trucs dont on a pas idée. Et c’est pas la faute du rap." L’époque a changé assure-t-il. "Dans les années 90 les gens qui écoutaient du rap étaient montrés du doigt. Ce n’est plus le cas maintenant, le Rap s’est démocratisé" Et les rappeurs sont aujourd’hui à l’image de leur public, pas exactement des prototypes de mecs de banlieue…  "Juvéniles" tranche HiTekk. De son point de vue, "les kids de maintenant ont rencontré leur public. C’est vif, c’est frais, spontané, comme Sniper ou la FF quand c’est sorti. Mais ce n’est pas très novateur.  Ils emploient de vieilles recettes, rappent comme untel ou untel et au final ça sonne comme il y’a dix ans."

Un constat qui réjouit plutôt Koma, pour qui "les jeunes ne doivent pas oublier grâce à qui ils sont là". Il parle de "passage de relais" en s’appuyant sur l’exemple de cette émission télévisée aux Etats-Unis, où la nouvelle génération reprend les morceaux de leurs illustres prédécesseurs en présence de ceux-ci, ou font des featurings. "Parce que, confirme-t-il, ça va très vite. Tu restes jeune 4-5 ans. Et puis en clin d’oeil, tu approches déjà la trentaine."

Une recette miracle pour durer ? "Rester unique, original et novateur", un précepte cher à La Caution. "Jamais dans la tendance mais toujours dans la bonne direction" … -Evidemment-. "Rester moi même" estime Guizmo "mettre des oeillères : regarder devant, oublier ce qu’il y avait derrière (sic) et ne pas calculer ce qu’il se passe sur le côté." La modestie, ajoute Morad : "Tu ne feras jamais plus de 3 repas par jour"

Occuper le terrain : faire de la scène, sortir des disques (ou plutôt des EP à télécharger). Dire quelque chose de son époque, évoquer l’actu, la politique, etc mais sans négliger la rime. Koma rappelle ce qu’il peut en coûter lorsqu’on s’évertue à faire "ce qui marche" : "A force de vouloir vivre avec son temps, on disparaît avec son époque."

Interview : Guizmo (avril 2012)

Par Charles Faugeron pour 90bpm