Peut-être est-ce parce que son nom évoque une marque de chaussures que ce grand bonhomme de Clark a fait autant de chemin. Le fait est, en six albums (en comptant les deux sortis sous son identité complète), Clark nous a fait visiter un continent de pays étrangers trouvant enfin leur capitale en Iradelphic. Une visite des lieux s’imposait, nous avons demandé à Clark de nous guider.

Descartes disait que "tout esprit profond avance masqué". René ne le savait pas (quoi que) mais il parlait un peu de Clark. Peinant à se dévoiler et protégeant sa musique comme une mère louve d’une interprétation officielle, Chris porte le sarcasme à la même hauteur que ses productions. Une méfiance à l’égard des journalistes et du recyclage potentiel de ses propos qui suscitera à plusieurs reprises chez Clark des réponses telles que "Tu peux voir dans Iradelphic absolument ce que tu veux!" ou "si tu veux que ça soit ça, c’est ce que c’est !".


Clark n’est pas un mauvais bougre, il préserve simplement son nouvel album de la démystification. Et quelque part on le comprend. En six albums chez Warp, Clark a quelques fois cité du bout des lèvres des camarades de label mais il demeure un territoire à part de l’archipel électronique. Singulier, hors-pair, Chris l’est déjà parce qu’il ne pense pas en termes de champs musicaux. "Je ne segmente pas la musique. C’est une distinction que les médias imposent à mon esprit. Ou du moins qu’ils font à mes productions. Black Stone, Secret, Henderson, ToothMoves. De l’IDM? Hahah! Hilarant! Le terme/concept d’IDM est une mauvaise blague qui semble être bloquée dans les crocs des journalistes américains qui ne connaissent rien à la musique Britannique depuis bien trop longtemps. C’est sale, hors-sujet et encore une fois, une blague. Mais c’est vrai, j’aime le free jazz, j’aime Popol Vuh. Est-ce qu’ils sont prog rock? Ne sont-ils pas simplement Popol Vuh? ". Nommer les choses, cela permet de les appréhender. En refusant toutes étiquettes, Clark s’offre l’opportunité d’évoluer en toute autonomie, de se faufiler entre les codes et de s’autoriser à être insaisissable. Chris est sa propre boussole, chose qu’il résume en racontant son sentiment d’être " où toute compétition a disparue".   


Concrètement, Clark ira jusqu’à me dire qu’il sait pas, ne peut et ne veut pas dire ce qu’est cet album. Une volonté de non-analyse pour préserver sa créativité de l’érosion : "J’essaie vraiment de ne pas trop considérer ce que peut être ma musique, ce genre de réflexions n’amène que des problèmes. Lorsque je réécoute mes albums, je me rends compte qu’il y a certaines choses que j’ai exploré il y a bien longtemps et que les auditeurs ne découvrent que maintenant. Je ne cherche pas à savoir si ma musique s’inscrit dans ci ou ça, si elle est avant-gardiste, qu’importe… j’aime juste explorer en prenant la liberté d’éviter les étiquettes. Echapper aux définitions, diviser les opinions… C’est divertissant pour moi".

  


Toujours dans cette logique d’orphelin iconoclaste, Clark reprouve toute idée de mentors qu’il trouve "malsaine" et produit avec pour seul objectif : "exciter mon état d’esprit et imaginer mon auditeur être un individu le plus ouvert possible avec des oreilles extrêmement raffinées et un cerveau en pleine santé". À en croire Clark, apprécier Clark, c’est gratifiant. Ça l’est redevenu du moins, puisque successeur de Totem’s Flare – qui avait cette capacité de partir partout pour n’aller nulle part – Iradelphic renoue avec l’idée lancée à l’époque de Body Riddle d’une grande œuvre à trame narrative forte. Si vous voulez, Iradelphic est plus qu’une B.O, c’est le film en lui-même. "Je pense que tu recherches toujours une trame narrative forte dans ta musique, pas forcement en terme de mots, mais dans les thèmes. Tu as besoin d’elle pour accompagner l’album dans la longueur jusqu’à sa conclusion". Mais si Iradelphic était effectivement un film, lequel serait-il? "Du genre indescriptible" me répond Clark (évidemment). Mais ce sixième album a pourtant des ressorts dramatiques notoires, il a de l’adrénaline dans sa sève, une menace larvée et inintelligible, quelque chose d’un thriller surréaliste.


 


Seule véritable faiblesse d’Iradelphic, cette impression de production post-downtempo, quelque peu datée (pour ne pas dire périmée). Une citation tellement sporadique, succincte et provenant d’un compositeur qui ne s’est jamais soumis au genre qu’elle ne ressemble même pas à un clin d’œil nostalgique mais plutôt à un suintement inconscient. Rebond magnifique d’un producteur au génie essoufflé depuis Body Riddle en 2006, Iradelphic  ne révolutionne pas Clark mais le replace sur son propre trône. La preuve que l’on peut être et avoir été.


Des kits (albums+poster+sticker) Iradelphic sont à gagner sur 90bpm.