Le Rap français n’est pas mort, au contraire il vit sur Internet, véritable bouillon de culture propice à l’émergence de nouveaux talents.

"Le Rap c’était mieux avant". Les Tshirts avec cet imprimé ont fleuri ces dernières années. "C’était juste mieux avant que t’arrives" rétorque Guizmo à son adversaire au cours d’un Rap Contender d’anthologie…

Ces battles ou deux rappeurs se font face et s’attaquent à tour de rôle. "Tous les coups sont permis : attaques personnelles, aussi bien sur leurs raps, que sur le physique, comparaisons peu flatteuses et humour cinglant, le tout dans la bonne humeur" détaillent les organisateurs sur leur page Facebook.
 
Ces manifestations, dont les morceaux choisis totalisent plus d’un million de vues sur Internet, sont les cousines des nombreux "open mic" organisées à travers la France, comme les soirées "réflexion capitale" à la Miroiterie à Paris. L’occasion pour d’illustres inconnus de faire l’expérience de la scène dans une atmosphère bon enfant ou l’on se respecte, on s’encourage… et on se chambre aussi. Passage obligé pour quiconque veut faire du rap, comme on le voit dans le documentaire de Mr Rocket "Smells like Hip Hop" diffusé à partir du 14 mars sur Canal Street, et dont 90bpm est partenaire.

Internet n’est que le prolongement de tels événements. Parce que cela permet de les retransmettre, mais aussi de diffuser son propre son, et ses clips, tournés au 5D sur son toit , dans la rue ou sur fond blanc (ci-dessous).

Sur Youtube les rappeurs livrent un échantillon de leur rap le temps de quelques mesures. Ces punchlines, ou morceaux de bravoure sont l’unité de mesure à l’aide de laquelle les rappeurs se jaugent, se répondent… et conquièrent leur public ! De ce point de vue, cette génération dispose d’un argument de taille, forte d’une verve lyricale prononcée, et d’un flow techniquement très abouti. Ils rivalisent d’inventivité, se défient et parfois s’accrochent, se clashent, pour le plus grand plaisir des internautes qui apportent leur suffrage à l’un ou l’autre, via leur page Facebook ou leur compte Twitter.

Dans le Rap, on existe avant tout à travers des collectifs, à géométrie variable : la Fronce, l’Entourage, le S-crew. Des formations solides, ou qui durent le temps d’un concert, d’un maxi, ou d’un clip, et qui au passage frappent des T-shirts de leur logo. Parfois le rapprochement ne dure que le temps d’un morceau, d’un featuring. Les amis d’hier peuvent devenir une cible le lendemain et vice versa. Tout cela agite la blogosphère et nourrit le buzz. "Ce faisant, ils s’inscrivent dans la plus stricte tradition hip hop" juge un fin connaisseur du milieu, chef de projet dans un label spécialisé.

Et ce serait bafouer cette tradition que d’en ignorer les autres dimensions : le graffiti et la danse. A l’occasion de la sortie de "l’Apogée", la Sexion d’Assaut a créé l’événement chez Wati-B dans les Halles à Paris en donnant rendez vous à leurs fans pour une séance de dédicaces, lesquels étaient accueillis par une gigantesque bannière peinte à la bombe le jour même. Le week end dernier, le festival de danse Hip-hop "Juste Debout" a rassemblé plus de 16.000 personnes à Bercy.

Il va sans dire que les maisons de disques sont très attentives à la réapparition de ce phénomène, lequel fait passer Booba, Rhoff ou Sefyu, les rappeurs qui vendaient le mieux jusqu’à présent, au second plan. Mais les règles du jeu ont changé : ces artistes qui distribuent depuis des années leurs EP en téléchargement gratuit sur Internet, ainsi que des clips vidéos à la pelle, rechignent avant de signer chez une Major. Le label Jive Epic qui distribue l’album de la Sexion d’Assaut (l’Apogée)a du composer avec le label indépendant Wati-B qu’ont créé les artistes. Le posse 1995 lui a passé un accord -conçu sur mesure- avec Polydor (Universal) lequel ne prend en charge que la distribution de la Suite, leur laissant les coudées franches pour le reste. De tels accords sont ils viables ? Vont ils permettre à ces groupes de s’épanouir et de continuer à faire honneur au rap français ? Laissons les faire. "Demain c’est loin" chantait IAM en 1997.

FIN DE LA PREMIERE PARTIE


Par Charles Faugeron pour 90bpm.com