Début décembre la grande famille (ou presque) de 90BPM s’est offert, en accord avec le C.E, une petite sortie scolaire aux Transmusicales. Il a fait nuit pendant trois jours mais globalement on s’en fout, nous y étions pour dénicher du produit frais comme un boucher à Rungis. Comme aux Transmusicales on trouve beaucoup de tout et un peu de rien, notre équipe a sélectionné, pour vous, les higlights de ces trois jours.

UNE VISION DES CHOSES : LUCAS
 
Premier constat cette année, Les Trans ne jouent pas à guichets fermés. 50 000 spectateurs contre 58 000 en 2010. Deuxième regard : Les Trans ne proposent pas de têtes d’affiche. Alors commençons par la fin, la conf de presse – débriefing de 3h du matin en compagnie des deux co-directeurs du festival, Jean-Louis-Brossard et Béatrice Massé. A la question « Est-ce que cette année si vous n’avez pas fait le plein, c’est justement parce qu’il n’y avaient pas de locomotives ? », Brossard répond, agacé : « Oui, c’est évident. Mais pourquoi y’en a pas ? Parce que y’en a pas […] Je ne vais pas aller chercher un groupe qui t’amène du monde et qui n’a rien à voir avec l’histoire des Trans. Quand on a fait les Beastie Boys ou M.I.A , ca avait une signification parce que c’est une musique qui nous correspond, c’est peut-être plus connu, mais artistiquement, c’est comme le reste ». Et Massé de poser le constat: « L’économie des Trans est une économie d’artisanat, qui n’est pas basée sur un modèle économique de tête d’affiche, Les Trans se définissent comme un prototype […] Clairement il n’y a pas d’intérêt à refaire Fugees ou autres têtes d’affiches. Fugees c’est le plus beau déficit du festival ».

 
C’est dit. Alors pourquoi, au regard de ces deux jours,  le sentiment d’une course poursuite à l’ultra-découverte fait-il rage dans nos têtes? Un week-end passé à jongler entre beaucoup (trop ?) de formations toutes aussi intéressantes les unes que les autres, mais dénuées du charme de la claque qui nous scotche en front-stage, naturellement. Alors oui, Les Trans sont un artisanat de niches, une mega Scop de la musique tarée, mais attention à ne pas devenir une usine d’érudition musicale ou de Suicidal Tendencies. Cette excroissance maligne de la musique « de tendances » atteint son summum avec les lives de SBRTKT, Spank Rock ou Agoria. Peut-être aussi un phénomène d’appauvrissement des bangers électro de qualité qui devraient peupler les nuit du Hall 9…qui sait ?
 
On retiendra cependant quelques temps forts, arrêtons de cracher dans la soupe : Zomby et son junk mix Uk garage, old-school jungle (sisi), swag, grime et partiellement dubstep, Silverio pour ses trasheries en slip en fin de nuit, TEED pour reprendre le flambeau d’Hot Chip en moins bien (forcément), Niveau Zero et sa subtilité de boucher moldave, les néo-zélandais Orchestra of Spheres éditant live rumba, post-punk et disco, les copains de Souleance jonglant avec l’hybride…Bref plein de belles choses. On finira par le concert d’anthologie, ou la réinvention du bruit, dans un Hall vide à 5h du matin : Factory Floor, petit trublion post-indus, perdu dans la programmation. Les anglais sont bourrins et jouent très, très fort. D’ailleurs les gens se barrent vite, ça devient douloureux. A la fin de cette cyclothymie d’usine, le public se regarde, abasourdi. « Throbbing Gristle, c’est pas mal aussi », me dit-on en rigolant. « Hein ? ». Ca y’est je suis sourd.

 
UNE AUTRE VISION DES CHOSES : MATHIAS
 
Faire jouer un groupe nommé Breton à Rennes, relève presque plus de la Private Joke finistérienne que du nez creux au service de la programmation. Si sur CD, les Anglais ressemblaient à du sous-Kasabian gonflé à la bass music, sur scène Breton ressemble à du sous Kasabian dégonflé. On en a vu peu et c’était déjà trop. Toujours au rayon déception, SBTRKT qui montre les muscles avec ses deux batteries même si on aurait aimé voir les tripes.Ca roule à plat et ça choppe tous les nids de poules. Mention "Félicitations du jury" pour Motor City Drum Ensemble. Tenir un public de la sorte à 4h du matin c’est vraiment classe. Avec du remix de choix, une culture hors-pair de la b-side, un pont solide entre Detroit et l’Allemagne et du groove à en décorner les bœufs, MCDE c’est le type à suivre de près. Surtout depuis son merveilleux et très prometteur L.O.V.E qu’il a glissé dans son DJ-Kicks. Mention "Totallement Enorme" pour Totally Enormous Extinct Dinosaurs. Un set qui dévoile un digne successeur de Joe Goddard (et même des Hot Chip plus globalement) avec en prime des gogo-dancer de l’âge de pierre à ses côtés. Simplement jouissif.
 
Nous reviendrons évidemment sur le curieux choix des Trans de programmer Zomby à 21h. Il fume joint sur joint, s’envoie une bouteille de champagne comme si c’était de l’Evian mais le type assure un DJ-Set en marbre laqué qui prouve le vrai-bon dubstep n’a rien à voir avec Skrillex. Mais ça, il y avait trop peu de monde à 21h pour le savoir. Qui fût le plus médiocre entre Spoek Mothambo et Spank Rock? C’est à peu près équivalent, on en attendait beaucoup et on a eu que très peu. Pas moins divertissant qu’un bon Derrick (douzième saison). Personne n’était vraiment d’accord sur le cas Agoria : trop encyclopédique jusqu’à en devenir chiant ou juste purement authentique? Un nouveau set allant des débuts de la Techno à nos jours plutôt bien senti, pas punchy mais délectable qui aura au moins le mérite de bonder le plus grand hall du parc expo comme un RER des jours de grève. La Techno en plus. 

UNE DERNIÈRE VISION DES CHOSES : ÉMILIE LAYSTARY

Les Trans Musicales est peut-être le festival français par excellence qui tient à la fois du marathon sportif, de la colo de vacances, du week-end en famille et de la sortie organisée par le comité des oeuvres sociales. D’ailleurs, la sauterie rennaise ressemble moins à un festival qu’à des rencontres. Le temps de 3 nuitées, une grande partie de notre west coast hexagonale et les petits ouvriers de la musique parisiens se sont retrouvés exportés dans un coin du pays qu’ils ne connaissent normalement que pour y avoir une tante ou deux.

Sur place, le traditionnel enthousiasme a été inversement proportionnel à la satisfaction post-festivités. Comprendre : un sentiment de déception (aussi palpable que le sombre ciel local) planait. « Pas de tête d’affiche » regrettaient les uns, « des prestations au rabais » reprochaient les autres.

À l’arrivée, entre le bar à vin et les huîtres, de belles éclaircies musicales tout de même. D’abord, la prestation de Kütu Folk Records, que tous les convives avaient à la bouche : des concerts intimistes et une belle interaction avec le public. « Bonne ambiance » comme disent les jeunes de mon âge (et il paraît que mon statut de cadette de la rédac m’autorise ce genre de terminologie). Dommage; chez 90bpm, on les a ratés.

Ensuite, Breton, qui comme son nom ne l’indique pas, est un groupe anglais. Un live hyper Breaking Bad (scénographiquement parlant) et « Edward the Confessor » qui sonne juste même dans une salle tristement vide (la faute à l’heure qu’il était – 21h). Ce qui explique le conflit des épithètes à la sortie : là où certains, enjoués, ont trouvé le set « hypnotique », d’autres l’ont plus promptement qualifié de « soporifique ».

 

De son côté, Todd Terje a délivré un nu-disco moins émulsionné à la disco qu’à la house. Au grand regret de ceux qui s’attendaient à voir Todd le nerd de Eurodans, pas le DJ entertainer. Mais puisque le Norvégien a pour habitude de se décrire comme torturé entre son disco onirique et le smacking disco, on se doutait que ce serait tout (Todd la souris de labo) ou rien (Todd le pharmacien d’officine).

Et Factory Floor ? Bonne surprise. Leur musique post-punk visant le sale ne s’est pas contentée d’approcher le bruitisme. Les accents funky ont relevé la sauce, et la prestation du trio avait quelque chose de draconien, presque scientifique. Même géométricité, mais dans une autre mesure, pour Shabazz Palaces. Leur concert, quoiqu’un peu apathique, s’envisage dans son ensemble (pour la cohérence) et a su s’entourer de mystères fumigènes. Même si on les préférera sur disque quand même.

Mais pour conclure, ma vraie claque de ce marathon, je la dois à Motor City Drum Ensemble. Celui qui aime autant ripper des vinyles que jouer de la batterie a su offrir un set traversant les genres musicaux, à l’image du leit-motiv de ses compils’ DJ Kicks. Distillant un set deep house légèrement jazzy et carrément festif, il est celui qui m’a fait excuser de bon coeur mon voisin de fosse – le fieffé personnage qui m’a poussé et fait tomber à terre ma galette-saucisse (soit la plus-value gastronomique des Trans). La musique adoucit les moeurs, me dit souvent ma tante (rennaise).

Merci à ATM, Maxime, Salah, Thomas B.