Si pour certains de mes confrères (que je ne citerai pas) la Route du Rock est ce festival à la programmation de Ligue 2, il est pour d’autres un lieu de pèlerinage de la scène indé, l’endroit où voir des groupes difficilement visibles ailleurs. Boue, bottes & pop : récit de trois jours de Thalasso avec le haut du panier du bas de l’affiche.

Le premier jour, les préliminaires

Le week-end du 15 Août étant une plaie pour circuler sur les routes de notre grande nation, votre dévoué serviteur a bien évidemment fait le choix judicieux d’emprunter son automobile pour se rendre à St-Malo. Après une poignée d’heures enchanteresses dans les bouchons, son casque de pilote encore vissé sur la tête, il n’arrive sur le site qu’au début du set d’Electralane. Et si sur le chemin il se rappelait, un léger sourire en coin, avec quelle frigidité il se moqua, un jour, de la séparation de l’équipe de Brighton, il se demanda de même s’il se foutait encore plus de leur reformation.

Il suffira d’un titre pour gommer mon mauvais esprit. De deux, pour me convaincre que je me fourvoyait. C’est vrai, Electrelane a un charisme d’huître. Mais elles ont aussi le pesant de perles allant de paire. Plus grand que Stereolab, moins saignant que Sonic Youth, Electrelane réunit avec une élégance rare un krautrock d’ivoire et un post-rock en costard. C’est con à dire mais c’était beau. Le public n’y restera pas indifférent comme autant d’enfants voyant leurs parents divorcés se remarier.

credit : Nico Brunet

Que l’on aime ou non Mogwaï, force est d’admettre que la petite bête est devenue un dinosaure sur scène. Avec le temps, les écossais apparaissent presque comme des fossiles, que l’on étudie plus que l’on ne vit sur scène. Il en résulta une heure et demie à mater un volcan en éruption : majestueux, fascinant, mais un tantinet trop contemplatif pour secouer les tripes. L’autre prévision d’éruption du Vendredi, c’était Suuns, ou la montagne Montréalaise qui accoucha d’une souris. Proprement furieux à la Villette Sonique, les Canadiens étaient, ce soir là, assez vaseux pour nous préparer à la gadoue du lendemain. Aucune cohésion et du plomb dans les vessies : ne faites aucun voeu, l’étoile filante s’est muée en pet foireux.

C’est l’instant où Jaumet fit son apparition. Une nappe de clavier de quinze minutes, infernale salle d’attente, en guise d’intro, puis la foudre.  Etienne est de ceux qui ont empêché le terme de disco-kraut de sombrer dans le ridicule (et il faut s’accrocher). Des préliminaires à Aphex Twin qui s’avèreront peut-être plus exaltants que ce dernier. Richard D.James, une des têtes d’affiche du festival, n’a rien produit de très neuf depuis cinq ans  (sous son nom, du moins) et ne semble plus en phase avec son époque. Si ce n’est pour voir revivre “Windowlicker” et “Come To Daddy” en live ou goûter à l’ambiance IDM 90’s (les luminaires rave, la mise en scène Hack devenu cheap et obsolète), Aphex Twin n’avait pas un intérêt foudroyant.    

Le deuxième jour : la nuit

Si fièvre du samedi soir il y eut, ce fut en premier lieu dû à la pluie. Toute la journée, les nuages dégueulèrent suffisamment pour approvisionner toutes les thalassos de France en boue. En dépit du risque imminent d’attraper un gros rhume, voire une mauvaise toux, je me décide à me consacrer uniquement aux trois gros concerts du soir. D’abord le cas Blonde Redhead, énigme sur CD pas vraiment démêlable sur scène. Bien qu’il soit étonnant de voir des milliers de k-way s’exalter devant les new-yorkais, on a du mal à partager cet enthousiasme. Approximatif, timide, aussi froid, humide et chiant que la pluie, gémiard et hasardeux comme le Radiohead des mauvais jours, noise nauséeux tel un Sonic Youth mauvaise période, Blonde Redhead ne convainc pas mais semble réchauffer le coeur d’un public acquis au préalable.

Il est toujours curieux de voir The Kills en live. Poseurs comme pas deux, clients idéaux pour couverture glamo-peoplo-indé, Alisson Mosshart et Jamie Hince donnent l’impression sur scène de voir s’animer des images. Le Kama-Sutra du cool, l’art de cultiver the right attitude, la bonne pose au bon moment, un fond tigré parce-qu’on-fait-du-rock&roll-quand-même, bref un set qui se regarde plus qu’il ne s’écoute. Plutôt banal et dénué d’estomac. Surtout en comparaison à ce qu’il vint par la suite.Il y à certains groupes capables de changer le climat, Battles est de ceux-ci. Honni soit qui peu y fût. Une véritable bouillotte pour les âmes, massif et virtuose tel l’éléphant sur un trapèze, sans faux pas, intelligent et secouant, une montagne russe émotionnelle.  Telle la tortue après le coït, le public restera sur le dos une bonne demie heure, hurlant à la lune le pied qu’il venait de prendre. Battles a confirmé simplement sur scène qu’il est un des groupes les plus importants de son époque.

Séance de rattrapage sans lunettes 3D :

Troisième jour : la réconciliation

Tout vient à point à qui sait attendre. Après la tempête, Battles dissipa la pluie et ce dimanche ensoleillé permit de sécher la boue de nos souliers crottés et autres belles étoffes en tous genres. Nous passerons rapidement sur Here We Go Magic, ne faisant pas honneur à son nom. C’était Garcimore que nous avions devant les yeux : maladroits mais attachants. La bande de Luke Temple n’est que l’ombre d’elle même. Le constat ne sera pas plus brillant avec Okkervil River, over-testostéroné et beaucoup trop leste pour prendre leur envol. Une certaine curiosité et impatience nous démangeait à l’idée de voir Badwan sans ses Horreurs avec Cat’s Eyes. Ni vraiment déçu, ni vraiment comblé, son side-project n’a pas encore la set list, ni les tripes d’envergures suffisantes à pondre un concert vraiment tonitruant. Sans fautes mais sans charme non plus, sa belle dentelle avait, hélas, bien trop goût d’arsenic sur scène. Ne perdons pas la pose, puisque Crocodiles prend le relais. Souffrant du syndrome de The Kills, les Crocodiles se décomposent un tantinet sur scène, ne parvenant pas franchement à faire vivre leur titre. On notera cependant un véritable effort accompli depuis le trimestre dernier et leur concert à la Flèche D’Or. Bien que moins statique et plis joueur qu’auparavant, je me laisserai néanmoins facilement distraire par un crocodile gonflable circulant dans la foule. 

En souvenir de mes années scouts, des chamallows grillés et des chants au coin du feu, je me rend avec une certaine émotion devant Fleet Foxes.  Beauté virginale que personne n’oserait souiller, les cinq de Seattles ont distribué une dizaine de leurs plus belles peintures. Beau, pure, intouchable, contemplatif… donc dans le langage courant : chiant. Concernant Mondkopf, nous n’assisterons véritablement qu’au problème technique intervenant sur son set. Mais Paul Regimbault n’étant pas homme à se laisser démonter par ce genre de broutilles, un quart d’heure suffira à ce qu’il nous accompagne vers la sortie. Une conclusion digne et baroque de cette vingtième édition de la Route du Rock.

Crédits photos :
Blonde Redhead/Electrelane : Nico Brunet
Fleet Foxes / Etienne Jaumet : Axelle Carlier

Merci à Arte Live Web pour les vidéos