Sympathique rappeur de Chicago, MC fervent défenseur d’un Black Power tout relatif, artiste << bankable >> devenu acteur-pourquoi-pas, toujours entouré des meilleurs producteurs du monde, Lonnie Rashid Lynn pourrait être le dessin personnifié de l’évolution d’un hip-hop deuxième génération, modulable avec les époques, et les modes, qui s’assume comme le nouveau battement de coeur soul d’une Amérique en quête de modèle. Coincé entre son appartenance Boom Bap liée à son passé et un présent voyant son public croître au fur et à mesure de ses apparitions sur grand écran et les spots publicitaires, Common est cette figure emblématique et ambiguë de la réussite afro-américaine compactée entre les Etats-Unis de Louis Farrakhan et ceux de Barak Obama… Retour sur le MC dans le cadre de sa récente venue parisienne.

Voir la vidéo intégrale de Common en concert à Paris (via Grand Crew)

Sympathique rappeur de Chicago, MC fervent défenseur d’un Black Power tout relatif, artiste « bankable » devenu acteur-pourquoi-pas, toujours entouré des meilleurs producteurs du monde, Lonnie Rashid Lynn pourrait être le dessin personnifié de l’évolution d’un hip-hop deuxième génération, modulable avec les époques, et les modes, qui s’assume comme le nouveau battement de cœur soul d’une Amérique en quête de modèle.

Coincé entre son appartenance boom-bap liée à son passé et un présent voyant son public croître au fur et à mesure de ses apparitions sur grand écran et les spots publicitaires, Common est cette figure emblématique et ambiguë de la réussite afro-américaine compactée entre les Etats-Unis de Louis Farrakhan et ceux de Barak Obama. Soit un chassé croisé musical, culturel et commercial en 20 ans d’actions, principalement, derrière un micro.

Le fils tue le père au départ sur chaque album, replace jazz, soul, spoken word et déportation de l’esprit Native Tongue dans la sphère de l’Illinois. Là où il n’y a rien, Chicago ville de blues, mais pas ville de rap. Le départ fut ingrat, fin des années 1980, entre la musique (son crew C.D.R, rapidement dissolu) et les études, arrêtées pour le micro.

Traçabilité des grands dans ces nineties fleurissantes d’un alter-rap hippie, concrétisé par le De La des débuts, Common passe par la case Unsigned hype en 1992, propulsé par le magazine The Source pour exploser sur un premier album, Can I Borrow a Dollar? Droppin’ rhymes, samples jazz ultra classiques, Common est au départ classé dans les petits énervés au flow déconstruit, ado en blazer et baseball cap, fast rappin et réponse directe aux agressions sexualo-sociales made in Compton, Eazy-E, Dre et Ice Cube en tête de pont. L’époque est au diss, au conflit est/ouest, et Common en est partie prenante. Resurection, produit par Immenslope (No I.D), son deuxième LP et dernier sous son alias Common Sense (suite à une plainte déposée par un groupe de ska du même nom), sera celui du succès critique. Mais surtout celui du clash avec Ice Cube. I Used to Love H.E.R., attaque indirecte au G-rap de L.A., place le MC au centre d’une querelle qui durera quelques années. Défense esthétique, alternative mercantile au Tsunami gangsta, Common commence à se dessiner, à forger la silhouette d’une figure alternative et décidée, mais populaire, indé mais écoutée. Bref, un potentiel à exploiter. MCA ne s’y trompe pas et suite au succès de One Day It’ll All Make Sense, troisième album aux invités stars (De La Soul, Q-Tip, Black Thought, Lauryn Hill ou Questlove), Common signe pour assumer un nouveau statut : celui d’artiste hip-hop vendeur de disques, le tout sans bangin-cars et autres topics bien vendeurs (came, project, bitches).

Pas facile pourtant à la fin des années 1990 de pêter au Billboard quand on évoque les relations familiales, l’avortement, l’homosexualité ou la maladie – des thèmes pas vraiment hip-hop vous remarquerez – et pourtant ! Common a tracé cette voie, avec d’autres, celle des Soulquarians, Jay Dee, Erikah Badu, Questlove, D’Angelo ou James Poyser, celle d’une alternative soul au boom-bap se ghettoïsant de jour en jour. Transformation ambitieuse, pleine de Motown et d’off beat drums, climax de la séparation entre straight hip-hop et positivisme black que certains s’empressèrent de vilipender. Like Water for Chocolate est un succès, un album culte aujourd’hui, symbole du rap qui franchit le millénaire. Common s’empare du public et lui balance son vœux musical, son jouet incompris, Electric Circus, franchissement délicat encore une fois des barrières hip-hop : expérimental pour certains, simple accomplissement musical pour d’autres, Circus joue là ou d’autres se sont cassés les dents : affranchir les mythes, siroter la palette culturelle afro-américaine et casser la tête aux rétentions. Le rock, l’électronique, l’exploration jazz et au final la black-pop dans ce qu’elle avait d’idéalisée dans les seventies, voilà ce sur quoi Common comptera à présent. Pas de single, tout pour le son. L’album est un échec commercial, MCA coule. Common repart.

Common exerce cette tension entre expérimentation et restitution mainstream d’un background soul-jazz-funk bien placé. La force d’un artiste qui a su, toujours, s’entourer des meilleurs. De No I.D des débuts (producteur de Jay-Z, Kanye West, Young Jeezy ou Rihanna), puis Questlove et Dilla (avec qui jusqu’à la fin, il restera ami cher), Premier, The Neptunes et enfin Kanye West, voilà un parcours sans fautes. Signature sur GOOD Music, maison de Kanye, Be acclamé par le monde entier, Finding Forever et Lily Allen, Common n’est plus arrêtable, il renaît, de la cuisse de Kanye, casqué et armé de beats pléthoriques. Génial Common ? Sauf quand il fait autre chose que de la musique peut-être… Universal Mind Control avait ce défaut de l’album desséché, futuristico-mou. Trop de cinéma Rashid ? Plus de temps à promouvoir Microsoft, Zune ou Gap qu’a bien bosser en studio… ?

Figure fractale, néo-soul déjà morte, voilà que Common veut la réinventer. Hip-hop au vocoder, Common le transformera plus loin, le temps de retrouver les affinités nécessaires, le producteur en goguette à embarquer, au bon moment, dans une navette rap qui n’attend pas pour équarrir les précurseurs et les gagnants d’hier. Attendons Believer, nouvel album à venir, aux côtés du partenaire des débuts, No I.D. Les évolutions Common y prend part à travers le temps, traverse le hip-hop sans broncher, en retrait des frasques de ses contemporains. Et c’est là peut-être son plus grand atout.

Lucas Blaya pour 90bpm