La salle parisienne du Nouveau Casino n’avait jamais été aussi rempli, une foule de fans (alors que les autres plateaux mélangent plus largement passionnés avertis et rapophile curieux d’exotisme underground) à en croire les nombreux vinyls sous le bras destinés à être dédicacés venus scander les refrains des classiques d’AG et de El Da Sensei.

Deux vétérans de la côté Est, actifs depuis plus de 10 ans et qui n’étaient jamais venus donner un concert en France, une absence étonnante (où étaient les organisateurs de concerts, les b-boys du milieu parisien aux contacts multiples pendant 10 ans?) qu’a réparé hier avec succès les tourneurs de Hip Hop Resistance.
La salle parisienne du Nouveau Casino n’avait jamais été aussi rempli, une foule de fans (alors que les autres plateaux mélangent plus largement passionnés avertis et rapophile curieux d’exotisme underground) à en croire les nombreux vinyls sous le bras destinés à être dédicacés venus scander les refrains des classiques d’AG et de El Da Sensei.

Dj Loud de Time2Kill et notre Ced Swift national enchaînent les gros classiques mid’90, mélange parfait d’ambiancage pour backpacker nostalgique. Le show commence par deux guests de Chicago, Pugzlee Atomz du collectif Nacrobats, qu’on a retrouvé sur plusieurs projets aux côtés des artistes de Galapagos4 et Thaione met le public dans sa poche en exécutant d’entrée plusieurs figures de break pendant que son pote l’introduit. Les instrus sur minidisc sont captivent plus que les flows, à mi chemin entre du All Natural et du Meaty Ogre. Thaione enchaîne plusieurs titres de son album "Progressiv" avec un flow qui lorgne par moment vers celui de Pharcyde et de Souls Of Mischief, Pugzlee Atoms, battle rhymer de la ville du Vent étant certainement plus habitué d’un public d’Open Mic qui comprend ses punchlines. Les morceaux se suivent, presque 40 minutes, un peu long pour une première partie surtout sous cette chaleur mais les deux repartent sous les applaudissements et l’on se dit qu’il faut réecouter avec plus d’attention l’album de Thaione (Hong Kong Records) et choper quelques morceaux des Nacrobats sur internet. La scène de Chicago est décidément loin d’avoir révélé tous ses talents et méritait ce nouveau coup de projecteur.

Dj Ced Swift revient pour faire patienter et malgré un disque rayé et quelques calages incertains, il tient la foule en haleine avec une série de morceaux cultes de "Slam" d’Onyx, à Black Moon en passant par "Shook ones" de Mobb Deep, Ed OG, "Chief Rocka" des Lords, "Time 4 sum action" de Redman, l’indémodable "Headbanger" de EPMD / K-Solo / Redman, Das EFX, "I getz buzy" de Illegal, Pete Rock and CL Smooth ou encore "Living proof" de Group Home. Fab est sur scène les pochettes de chaque titre à la main, petit cours rapologique à l’appui, la foule est compacte, bras levés, ça fait plus de 2h30 qu’on est là et on se casse déjà la voix à gueuler "Slam, tut, tut, tut, Slam….!". Dj Loud finit la session dans la même veine, quelques scratches en plus. Djinji Brown, dj, musicien, rappeur, producteur signé sur 7Heads arrive sur scène. Le rappeur vient de New York, il remercie la France en expliquant qu’il ne serait pas là aujourd’hui si ses parents ne s’étaient pas rencontrés un jour à Paris. Son père, Marion Brown, est un célèbre saxophoniste et Djinji Brown, derrière les platines lui rend hommage en commencant son set par un des morceaux de son père.

A l’image de son album solo "Sirround sound" sorti l’année dernière, ce rappeur d’origine cubaine demande à la foule "Do you like Salsa?" avant d’enchaîner avec une jovialité non dissimulée (il ferait un bon chauffeur de piste de danse) des instru mélangeant salsa de breakbeat et d’afro-beat, un melting pot caribéen à haute teneur en percussions et en déhanchements (ça manquait de filles, dommage) qui a laissé la foule un peu déroutée, surtout pour celui qui attendait depuis 3 heures "The ultimate" d’Artifacts. Djinji Brown ne s’attarde pas trop et avant de partir il rappe quelques couplets sur une de ses productions. On préfera nettement ses sons pour Asheru and Blue Black et on se dit qu’il faudrait peut être revoir les clubs cubains d’un autre oeil surtout si on est bien accompagné. 23h30, il est l’heure pour la grosse cavalerie de débarquer. AG arrive accompagné de Party Arty, un duo à la Laurel et Hardy version capuches sur la tête , le membre des Ghetto Dwellas ayant le physique de sa voix imposante. Pas de trace de dj derrière les platines pour les deux mc’s il faudra se contenter d’un minidisc, ce sera le seul vrai manque de la soirée.

Les deux enchaînent "Spit" d’une traite, les basses saturent un peu, qu’importe le public est conquis d’entrée. Suivront une grosse poignée de classiques, de "The next level" à "Soul clap" en passant par "Questions and answers" et "Get dirty". Il faut bien le reconnaître, on a plus l’impression qu’AG est le backer de Party Arty que l’inverse. Ce dernier donne constamment la réplique, back à chaque rimes d’AG, motive la foule, enchaîne les échappées en solo (notamment une accapella déconcertante de rapidité plus proche des Freestyle Fellowship que de DITC), il a la voix, le coffre et l’énergie des deux mc’s de MOP en même temps, impressionnant. Grand moment lorsque les deux mc’s descendent dans la foule et rappent chacun leur tour dans des petits cercles improvisés autour d’eux. On aurait aimé quelques vers sur des classiques de DITC comme "Day one" ou "Thick" mais l’absence de dj fait défaut et situation comique et surréaliste, AG fait monter sur scène un mec dans la foule qui lui tend un vinyl du deuxième Ep de Showbiz and AG, Dj Fab passe aux platines, met l’instru et le géant du Bronx balance son couplet sur le classique "Full scale". Quelques "Big L rest in peace" plus tard, les deux new-yorkais s’éclipsent et laissent place à Dj Kaos, le frère d’El Da Sensei qui se laisse aller à quelques classiques soul aux samples ultra connus (notamment un morceau de De La Soul) avant d’enchaîner deux sessions de beat juggling (notamment sur le "Flava in ya ear" de Craig Mack) avec accélération du pitch sous les cris amusés "Go Kaos, go!" d’AG et d’El Da Sensei.

Le graffeur/rappeur de Newark commence par "Keep it live", avec le même timbre que sur disque, une diction claire et articulée que le son des instrus n’entache pas (apparemment mieux réglé que pour AG). Quelques morceaux de son dernière album comme "Relax " se calent entre ses maxis solos comme "U got that", l’entêtant "Brick city kids" (juste avant la séparation du groupe) et morceaux ultra classiques d’Artifacts comme "Wrong side of the tracks" (petit speech sur ses premiers pas dans le hiphop via le graffiti, bombe de peinture à la main). "C’mon wit da git down" restera le morceau d’anthologie de la soirée. AG vient backer El Da Sensei, Djinji Brown et Party Arty sur le côté de la scène donne l’impression d’une grande famille. AG et El da Sensei se partagent la salle, moitié gauche pour El, la droite pour AG, "C’mon with the c’mon on" pour l’un "C’mon with da git down" pour l’autre (ceux qui ont vu Jeru Tha Damaja visualisent sûrement mieux la scène), charge à chaque partie de gueuler le plus fort. Crowd participation at its best!! Perfectionnistes et fans que nous sommes, on aurait quand même bien aimé un petit "The ultimate" (le remix de Showbiz!) ou le "Brothas ain’t got it" pour la route. On se consolera avec un grand freestyle New Jersey/New York sur l’instru de Pete Rock "Nothing lesser", quelques phrases mythiques lâchés à gauche à droite (par AG notamment.."I’m unique a freak like Malik / In the twilights with more highlights than Dominique" ), El Da Sensei improvise et Party Arty engloutit tout le monde une fois de plus de sa voix d’ogre.
Applaudissements, artistes conquis (AG lâchant un "J’ai l’impression d’être à New York tellement le public est chaud"), pas de rappel mais des artistes qui ne se sauvent pas dans les loges et se mêlent au public, avec une disponibilité et une humilité déconcertante, dédicacant des albums, posant des drops pour des dj’s ou répondant tous simplement aux questions des fans. On apprendra ainsi par Party Arty et AG que le nouvel album de DITC est prévu pour la fin de l’année. Un album notamment produit par Showbiz et sur lequel apparaissent des nouvelles têtes comme Mic Low ou Bless, protégé de Fat Joe que Party Arty présente comme le nouveau Big Punisher. Party Arty prépare son album solo et celui des Ghetto Dwellas et nous annonce que son pote Milano a quitté le DITC mais qu’il a près de 40 morceaux enregistrés et qu’ils valent vraiment le coup d’oreille! Totalement conquis par la soirée, il n’espère qu’une chose, revenir en France l’année prochaine avec O.C, Lord Finesse, D Flow et AG pour un concert DITC.