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Fondle’Em commenté par Bobbito Garcia aka Dj Cucumberslice

C’est autour d’une excellente pizza servie par une charmante serveuse qu’il y a deux ans El-P m’avait proposé de licencier une compilation Fondle’em chez Def Jux en CD. Et j’ai accepté tout de suite. El et moi sommes amis et l’affaire s’est conclue naturellement. D’ailleurs beaucoup de gens croyaient que Company Flow étaient chez Fondle’em aux débuts. Ce que je ne savais pas il y a deux ans c’est que ce serait la dernière sortie de mon label, d’où le titre « Adieu Fondle’em ».

Vous serez surpris de découvrir qui m’a inspiré pour créer Fondle’em. Sake, un graffeur de Brooklyn qui peignait les métros dans les années 80, jouait au basket avec moi. Grâce à lui j’ai rencontré un autre basketteur, Pete Nice de 3rd Bass qui avec MC Serch m’a présenté Dante Ross en 88. Dante était Directeur Artistique chez Tommy Boy, c’est lui qui nous avait fait écouter le premier De La Soul, des mois avant sa sortie. C’est en observant Dante que j’ai décidé de travailler dans l’industrie du disque. Je le voyais gagner sa vie en faisant ce qu’il aimait, sans avoir à se compromettre puisqu’il a signé Pete Rock & CL Smooth, KMD et Brand Nubians chez Elektra, et qu’il continue sur son label Stimulated.

 

En 1989 Pete et Serch m’ont fait rencontrer Dave Gosset qui travaillait à Def Jam, et grâce à eux trois j’obtins un job là bas. J’ai appris énormément en travaillant quatre ans aux cotés de Russel Simmons à la promo puis à la direction artistique, surtout en ce qui concerne sa vision du label et l’importance de la longévité. Ce n’est peut être plus vrai aujourd’hui, mais dans les années 80 Def Jam ne s’adaptait pas aux goûts du public, c’est le public qui suivait les goûts de Russel. On faisait peu de compromis, Russel était plus intéressé par les réactions des DJs et des college radios que par celles du circuit pop, il savait qui étaient les supporters du premier jour (bien sur la donne a changé dans les années 90). C’est là que j’ai commencé à rêver à mon propre label où je pourrais sortir les équivalents des Public Enemy ou EPMD dont je faisais la promo, ou des Akinyele, Organized Konfusion, Nas dont je faisais écouter les démos à Russel.

 

En 93 je quittai Def Jam pour rejoindre Pete Nice qui avait un label deal avec Columbia. On l’appela Hoppoh et sorti le premier Kurious. Nous voulions signer Mudbones, le groupe de Cage et KMD après qu’ils furent jetés de chez Elektra. Columbia déclina les deux propositions. Les ventes de Kurious étaient décevantes et en moins de deux ans le label disparu. Etant distribués sur une major nous n’avions pas grand chose d’indépendant. La promotion était gérée par Columbia, malgré leur peu d’intérêt. Ce fut une expérience frustrante.

 

En 90 je rencontrai un DJ appelé Adrian B. Immédiatement le courrant passa entre nous, et au mois d’octobre nous débutâmes le DJ Skinny Bones Show présenté par Kurious et moi même sur WKCR, la station de l’université de Columbia. Au bout de deux mois Skinny Bones pris le nom de Stretch Armstrong et nous fûmes les premiers surpris par le succès du Stretch & Bobbito Show (Lord Sear fut souvent invité avant de remplacer Kurious). Jamais nous n’avions imaginé que des cassettes de l’émission circuleraient dans le monde entier.

 

Entre 90 et 95 beaucoup d’artistes se firent connaître par le biais de notre émission avant que leurs disques ne sortent, et d’autres avant même d’être signés. Biggie, Wu-Tang, Nas, Mobb Deep à l’époque où ils s’appelaient Poetical Prophets, Big L, Organized Konfusion, Redman, Big Pun, Jay Z, Talib Kweli, DMX qu’on appelait DMX The Great, les X-ecutioners qui étaient alors les X-Men, Black Moon, Souls Of Mischief, Keith Murray, et Noriega. Tous ont eu leurs contrats après être passés chez nous et certains ont changé le cours de l’histoire du rap. Mais ce n’est pas tout. Il y en eu autant qui débutèrent chez nous à la même période et ne signèrent pas en majors.

 

Certains MC décidèrent de rester indépendants comme Grand Ghetto alias Ghetto Communicator, Mr Complex, Cage, The Arsonists, Tone The Butcher, Punchline & Wordsworth, Mr Eon, Natural Elements, Non Phixion, AJ Damane, Funky Jilz, I.G. Off et Genesis, d’autres signèrent, sans que leurs disques ne sortent comme Total Pak, Foul Play, Hurricane G, ou bien signèrent et furent rapidement remerciés comme MF Grimm qui s’appelait Grim Reaper, Artifacts, Mad Skills, OC, Supernatural, Chino XL, Company Flow, The Juggaknots, Raggedy Man et les Cella Dwellas.

Il y eu aussi les Freestyle Fellowship, Kool Keith, Godfather Don, Percee P et Craig G qui ne débutèrent pas chez nous mais nous rendaient régulièrement visite. Les gens écoutaient religieusement notre émission chaque jeudi soir pour savoir quels étaient les MCs à surveiller. Rich King étaient un de nos auditeurs. En 95, nous nous rencontrâmes à Fat Beats quand le magasin était encore dans ce minuscule local de la 9ème rue. Rich faisait de la distribution dans le New jersey et savait que je recevais plein de démos. Il me demanda si je n’avais pas pensé à en sortir en vinyle. Bien sur ! Depuis toujours je voulais avoir mon propre label, et avec Rich m’incitant à me bouger le cul en me proposant de s’occuper de la distribution je décidais de monter Fondle’em.

 

Le nom Caresse les, reflétait une vision de l’industrie que je souhaitais laisser derrière moi, et bien sur illustrait mon coté pervers. Qui d’autre aurait appelé un label Fondle’em ? Godfather Don et Kool Keith avaient enregistré une dizaine de titres promo pour mon émission, en me précisant bien qu’ils ne voulaient pas les sortir. C’était uniquement pour nos auditeurs. Pourtant j’en avais marre qu’on me demande « Quand sort l’album des Cenobites ? » Après avoir convaincu Don et Keith le LP des Cenobites sorti en décembre 95.

 

Six ans et plus de trente disques plus tard, vous avez entre les mains l’ultime disque du label. Ca a été dur de choisir les titres figurant sur cette compilation, et j’en profite pour remercier tout ceux qui m’ont envoyé leur suggestions. Il fallait évidemment commencer par Kool Keith, un de mes MC préférés. C’était incroyable d’enregistrer avec lui chez Don, Keith torturait les blattes pendant que Godfather Don nous préparait ses sandwich au fromage fondu. Don composa ce beat en 15 minutes, 45 minutes plus tard nous avions écrit nos textes, et 3 minutes après le morceau était enregistré en une prise. Un des plus grands moments de ma carrière. J’ai rencontré les Juggaknots via Pete Nice qui avait été leur entraîneur de base-ball. Leur album fut le second disque de Fondle’em et un des meilleurs albums indé de la décennie selon moi. « I’m gonna kill U » est une histoire rarement entendue en chanson, et incroyablement racontée par Breeze, il devrait écrire des scénario avec une telle imagination. Le troisième disque fut The Session des Arsonists. La cassette que m’avait donné Q-Unique avait été la démo la plus demandé de l ‘année dans notre show. Le maxi est devenu la plus grosse vente de Fondle’em, surtout grâce au groupe qui travaille leur jeu de scène sans relâche. Le seul groupe de la scène indé qui puisse les égaler en live est Mass Influence, très peu de gens peuvent dépenser autant d’énergie en concert. J’ai également voulu mettre un extrait de leur premier passage sur wkcr. Un autre premier passage monumental était celui de Cage. Les auditeurs connaissaient déja "Crazy Man Ahead" sur la démo des Mudbones, et quand il a fait le couplet présent sur cette compilation sa côte a décuplé. Même Pharaohe Monch me posait des question sur Cage. A chacun de ses passages, jusqu’à aujourd’hui, les gens retiennent les paroles de ses impros comme de ses morceaux écrits. Son concert à Wetlands l’année dernière était une semaine après son passage au C.M. Famalam show et le public connaissait déjà ses nouveaux textes par cœur ! Un autre freestyle marquant que je n’ai pas résisté à mettre sur la compilation fut la première fois où El P et J-treds ont rappé ensemble, avant qu’ils ne forment les Indelibles avec Breeze. El et J étaient déjà passés séparément, mais c’est ensemble qu’ils sont le plus impressionnant, se stimulant l’un l’autre. Le premier couplet de El est devenu célèbre sur « 8 Steps to Perfection », mais cet enregistrement date d’il y a huit ans, et est toujours aussi en avance. Depuis il y a eu beaucoup d’autres sessions avec Weathermen qui auraient tout aussi bien pu être sur la compilation, mais comme les freestyle du Stretch and Bobbito show sont devenus introuvables je préférait vous en faire profiter.

 

L’artiste qui personnifie le mieux Fondle’em est sans aucun doute M.F. Doom. Je l’ai rencontré en 89 quand il était Zev Love X du groupe KMD, à l’époque du « Gas Face » de 3rd Bass. C’est Kurious qui lui a conseillé de me contacter pour sortir ses morceaux. La sorti de « DeadBent » et « Hey » en 97 marqua le début de la reconnaissance par les critiques. Juste après Trace Magazine écrit que Fondle’em était “le label indépendant le plus important de l’année”, et les lecteurs de Urb élirent Fondle’em “meilleur label indépendant de l’année”. L’année suivante je sorti plus de singles de Doom que de n’importe quel autre artiste. Il est toujours resté fidèle et m’a toujours apporté des morceaux que j’aimais. Personne n’a jamais été signé sur Fondle’em, je n’ai retenu aucun artiste, tous ont pu monter leur propre label, ou signer ailleurs. Et par là même je n’ai jamais été obligé de sortir un disque que je n’aimais pas. « Doomsday » a été un album majeur de la décennie selon moi. J’ai choisi de mettre la version maxi de « Dead Bent » qui n’est plus disponible. Doom fait partie de la famille, la C.M. Fam, et si on sait que CM a eu plein de définitions différentes, peu savent que c’est Doom qui a lancé l’idée de Constipated Monkey, qui était le thème de l’album de Kurious. Lord Sear était DJ pour Kurious et ses délires sur les ondes m’ont fait donné l’idée de lui demander d’enregistrer un maxi. Il a improvisé les lyrics de « Alcoholic Vibes » en une prise au studio de Mighty Mi, mais malheureusement a mixé sa voix très faiblement, donc pour faire contrepoids j’ai mis la version du C.M. Fam de « Turn Up The Fucking Bass », au cas ou vous vouliez savoir à quoi ressemble sa voix. L’autre membre de C.M. chez Fondle’em est M.F. Grimm. C’était vraiment dur de choisir entre "Scars and Memories" et " Bloody Love Letter", et j’ai gardé "Scars" puisqu’il est sorti en quantité limité et n’est plus disponible. C’était aussi le dernier maxi sur Fondle’em 12". Je connais M.F. Grimm depuis 15 ans. Les histories qu’il raconte dans ses textes sont la pure vérité. C’est un être incroyable qui est aujourd’hui handicapé et emprisonné. Toutes les lettres de soutient sont les bienvenues, pour son adresse, contactez daybydayent.com ou mfdoom.com.

 

Le reste de la compilation est fait de morceaux récents signés d’artistes que je ne connaissais pas aussi bien quand j’ai sorti leurs disques, mais avec qui j’ai toujours eu du plaisir à travailler. Y@k Ballz fait exception, puisqu’il travaillait avec moi à Bobbito’s Footwork alors qu’il allait encore au lycée. Y@k est mon pote, le gérant de Footwork Vaz m’avait dit que Y@k rappait depuis un bout de temps, mais quand je ne l’avais pas entendu avant d’être ébloui par "Flossin’". J’ai joué "Flossin" à l’antenne pendant des mois alors que ce n’était qu’un freestyle sur la mixtape du même nom de Mondee. Les autres Weathermen MHz et Jakki viennent de Columbus, Ohio. J’ai eu la démo de MHz par Rich Medina, et après l’avoir écouté une fois je les ai contactés pour sortir "World Premier." MHz en retour m’ont présenté Jakki, et aux cotés de Y@k ils ont écrit quelques unes des meilleures métaphores gravées sous l’étiquette Fondle’em. Les premiers artistes non New-Yorkais sur Fondle’em ont été Scienz of Life. Je les ai rencontré au Nuyorican Poets Café à un open mic All That and Words. Poche de M.F. Grimm mais sur des sujets complètement différents, Scienz vivent ce qu’ils racontent, et "Powers of Nine Ether" est un titre aussi entraînant que spirituel. Encore plus au sud, à Atlanta vivent les Binkis, originaires du Queens. "Beat You in the Head" est le seul morceau de la compilation qui ne soit pas sorti sur Fondle’em, mais c’est un titre qui résume l’esprit du label et je voulais qu’ils fassent partie de l’histoire du label. Au sud d’Atlanta et de l’Amérique, Cashless Society viennent de la Terre Mère. J’ai entendu ce bijou quand je suis allé jouer à Johannesburg en avril 2000 pour le 6ème anniversaire de la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. A ma connaissance ce fut le premier disque de rap africain sorti en Amérique, pas le dernier j’espère. J’y ai rencontré plein de groupes talentueux, "Blazetha Breaks" est le meilleur morceau que j’ai entendu dans mon voyage..

 

Le dernier titre est une idée de El-P " Fondle¹em Fossils". Il pensait qu’un posse cut inédit serait la cerise sur le gâteau, alors j’ai fait appelle à DJ Eli, Breeze, Q-Unique, Godfather Don, J-treds, et M.F. Doom et whew! Je n’aurais pas pu imaginer un meilleur morceau, belle façon de clore un chapitre de ma carrière. Tout ce que j’espère maintenant c’est que les fans de Fondle’em continueront à supporter ce que je ferais avec Fruitmeat Records.

 

Squeeeeeeeeeeeeeeeeeeze’Em!