Dany Dan. Baggy porteur, femme charmeur, belles voitures convoiteur, rimes rutilantes pourvoyeur, charismatique rappeur et mic détenteur.
Portrait d’un des rappeurs les plus doués du rap français.

Dany Dan. Baggy porteur, femme charmeur, belles voitures convoiteur, rimes rutilantes pourvoyeur, charismatique rappeur et mic détenteur.
Portrait d’un des rappeurs les plus doués du rap français.

Tous les chemins mènent à Boulogne. Fraîchement débarqué du Congo quand il a 10 ans, Dany Dan atterrit à Boulogne à deux pas de la cité du pont de sèvres. Sans baigner dans une culture musicale particulière, plutôt porté vers Kool and The Gang ou Michael Jackson, son frère lui fait découvrir les deux premiers noms de rappeurs, LL Cool J et Rakim. Ils découvrent le rap par les soirées, chopes des cassettes et finit par acheter NWA, pour  »Fuck the police » et Eric B and Rakim. Dany break, Dany tague, le rap se vit aux rythmes des soirées à Meudon, rendez vous régulier où tout Boulogne débarquait . Beaucoup lui parlent d’un autre boulonnais du nom de Kiki, vantant ses talents de danseurs mais également une facilité à rapper, à l’époque où le rap surtout français était encore considéré par tous comme un îlot musical anecdoctique. Le peu de textes disponibles, ceux de Sleo, Timide et sans complexe ou encore NTM étaient écoutés sans discontinuer, appris et réappropriés par plus d’un jeune. Boulogne est petit et les grands esprits étaient destinés à se rencontrer. Amitiés communes, colonies de vacances, Dany rencontre Egosyst aka Gué Gué qui fera partie plus tard du Coup d’Etat Phonique avec Kohndo et qui habitent tous les deux la cité du pont de sèvres. Egosyst lui aussi lui parle de son cousin, le dénommé Kiki. La rencontre sera ainsi le début d’une amitié, rencontre fructueuse entre Dany et Kiki, le rappeur plus connu sous le nom de Zoxea. Journées passées à délirer, à rapper et l’idée de former un groupe émerge. Début des années 90, le rap français n’en est qu’à ces balbutiements et le  »groupe » est plus pour eux une occasion de s’amuser qu’un délire artistique construit sur le long terme. Melopheelo, grand frère de Zoxea, amusé par la création du duo, décide de rejoindre le groupe.

Un trio qui se surnomme SPR, Soul Pop Rock, en 90, enchaînant des petites scènes aux fêtes organisées par la Mairie de Boulogne et devient Sages Poètes de la Rue lorsque le buzz dépasse le cadre du quartier puis de Boulogne. Dany Dan se plonge dans le rap américain. de Tribe Called Quest à EPMD en passant par Big Daddy Kane. Dany Dan s’appelle Dany Mac, l’influence des pimps à la démarche nonchalante pour celui qui reste fan du dandysme charismatique d’un Big Daddy Kane, ne va pas faire long feu et à une époque ou beaucoup les mc s’appellent Melle Mel, Dana Dane, Flavor Flav ou même Nasty Nas, le longiligne mc boulonnais qui adore le personnage de bande-dessinée Lucky Luke, décide de s’appeler Dany Dan. Son style de rap se forme petit à petit, l’homme écrit sans cesse et son utilisation de la comparaison et de la métaphore deviennent sa marque de fabrique. Son flow aussi se démarque rapidement de beaucoup de rappeurs français. Il estime ainsi que IAM l’a beaucoup influencé et que les premiers morceaux de Shurik’n et de Akhénaton ont eu un effet d’onde de choc dans l’hexagone. Alors que le rap anglais, celui de Katch 22, Silver Bullet ou Gunshot, un flow trés rapide, des vers dit d’une traite au même rythme soutenu, avait marqué et caractérisé les mc français qui tenaient le pavé comme Assassin ou NTM, c’est IAM qui a été le premier groupe à se démarquer en France selon Dany Dan en utilisant le flow américain . Un flow beaucoup moins monolithique, plus flexible, plus mouvant suivant les pleins et les déliés de l’instru et de la caisse claire. Les accents toniques des mc’s new-yorkais appuyant beaucoup plus sur les mots, Dany Dan va alors s’engouffrer dans cette brêche et incorporant cette influence, crée son propre débit, son propre style insistant sur certaines syllabes, certaines voyelles, mettant des accents toniques dans ces couplets, donnant ce style rebondissant, trés  »américain » diront certains, qui lui donne aujourd’hui une originalité dont la maîtrise reste inégalée dans l’hexagone. A cette époque il écoute en boucle, subjugé, le  »Illmatic » de Nas qu’il venait tout juste de découvrir sur  »Live at the BBQ » de Main Source. Le rap est pour Dany Dan un passe temps, une passion jamais prise au sérieux. Jimmy Jay les invite à poser leur premier morceau  »Les rues » sur les Cool sessions 1 puis s’occupe de la production de leur premier album  »Qu’est ce qui fait marcher les Sages » en 95.

Dany Dan passe son bac, commence des études d’éco à la Faculté. L’écriture, les textes deviennent malgré tout une occupation à plein, de longues heures à remplir des cahiers dans le parc devant chez lui, rendez-vous nocturne de ses potes, les Chololoz, tels qu’on les surnomme à Boulogne. Melopheelo et Zoxea se mettent à la production, Zoxea devient l’incontournable référence de l’impro, Dany s’y essaye au freestyle comme au son mais ne peut s’empécher de revenir à son aimant, l’écriture. Le cisaillement des phrases l’interesse bien plus que la recherche de la boucle parfaite. Maîtrisant de mieux en mieux l’anglais, Dany baigne de plus en plus dans le rap américain, s’intéresse aux innovations des rappeurs américains, à leur façon d’écrire, le renouvellement de leur flow, l’invention de nouvelles techniques de nouvelles méthodes pour rapper. Technique, méthode. Deux mots qui reviennent sans cesse dans la bouche de Dany Dan pour décrire le travail des mc’s américains dont l’avance sur les français se compte en année. Leur talent se base sur une méthode, une technique de performance qui évolue et régulièrement dépassé mais qui reste la base de leur créativité. Baignant dans ces ambiances, Dany Dan les décortique, s’en inspire pour mieux créer son propre style. Il découvre ainsi Smoothe The Hustla et son  »Broken language » s’en gargarise et les expressions  »Timberlander, baggy porteur » et autres inversions et création de noms communs dérivés d’américanisme se glissent dans ces textes et deviennent l’un de ses atouts linguistiques démultipliant son art de la comparaison.

Le plus souvent trés égotrip, les couplets de Dany Dan ne dérogent pas à l’esprit humble, positif, tolérant et non-violent des Sages Poètes de la Rue. Mais la fête, l’amusement, des belles voitures et des femmes y ont également une forte présence. Une présence que l’on peut voir également influencé par la scène américaine souvent paradoxale, puritaine et aguicheuse, pudique et ostentatoire. Un délire que Dany Dan décrit comme avant tout faisant partie intégrante de la culture africaine, l’attrait de l’apparat, le culte de la mise en scène dans sa tenue vestimentaire. Sortir la meilleure rime dans ses plus beaux habits. La référence à Big Daddy Kane déambulant dans ses clips en costumes de soie, canne à la main, le flow et la rime qui fait mouche, est évidente. Dany Dan veut avant tout ne pas se mentir à soi-même, rapper est avant tout un plaisir. Il n’essaye à aucun moment de se revetir de l’habit du rappeur conscient, un rôle qu’il s’estime incapable d’assumer. Le social et le rap  »politisé » le touche bien sûr mais il préfère le laisser à ceux qu’il estime fait pour ça, de Kéry James à Akhénaton en passant par Rockin’ Squat. Son rap se veut festif sans être puéril, la musique loin des ruelles sombres, comme un moment d’évasion, une grosse dose de phases rutilantes et de bonne humeur.

Ce n’est qu’avec leur deuxième album  »Jusqu’à l’amour » en 98 que Dany Dan prend conscience que le rap est en train de devenir son métier, lui qui n’a jamais cru à une quelqconque  »vocation ». Trio unique, trés complémentaire dans son écriture, Les Sages Poètes de la Rue innondent les ondes et deviennent l’un des groupes de rap français les plus respectés, surfant allégrement sur les modes éphémères, le vent américain qui a mis du temps à traverser l’océan atlantique et que Dany Dan a déjà humé depuis des lustres lui qui n’en finit pas de découvrir à l’heure de la côté Est, la dextérité d’un Jay-Z ou le style du philadelphien Beanie Siegel. Il entend un jour un de ses morceaux sur lequel le mc rappe tout un texte sur le même mot. Une découverte parmi cent autres qui fait cogiter Dany Dan, lui fait prendre conscience de nouveaux champs de rimes et de variations textuels loin du paysage français trop souvent nombriliste. Plusieurs mois plus tard il innove dans son duo avec Don Choa en ne rimant que sur le mot  »club » sur 16 mesures. Les années passent, Dany se focalise toujours sur l’écriture mis à part le morceau  »On a du jus » qu’il produit sur Beat de Boul  »dans la ville » en 2000. L’histoire se termine avec Beat de Boul mais une nouvelle, avec la maison de disque BMG, commence.  »Après l’orage » sort et l’état d’esprit n’a pas changé. Dany Dan pose un nouveau morceau solo après le  »Des voix dans ma tête » sur leur deuxième album. Le morceau  »Leçon de vie » montre un Dany Dan plus versatile, et la où les autres couplets de l’album confirme sa main mise sur la rime qui fait mouche, charme et fait sourire, ce morceau solo montre un Dany Dan plus mature, capable de sortir un moment de l’égotrip pour un moment de réflexion et d’introspection, une pause toute personnelle sans jouer des gros sabots moralisateurs, pour mieux retomber le morceau d’après dans l’égotrip amusé dont il se délecte tant. Un art de l’égotrip qu’incarne le mieux selon lui le groupe EPMD dont chacun des quatre premiers albums demeurent à ses yeux des classiques, et qu’il rangerait dans sa valise aux côtés d »Illmatic », ou du premier album de Tribe Called Quest s’il devait partir demain sur une île déserte.

Dany Dan n’a jamais fait jusqu’içi de plans de carrières et même s’il compte bien rester micro en main aussi longtemps que le public sera demandeur, il sait d’avance que son autre passion, le dessin, son autre talent aussi, sera sa voie de reconversion un jour ou l’autre. Ou peut être se lancera t-il dans la production ou dans la création d’un label le jour où ses rimes lui paraitront moins fraîches. Que les fans se rassurent, ce n’est pas pour demain, l’album du groupe terminé, Dany Dan commence à maquetter son premier album solo qui devrait voir le jour à la fin de l’année.