[CHRONIQUE] « SOUND ANCESTORS » : LES DIAMANTS BRUTS DE MADLIB BIEN POLIS PAR FOUR TET

 

 

 

C’EST DU MADLIB TOUT CRACHÉ. MAIS COMMENT PASSR À COTÉ DE LA CONTRIBUTION DE FOUR TET DANS LE RENDU DU DISQUE AUTANT QU’AU NIVEAU DE SON EXISTENCE MÊME ?

 

C’est de notoriété publique, pour accrocher Madlib quand il passe dans votre ville, il suffit de lui proposer une soirée où il y aurait des disques rares, de la bonne bouffe et de très très bonnes bouteilles (c’est surtout valable quand Egon est dans les parages). C’est dans ce genre de circonstances que Madlib et Four Tet (avec Floating Point) se sont rencontrés il y a une vingtaine d’années à Londres. Le premier était en pleine schizophrénie artistique (Lootpack, Yesterday’s New Quintet, Jaylib etc.) et le second commençait à faire décoller sa carrière dans un univers musical plus électronique. Mais cela ne leur a pas empêché de s’apprécier et de garder contact. Un contact typique de producteurs, à distance, fait d’échanges de sons.

Quand Four Tet avait annoncé qu’il avait fait un album avec Madlib, au détour d’un live streaming au mois d’octobre, on était excité par cette fusion du meilleur de 2 mondes qui ne sont pas si éloignés que ça, en tout cas au niveau des sources d’inspiration. Le jazz, la rock psychédélique et le rare groove sont autant de musiques dont le duo raffole.

C’est d’autant plus vrai lorsqu’on apprend que cet album collaboratif « Sound Ancestors » est le fruit de plusieurs années d’échanges et pas forcément de la planification d’un projet en quelques mois. Ce qui expliquerait que le traité du disque puisse paraitre en rupture avec ce qu’a pu faire Madlib ses 2 dernières années, des projets essentiellement pour ou avec des rappeurs (Freddie Gibbs, Noname, Loyle Carne, Oh No etc.). Il n’y a guerre que le « Pardon My French » avec Karriem Riggins, sous le nom de Jahari Massamba Unit (novembre 2020), qui aurait des similitudes avec le nouvel opus. En réalité, de rupture, il n’en est pas vraiment question puisqu’il s’agit bien d’une musique partant du cerveau de Otis Jackson Jr. mais qui ne serait peut-être jamais sorti sans le concours de Kieren Hebden aka Four Tet.

 

 

 

 

Car si « Sound Ancestors » est signé officiellement de Madlib et que l’anglais y est crédité aux arrangements et au mastering (mais quand même à l’écriture de certains morceaux), Four Tet y est pour beaucoup plus que ça. En effet, à force de recevoir des sons de la part de son illustre partenaire, Hebden a eu l’idée un jour de compiler tout cela sur un disque, en faisant en sorte d’en faire quelque chose d’homogène, pouvant s’écouter de bout en bout.

Madlib n’aurait pas donné son aval tout de suite. Le producteur américain a réalisé de grands albums et les attentes des suites sont immenses (c’est le cas pour un éventuel sequel de « Madvillain » depuis la disparition de MF Doom) autant que celles des collaborations en devenir (une prod pour A-F-R-O qui a disparu ou encore le 2ème album de Black Star qu’on attend depuis 2 ans maintenant). C’est que Madlib ne promet jamais rien et ce sont les médias (y compris nous) ou quelques observateurs qui mettent toujours de l’huile sur le feu. Ce qui a néanmoins construit sa légende et la construit encore.

On imagine donc bien que lorsque Four Tet avait annoncé la collaboration, il était sur de son coup. Car le chemin a dû paraitre long pour lui, ne serait-ce que de prouver que le projet était viable. De ce que lui envoyait Madlib, il s’est attaché à les arranger aux petits oignons : allonger les bribes instrumentales pour en faire de vrais morceaux (ça dépasse rarement les 3 minutes cependant), trouver des arrangements mélodiques qui leur aillent à tous les deux et faire sonner tout cela par un brillant travail de mastering. Fort heureusement, Kieren Hebden n’est pas n’importe qui et Madlib le sait. C’est avec abnégation et talent qu’il a finalement réussi à convaincre Madlib de sortir « Sound Ancestors ».

 

 

 

 

Sur le contenu, ce serait un peu exagéré de dire que l’album s’écoute facilement d’une traite. Un « Road To The Lonely Ones » restera toujours à part car il est vraiment solaire. Ce n’est pas pour rien qu’il fût choisi pour lancer la promo en novembre. Mais le reste peut nous faire penser à la BO d’un road movie, on le concède. Un road movie accompagné par un duo basse – guitare rock des années 60 un peu partout (« Hopprock », « Dirtknock », « The Call ») qui passe par des prods hip hop très proche des années Lootpack (« Theme De Crabtree », « Riddim Chant », « One FOr Quartabê / Right Now », « Hang Out (Phone Off) ») et par des notes de jazz plutôt africaines et caribéennes (« Sound Ancestors », « Latino Negro », « Duumbiyay ») sans oublier les samples soul qui vont bien comme celui du « Think » de Lyn Collins sur « Chino ». Mention spéciale au Fender Rhodes psyché de « The New Normal ».

 

 

 

 

Vous l’aurez deviné, si nous citons l’ensemble des tracks c’est que « Sound Ancestors » est au rendez-vous de toutes nos espérances. Madlib est Madlib et on ne reviendra jamais dessus. Mais si nous avons appuyé sur la contribution de Four Tet, c’est que le rendu n’aurait pas été ce qu’il est sans son travail pour embellir les prods de son acolytes. On a beau être un artiste génialissime, cela ne sonnerait pas aussi bien si des ingénieurs son ne venaient pas assurer l’édition, les arrangements, le mixage et le mastering. Dans ce registre, Four Tet est (aussi) un orfèvre.

On en profite pour faire un big-up à tous ces métiers de l’ombre.

 

 

 

Pour le digital, on vous recommande d’acheter « Sound Ancestors » sur Bandcamp.
Pour les formats physiques, ça se passe sur le site de Rappcats.

 

 

 

 

 

TRACKLISTING :

01. There Is Not Time – Prelude
02. The Call
03. Theme De Crabtree
04. Road Of The Lonely Ones
05. Loose Goose
06. Dirtknock
07. Hopprock
08. Riddim Chant
09. Sound Ancestors
10. One For Quartabê / Right Now
11. Hang Out (Phone Off)
12. Two For 2 – For Dilla
13. Latino Negro
14. The New Normal
15. Chino
16. Duumbiyay

 

Label : Madlib Invazion
Date de sortie : 29 janvier 2021
Durée : 41 minutes