S’IL FAUT TROUVER QUELQUE CHOSE POUR NOUS CONSOLER DE CE DÉBUT DE RECONFINEMENT, C’EST BIEN CET ALBUM.

Avec l’âge, Busta Rhymes, arborant aujourd’hui 48 printemps, avait depuis longtemps doublé de volume. Mais ne se laissant pas aller pour autant, il passa beaucoup de temps à la salle pour développer une belle musculature. Un travail sur lui qui nous a fait penser à la préparation d’un grand rendez-vous : celui de son retour aux affaires depuis son dernier album de 2012 « Year of the Dragon ». Bien sûr, le rappeur n’avait jamais disparu des radars en collaborant ponctuellement avec plusieurs artistes comme Kanye West ou Anderson .Paak. Mais il nous avait tout de même laissé sur le traumatisme de son featuring avec Big Flo et Oli en 2017…

C’est l’année suivante qu’il nous avait laissé rêveur en apparaissant en studio avec Dr Dre. A l’époque, il en n’était sorti que le remix du « Bubblin » pour Anderson .Paak mais c’était déjà un bon début. L’album « Extinction Level Event 2 : The Wrath Of God » sort donc en cette année affreuse et on peut dire qu’il tombe à point nommé. Busta a toujours choisi les titres de ses albums ou de ses morceaux comme pour annoncer les désastres à venir ou pour constater qu’ils se sont produits (« The Coming », « Extinction Level Event : The Final World Front », « Anarchy », « The Big Bang » etc.). Bien que certaines de ses thématiques tournent autour du racisme, des violences policières ou encore du climat, le nouvel opus aurait pu sortir n’importe quand. Mais 2020 restera bien-sûr une année à part du fait du Covid-19, mais aussi du fait que les lignes commencent réellement à bouger au niveau sociétal aux États-Unis. Il est évident que Busta Rhymes souhaite poser sa pierre à un édifice dont les fondations sont néanmoins loin d’être consolidées.

Le lien avec l’album « Extinction Level Event : The Final World Front » de 1998 n’est en réalité que « anecdotique » en jouant la continuité du naming impactant et du storytelling. Car véritablement, on a affaire à un Busta Rhymes requinqué, nouveau : forme physique, hygiène de vie et nouveaux combats comme l’écologie. Un attitude d’Instagrameur mais qui en dit long sur un homme qui veut contrôler sa vie en montrant l’exemple. Une démarche qui se veut constructive en contraste avec l’univers visuel de l’album.

Coté son, on peut vous assurer qu’il est au rendez-vous. Ce qui est une excellente nouvelle en ce début de reconfinement en France. Busta reste le rappeur supersonique de référence mais son interprétation n’a plus le grain de folie d’antan. Les prods ne sont pas autant disruptives qu’auparavant. « Extinction Level Event 2 : The Wrath Of God » est pourtant très réussi car maitrisé.

Si, pour nous, cela avait mal commencé avec le premier extrait « The Don & The Boss » (avec comme invité le toujours emprisonné Vybz Kartel) dont on a du mal à supporter les légères essences jamaïcaines, l’ensemble du disque est super bon. Particulièrement lorsqu’il y a des invités que Busta Rhymes a voulu mettre dans leurs zones de confort via les instrumentations principalement. Dans un premier temps, on relève des samples bien choisis mais classiques comme le piano du Ahmad Jamal Trio sur l’intro (de 7 minutes) « E.L.E. 2 Intro » pour accueillir Chris Rock, Rakim et Pete Rock ; un méconnu sample de The Fantastic Goldenaires Of Rocky Mount, NC (initiative de 9th Wonder) sur « Best I Can » avec la toujours excellente Rapsody (le meilleur titre pour nous) ; le « The Thrill Is Gone (From Yesterday’s Kiss) » de Melba Moore sur « You Will Never Find Another Me » qui invite une autre diva en la personne de Mary J. Blige ; ou encore le « I’ll Be There » des Jackson 5 (idée de Nottz) sur « Look Over Your Shoulder » qui contient une des rares apparitions de Kendrick Lamar ces derniers temps.

On retiendra surtout qu’il n’a pas hésité à utiliser les samples des propres morceaux de ses guests. Une façon de leur rendre hommage et par la même de tenter de légères réinterprétation (et peut-être de mieux négocier les droits d’auteur). Par exemple, l’énorme « Ant Up » de M.O.P. sur « Czar », le découpage raté du break de « Poison » de Bell Biv Devoe sur « Outta My Mind » ou encore « Brooklyn Zoo » sur « Slow Flow » pour faire revivre son ami Ol’ Dirty Bastard.

Sur les tracks où il est en solo, le membre des Leaders Of The New School, s’est aussi réservé quelques espaces de plaisirs personnels. S’il a également déterré ses propres œuvres comme sur « True Indeed » sur lequel DJ Premier a réutilisé « Woo Hah!! Got You All In Check », il s’accorde la reprise de grands classiques de J Dilla (« Track 09 » pour « Strap Yourself Down ») ou de 24-Carat Black (« Ghetto : Misfortune’s Wealth » pour « Deep Thought »).

Au final, le disque entier nous renvoi dans notre zone de confort car tout est fait pour que l’on retrouve des repères. Du clin d’œil à l’album de 1998 et aux références musicales d’autrefois, aux guests prestigieux (dont le plus « jeune » est Kendrick Lamar), en passant par un style qui est tout sauf novateur.

Le renouveau n’était pas vraiment ce qu’on attendait de Busta Rhymes après 8 ans d’absence. L’opus arrive pourtant à nous accrocher sans jamais sentir la naphataline avec son lot de sagesse.

« Extinction Level Event 2 : The Wrath Of God » est disponible sur l’ensemble des plateformes de streaming.

TRACKLISTING :

01. E.L.E. 2 Intro (feat. Chris Rock, Rakim & Pete Rock)
02. The Purge
03. Strap Yourself Down
04. Czar (feat. M.O.P.)
05. Outta My Mind (feat. Bell Biv Devoe)
06. E.L.E. 2 The Wrath Of God (feat. Minister Louis Farrakhan)
07. Slow Flow (feat. Ol’ Dirty Bastard)
08. Don’t Go (feat. Q-Tip)
09. Boomp!
10. True Indeed
11. Master Fard Muhammad
12. YUUUU (feat. Anderson .Paak)
13. Oh No
14. The Don & The Boss (feat. Vybz Kartel)
15. Best I Can (feat. Rapsody)
16. Where I Belong (feat. Mariah Carey)
17. Deep Thought
18. The Young God Speaks
19. Look Over Your Shoulder (feat. Kendrick Lamar)
20. You Will Never Find Another Me (feat. Mary J. Blige)
21. Freedom? (feat. Nikki Grier)
22. Satanic

Label : The Conglomerate Entertainment / Empire
Date de sortie : 30 octobre 2020
Durée : 78 minutes