UN QUARTIER, NON UNE VILLE DANS LA VILLE, NON UN PAYS, NON UN MONDE DONT MUGE KNIGHT EST LE SOUVERAIN INCONTESTÉ.

On le sait, Marseille a de nombreuses facettes. La ville et ses habitants fascinent, énervent, font peur, font rire, mais ne laissent jamais indifférents. Et à l’intérieur même de la cité phocéenne, il y a des gens qui sortent du lot pour plein de raisons différentes. Muge Knight fait résolument partie de ceux-là, bien installé dans son quartier d’Endoume dans le 7ème arrondissement et dont les habitants sont historiquement d’origine italo – corse. Vous comprenez le délire ?

S’il se revendique haut et fort adepte de l’épicurisme façon boisson anisée, protéine animale bien assaisonnée et bon temps avec les « copaings », celui qu’on appelle aussi « le Muge » (du nom du poisson ou de l’expression pour désigner le sexe masculin) est surtout un rappeur vétéran (depuis la moitié des années 90). Certes un rappeur typiquement marseillais mais rappeur au combien confirmé. Un massaliote pur jus mais qui avait quand même côtoyé à ses débuts Namor de Prodige Namor, proche des parisiens de Assassin.

Le nouvel album du bonhomme s’intitule donc « Mugeland » et constitue l’essence de son Marseille à lui. Une carte postale simple, avec beaucoup de caractère mais sans chichi. Le rappeur préfère vous inviter à sa table après une grande tape dans le dos plutôt que de vous emmener boire un cocktail hors de prix au bord d’une plage privée.

Le fil rouge de l’album tourne autour d’une identité marseillaise qui disparait de plus en plus d’après lui. Non pas qu’il soit un vieux réac mais il déplore que tout soit devenu lisse sans plus trop de relief. Exactement ce qui se passe dans les grandes métropoles. En soi, le message est davantage adressé aux marseillais eux-mêmes qu’au reste du pays. Plus qu’un message, un programme politique.

Mais sous des airs légers, « Mugeland » est bel et bien un album de transition, artistique et humaine. Artistique d’abord car le rappeur bascule entièrement dans son personnage de Muge Knight, laissant définitivement derrière lui son ancien blaze de Mesrime. Bien que certains morceaux soient composés de bribes de son ancienne identité, l’album représente bien désormais cette carcasse vêtue d’un peignoir en satin, de lunettes de soleil et d’une clope au bec.

Une transition humaine ensuite. Le Muge est arrivé à l’aube de la quarantaine (il en vit aussi une deuxième comme nous tous) et cela fait bien longtemps qu’il est lucide sur son parcours ainsi que sur la mécanique du monde. Vous y ajoutez du cynisme, un peu de désenchantement, toujours de l’humour, et vous obtenez un homme encore plus authentique autant que singulier, aimant communiquer par le rap.

Résultat, on se délecte des 11 pistes du disque qui contiennent toute la bonhommie qui caractérise l’homme et le talent que caractérise l’artiste. D’ailleurs, la présence de l’armée de guests nous donne une indication de l’adhésion générale : Creestal, Just Music Beats et Corrado à la prod et DJ Djel, Swift Guad, Faf Larage, Bouga, Adikson ou encore Al Iman Staff en featuring pour n’en citer que quelques uns. On ne peut pas se tromper tous en même temps.

L’album « Mugeland » est disponible sur les plateformes habituelles : Spotify, Apple Music, Fnac et cie.

TRACKLISTING :

01. Intro
02. Mugeland (feat. DJ Djel)
03. Muge Daddy (feat. Swift Guad)
04. Rongez Nous
05. Saturday (feat. DJ Djel)
06. Crise de la Quarantaine
07. Driver (feat. Amevicious)
08. Partir (feat. Remy Womack & Appolonie)
09. Dernier Défenseur (feat. Faf Larage & Adikson)
10. Votez MC Muge (feat. Bouga)
11. Musique Vorace (feat. Al Iman Staff)

Label : Creepy Music
Date de sortie : 23 octobre 2020
Durée : 38 minutes