CE NOUVEL ALBUM NE POUVAIT PAS NOUS DÉCEVOIR TANT ON EN ATTENDAIT RIEN. ET POURTANT IL A BIEN DES QUALITÉS.

 

 

Le « clash » avec Doja Cat qui a suivi la publication du morceau « Ultra Black » cette semaine est révélateur du fossé qui se creuse constamment entre les générations du rap. Sur ce premier et seul teaser de son nouvel album « King’s Desease », Nas en avait profité pour lancer un pic à la rappeuse de 25 ans qui avait défrayé la chronique il y a quelques mois après s’être fait griller à trainer sur des forum fréquentés par des racistes. Si rien est nouveau sous le soleil entre le clan des « c’était mieux avant » et celui des « OK Boomer », beaucoup sont ceux qui ont déploré le manque d’engagement de certains très jeunes rappeurs stars, plus occupés à fanfaronner qu’à accompagner l’élan contestataire sans précédent qu’avait suscité la mort de George Floyd. Doja Cat, elle, aura choisi de riposter par un morceau et des déclarations creuses sur les réseaux sociaux. Classique des temps modernes.

 

 

Le roi du Queens est une des légendes vivantes du rap américain. Avec plus de 25 ans de carrière, Nas s’est érigé ces derniers temps, par le biais de Mass Appeal, comme un de ses bienfaiteurs en produisant des artistes, des documentaires, des films ou des événements. Des actions qui préservent la mémoire, stimulent le présent et préparent l’avenir de notre culture. A titre solo, on ne recensera pourtant que 3 albums en 12 ans, en prenant en compte ce 12ème que nous découvrons aujourd’hui.

Quoi qu’il fasse, il sera constamment ramené aux faits d’armes qui ont construit sa légende. Dans son cas, difficile de faire abstraction de ses premiers albums et particulièrement du cultissime « Illmatic ». Nas a d’ailleurs eu l’occasion d’exprimer sa lassitude vis à vis de cette comparaison qui le suit depuis toujours. Mais il faut dire que ses dernières saillies n’ont pas forcément été au rendez-vous de nos espérances, confirmant sa fâcheuse tendance à choisir de mauvais beats trop régulièrement. Le « Nasir », entièrement produit par Kanye West en 2018, n’avait pas convaincu et « The Lost Tapes 2 » de 2019 s’était avéré insipide. Le rappeur n’a pas vraiment délivré de gros tubes récents et les jeunes générations n’iront pas au-delà d’une décennie pour trouver la preuve de sa grandeur et de sa crédibilité. Les old timers dont nous font partie doivent accepter cette nouvelle règle du jeu. Il semblerait que Nas l’ait accepté au point de se sortir les doigts, de se lever après s’être repu sur son illustre passé et de poser sa couronne pour repartir au charbon. Tout cela n’est ni plus ni moins ce que l’artwork du disque illustre.

C’est peut-être pour cela que Nas est allé chercher Hit-Boy pour produire la globalité de l’album. Âgé de 33 ans, ce dernier était peut-être l’un des producteurs les mieux placés pour incarner plusieurs générations. Même s’il a beaucoup travaillé avec des références comme Kendrick Lamar, Jay Z, Kanye West, Lil Wayne ou encore Busta Rhymes, il a pu accrocher à son tableau de chasse des artistes plus récents comme A$ap Rocky, Teyana Taylor, Kid Cudi ou Khelani. Rappelons qu’il avait participé à la réalisation de « Niggas In Paris » qui même après 8 ans d’existence, continue à mettre d’accord tout le monde.

La vérité est que Hit-Boy est un ancien du GOOD Music et que forcément, son nom aurait pu être mentionné dans des discussions durant la réalisation de « Nasir ». Resté en bons termes avec le label de Kanye West, on peut aussi imaginer que le producteur ait croisé le rappeur dans les couloirs du studio. Quoi qu’il en soit, sa carrière parle d’elle – même et même une pointure comme Nas ne pouvait pas « l’ignorer » éternellement. La révélation de la collaboration date d’avril dernier lorsque Nas l’avait évoqué à l’occasion de l’événement en ligne « Hip Hop Loves New York », organisé par Mass Appeal et l’Universal Hip Hop Museum pour récolter des fonds afin d’aider le personnel soignant de la ville, à l’époque le plus gros cluster de Covid-19 aux États-Unis. Il y avait confirmé qu’un projet entre eux était en préparation. Cette déclaration venait dans la lancée de la diffusion d’un snipet du projet par Hit-Boy lors de son Verzuz contre Boi-1da.

 

 

Une fois le matelas instrumental posé, il ne restait plus au rappeur que de nous délivrer des discours au combien matures, au moment où se croisent aux États-Unis des sujets cruciaux que sont la valorisation de l’excellence noire, le racisme, les violences policières, les élections américaines, le climat, la pauvreté et quelques récits vécus comme les accusations de maltraitance de la part de son ex-femme Kelis. Un alignement des planètes qu’il ne devait pas rater en tant qu’icône de l’entertainment ricain. Pour l’y aider, Anderson .Paak, Charlie Wilson, Big Sean, Don Toliver, Lil Durk, Brucie B., Fivio Foreign, A$AP Ferg et même son ancien super groupe The Firm (composé de AZ, Foxy Brown et Cormega) sont venus lui prêter main forte. Et on n’oubliera pas la présence non créditée de Dr Dre.

« King’s Desease » ne pouvait pas nous décevoir tant on n’attendait rien de lui. Cependant, il aura pour mérite d’être cohérent et de mettre en valeur la puissance lyricale de Nas, ce que « Nasir » ne semblait pas accomplir complètement. A titre comparatif, le nouvel album ne peut être que bon. Dans l’absolue, il nous procure quand même de la satisfaction de la part d’un artiste (enfin) las de son piédestal.

 

L’album « King’s Desease » vous attend sur l’ensemble des plateformes de streaming.

 

 

TRACKLISTING :

01. King’s Disease
02. Blue Benz
03. Car #85 (feat. Charlie Wilson)
04. Ultra Black
05. 27 Summers
06. Replace Me (feat. Big Sean & Don Toliver)
07. Til the War is Won (feat. Lil Durk)
08. All Bad (feat. Anderson .Paak)
09. The Definition (feat. Brucie B.)
10. Full Circle (feat. The Firm, AZ, Foxy Brown & Cormega)
11. 10 Points
12. The Cure
13. Spicy (feat. Fivio Foreign & A$AP Ferg) – Bonus Track

Mass Appeal – Août 2020