ON DÉTESTE CE TERME MAIS « NEHRUVIAN : MY DISREGARDED THOUGHTS » EST BIEN L’ALBUM DE LA MATURITÉ.

 

 

Les premières écritures et compositions à l’âge de 13 ans, la révélation à 16 ans et l’adoubement par de grands ainés comme MF Doom en 2014 à 18 ans (sur l’EP « NehruvaiDOOM »), le premier album « Elevators Act I & II » à 22 ans. Bishop Nehru a amplement prouvé sa précocité. Dans une époque où tout va très vite, le rappeur passerait même pour un « vétéran » avec ses 7 ans de carrière. A pratiquement 24 printemps désormais, il faudrait que nous arrêtions de le considérer comme un espoir du rap. Certes il garde un teint juvénile mais il est bien conscient du monde dans lequel il vit depuis très longtemps.

Le concept de « Nerhuvia » l’accompagne depuis le début de l’adolescence. C’est une sorte d’espace, de territoire, de pays qui contient l’introspection du rappeur, des idées sombres majoritairement. On a horreur du terme « album de la maturité » mais il semblerait que ce soit le cas pour « Nehruvian : My Disregarded Thoutghts ». C’est en tout cas dans cet état d’esprit que Bishop Nehru a cherché à concevoir le disque, faisant la part belle aux sonorités d’hier et d’aujourd’hui. Bien que déjà bien mature, ses réflexions sont davantage portées sur le présent et le futur en fustigeant l’esclavage mental mais aussi la conscience du peuple noir. Désormais un homme, il est bien décidé à se comporter en tant que tel.

Si l’on intègre pas ses éléments, on ne comprendra pas pourquoi, sur le fond, les pensées sont si dispersées, sans réel fil rouge. C’est pourtant le propre des pensées, abondantes, diffuses, confuses mais puissantes. On ne comprendra pas non plus pourquoi sur la forme, la trap se mélange dorénavant au boombap dont il nous avait plus habitué jusqu’à maintenant. Sur ce point, il faut bien vivre avec son temps et il serait illusoire de cantonner l’artiste à un style peut-être dicté par la vieille génération qui l’a pris sous son aile à ses débuts.

Bishop Nehru assume pratiquement tout sur « Nehruvian : My Disregarded Thoutghts », notamment au niveau de la production, même s’il laisse quelques morceaux notamment à DJ Premier, un des premiers à l’avoir soutenu. Nous avions d’ailleurs été très critiques à propos de « Too Lost » dont nous trouvions le beat assez faiblard, ou pas assez novateur de la part du DJ de Gang Starr. Ce dernier a eu une seconde chance avec le titre d’introduction « Colder » qui nous montre un autre traité mais l’impact du légendaire producteur reste limité. Comme sur son précédent album, Nehru est pratiquement seul, sauf sur « Meathead » sur lequel apparait MF Doom et le track, révélé an avril reste à ce jour le meilleur de l’ensemble.

 

 

Si vous avez des enfants déjà grands, vous comprendrez mieux l’approche de Bishop Nehru sur ce nouvel album. Sa volonté d’évoluer (ou de coller à l’époque) passe par des mutations difficiles à accepter pour certains. « Nerhuvian : My Disregarded Thoughts » peut sembler déstabilisant comme le seraient les nouvelles envies et autres humeurs de vos adolescents à l’approche de l’âge adulte.

Il faudra un peu de temps pour savoir s’il s’agit d’une œuvre meilleure que les précédentes. La question ne devrait surement pas se poser tant le rappeur a voulu sortir des années d’adolescence musicale. Si son expérience n’est plus à remettre en cause, il souhaite aujourd’hui s’émanciper définitivement. Et c’est tout le bien qu’on lui souhaite.

Pour rappel, son concert au New Morning à Paris, prévu initialement en avril, est repoussé au 19 octobre.

 

 

L’album « Nehruvia : My Disregarded Thoughts » se trouve à peu près partout.

 

 

TRACKLISTING :

01. Colder
02. In My Zone
03. WhatDoesTheNightSkyTalk2Me?
04. Little Suzy (Be Okay)
05. Too Lost
06. Emperor
07. 3:50 in L.A.
08. OurEnergyIsAstral
09. All Of My Years
10. Meathead (feat. MF Doom)
11. Me & My Thoughts
12. Carefree Blackboy
13. Never Slow

Nehruvia – Mai 2020