UN ALBUM INSPIRÉ PAR PARIS ET DONT LES FONDATIONS ONT ÉTÉ POSÉES DANS NOTRE CAPITALE. C’EST PAS BEAU TOUT CA ?

 

 

On croit pouvoir dire qu’on a beaucoup découvert le son de Griselda et celui de ses artistes à travers les collaborations qu’ils ont pu faire avec les français, surtout les gars de Effiscienz il y a quelques années. Pas si paradoxal que ça quand on sait que les Westside Gunn, Conway et Benny The Butcher se sont très vite ouverts au rap des autres pays. C’est peut-être cela qui caractérise l’expansion du label, cette volonté d’aller toujours plus loin et de ce fait toujours plus haut. Ce qui avait commencé par un procédé à la backpackers, c’est à dire aller poser sur les prods de qui voudra, est devenu composante d’une stratégie nourrie par la prolificité au service d’un talent indéniable.

À la tête de tout ça, Alvin Worthy aka Westside Gunn, qui en une poignée d’années à révélé le rap de Buffalo dans l’état de New-York, 260 000 habitants et une équipe de football américain qui avait perdu 4 Superbowl de suite dans les années 90, un record. Là où ses deux partenaires historiques aiguisent leurs flows, il se mue en un entrepreneur redoutable dans la musique, les fringues, les produits dérivés etc. En contribuant aussi aux luttes sociales dans sa ville, il s’est même vu décerner son « Westside Gunn Day » qui depuis l’année dernière est fixé au 28 août. Les signatures chez Shady Records puis plus récemment chez Roc Nation pour un contrat de distribution ont finit par placer Griselda en haut de la montagne.

Dans ce contexte, beaucoup attendaient « Pray For Paris » comme l’album ultime, celui de la « consécration » bien que les précédents étaient déjà de haut niveau. Pour l’intéressé, il ne s’agit pas de comparer les disques mais plutôt les garder dans leurs contextes. Celui du nouvel opus est lié à notre capitale, vous l’aurez deviné, bien qu’il y ait bien une ville du même nom aux États-Unis (la fameuse bourgade au Texas du film de Wim Wenders).

Féru de mode, Westside Gunn s’était rendu à Paris en janvier pour la Fashion Week et ce fût une révélation. Tout était inspirant pour lui là-bas, les gens comme les événements. Évidemment, on parle ici de défilés de haute couture au premier rang, d’interlocuteurs prestigieux comme Virgil Abloh (qui finira par réaliser la pochette), de visites dans les beaux quartiers avec l’équipe de sécurité qui va avec, et des petites attentions pour VIP qui jalonnent le parcours. Le mec n’a vu que les choses qui brillent. Même les parisiens eux-mêmes seraient subjugués par tout cela.

Mais peu importe, Westside Gunn a adoré Paris au point de vouloir coucher ses premières inspirations sur place. Sur les 8 jours de son séjour, il a passé les 2 derniers à enregistrer au Red Bull Studios Paris, à raison de 3h de session par jour. 3 titres en sortiront avec l’aide du staff en présence : Jérôme Caron (aka Blackjoy) et Thibaut Javoy. Conçu pour être un EP au départ, « Pray For Paris » est devenu un long format une fois rentré au pays. C’est tant mieux car on n’aurait jamais eu les Joey Bada$$, Tyler The Creator, Wale, Freddie Gibbs, Roc Marciano et autres Boldy James comme invités.

 


Photo by Jérôme Caron

 

Chauvinisme oblige, on n’hésite pas à parler de « Euro Step » qui est l’un des tracks crées à Panam. L’histoire veut que le boss de Griselda, n’ayant aucune matière sur lui, tombe sur une publication sur les réseaux sociaux du producteur Beat Conductor. Le beat fût réservé 10 minutes après qu’il fût mis en ligne. Dans la foulée, Westside Gunn enregistra le tout en à peine 15 minutes. Même si cela dure seulement 2 minutes, on peut quand même parler de spontanéité. « French Touch » mérite aussi toute notre attention tant l’instrumentation de Camouflage Monk se prête à l’humeur « romantique » du patron inspiré par la ville de l’amour.

Autrement, on retiendra aussi le classieux « 327 » (toujours produit par Camouglage Monk) qui nous permet de revoir Joey Bada$$ et d’apprécier l’intervention de Tyler The Creator. « $500 Ounces » sort aussi du lot avec sa boucle soul entêtante (mais presque chiante au bout de plusieurs écoutes) et la présence de Freddie Gibbs et de Roc Marciano. On apprécie également « Claiborne Kick » qu’on imagine Boldy James (en featuring) et Alchemist (à la prod) avoir extirpé de leur récent projet « The Price of Tea in China » pour compléter la tracklist de « Pray For Paris ».

Mais malgré tout, Westside Gunn n’est jamais au plus haut de sa forme que dans le sale. Expressément quand il est rejoint dans la boue par ses comparses Conway et Benny. Les morceaux « George Bondo » et « Allah Sent Me » ne démentiront pas l’efficacité du trio.

Enfin, et s’il y a un « bémol » à tout cela, ce serait la collaboration avec DJ Premier et son éternel scratch pour le coup un peu poussiéreux sur « Shawn Vs Flair ». On préférait des prods comme celle de précédents morceaux comme « Headlines » l’année dernière. Mais c’était Preemo qui recevait, ce qui est tout à fait différent en matière de livraison de beat.

 

 

« Pray For Paris » est résolument un très bon album. On ne sait pas s’il faudrait s’aventurer à dire qu’il est meilleur qu’un « FLYGOD » ou un « Supreme Bleintele » qu’on avait adoré. L’hommage à Paris et son statut de plus en plus important sont autant d’éléments qui peuvent fausser notre jugement. Mais on ressent tout de même une grande satisfaction à l’écoute des 13 pistes.

On dira juste que le disque s’inscrit dans la volonté de Westside Gunn à avancer et à tout écraser sur son passage. Et si on suit ce résonnement, le prochain sera toujours meilleur. En attendant, on peut se contenter de cet album qui devrait marquer les esprits pour le reste de l’année.

 

 

L’album « Pray For Paris » est à se procurer les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes sur les plateformes d’usage.

 

 

TRACKLISTING :

01. 400 Millions Plus Tax
02. No Vacancy
03. George Bondo (feat. Benny The Butcher & Conway The Machine)
04. 327 (feat. Billie Essco, Joey Bada$$, Tyler The Creator)
05. French Toast (feat. Joyce Wrice & Wale)
06. Euro Step
07. Allah Sent Me (feat. Benny The Butcher & Conway The Machine)
08. $500 Ounces (feat. Freddie Gibbs & Roc Marciano)
09. Versace
10. Claiborne Kick (feat. Boldy James)
11. Shawn vs Flair
12. Party Wit Pop Smoke (feat. Keisha Plum)
13. Le Djoliba (feat. Cartier Williams)

Griselda Records – Avril 2020