LE CONFINEMENT VA AU MOINS VOUS DONNER TOUT LE TEMPS NÉCESSAIRE POUR DÉCOUVRIR LE SUCCESSEUR DU BRILLANT « DRUNK ».

 

 

Autant le dire tout de suite, le précédent album « Drunk » nous avait mis une claque tant il contenait les meilleures inspirations de Thundercat à une époque où il était au top, notamment après avoir gagné le Grammy de la meilleure collaboration sur un titre de rap pour « These Walls » de Kendrick Lamar sur l’incontournable album « To Pimp A Butterfly » de 2015. Une fois cela mis sur table, doit-on se poser la question de savoir si « It Is What It Is », qui sort aujourd’hui, est meilleur que son prédécesseur ?

C’est évidemment une fausse question. Mais sachez que le nouvel opus contient exactement les mêmes ingrédients que « Drunk ». Des variations instrumentales et rythmiques, de la soul bien profonde, de la légèreté et les clins d’œil à l’univers des jeux vidéo de temps en temps. Thundercat est un musicien et un arrangeur hors pair et il le confirme encore une fois.

Il faut plutôt chercher à savoir dans quel état d’esprit il a réalisé le disque. Et on ne peut pas dire que 2019 fût sa meilleure année à titre personnel. Tout d’abord, la mort de son meilleur ami Mac Miller en septembre 2018 a été difficile à gérer. Elle fût presque insurmontable. Ensuite, il a avoué avoir eu des problèmes d’alcool (« Drunk »…) dont il a pu se sortir plus ou moins. Des problèmes qui auraient dû l’empêcher de travailler sur « It Is What It Is » mais c’était sans compter sur le soutien de Flying Lotus, ami de 10 ans maintenant et patron de Brainfeeder, qui l’a soutenu autant psychologiquement qu’artistiquement puisqu’on le retrouve à la coproduction.

Thundercat reste égal à lui-même, vivant dans ce monde fantasque et infantile qu’il a construit toutes ces années. Mais sont écriture et sa composition restent pointus. Le titre et les thèmes de l’album nous rappellent que personne ne peut anticiper ce qui arrive dans la vie, qu’il faut s’y faire et comme lui, en parler avec légèreté. C’est ce qu’il appelle « raconter la réalité en plaisantant ». Ces moments de « récréation » sont matérialisés par les morceaux inspirés par les jeux vidéo dont on sait qu’il est un grand amateur. Lui qui considère que la musique est trop souvent bâclée dans le gaming, s’amuse à composer ses propres bandes originales. « Miguel’s Happy Dance » et « How Sway » sont de ceux-là.

 

 

Il y a aussi les moments plus solennels comme sur « Fair Chance », son hommage à Mac Miller sur lequel même les invités Ty Dolla $ign et Lil B se sont mis au diapason pour ne pas réveiller la mamie qui dort. Il y a aussi « It Is What It Is », morceau qui clôture l’album avec mélancolie et dans lequel le bassiste Thundercat et le guitariste Pedro Martins se donnent le change à l’aide principalement leurs instruments respectifs.

Et que dire des quelques instants de grâce dont l’artiste est coutumier. Des morceaux quasi – instrumentaux sur lesquels il ne fait que déposer ses chantonnements. A commencer par l’intro « Lost in Space / Great Scott / 22-26 » qui pose bien l’état d’esprit où il se trouve à l’aube de ce nouvel opus : le sentiment d’être perdu tout après avoir reçu de plein fouet les événements de la vie (tout le monde aura reconnu le « Great Scott » du film « Back To The Future »). On retient également « Innerstellar Love » qui est un superbe morceau de jazz, et l’introspectif « How I Feel ».

Pour le reste, on retrouve le bon vieux groove tiré des plus belles années de la soul d’hier et d’aujourd’hui. « Black Qualls » sonne époque Ohio Players (avec le brillant Steve Lacy, le batteur légendaire Steve Arrington et Childish Gambino). « Dragonball Durag » est pratiquement un copier – coller du « Show Me The Way » du précédent album (une des raisons pour lesquelles on avait kiffé le disque). « King of The Hill » est lui, de bonne facture.

 

 

 

Thundercat n’a rien apporté de plus à qu’il ne sait déjà faire. Sa musique reste complexe mais elle s’écoute sans qu’on ait à se torturer le cerveau. Au contraire, il a cette capacité à nous faire lâcher prise. Avec « It Is What It Is », on découvre peut-être plus l’homme et ses sentiments derrière la musique. On comprend mieux cette philosophie du paraitre léger même quand on est triste, ce choix de vivre plutôt que s’éteindre. C’est ce qu’on retiendra de ce disque qu’on vous recommande.

Ce qu’on vous recommande aussi, c’est de prendre les dernières places pour son concert parisien qui a été décalé au 10 octobre toujours à l’Élysée Montmartre (les places achetées pour le 15 avril restent valables).

 

 

L’album « It Is What It Is » est désormais disponible à la vente en physique et en digital.

 

 

TRACKLISTING :

01. Lost in Space / Great Scott / 22-26
02. Innerstellar Love
03. I Love Louis Cole (feat. Louis Cole)
04. Black Qualls (feat. Steve Lacy, Steve Arrington & Childish Gambino)
05. Miguel’s Happy Dance
06. How Sway
07. Funny Thing
08. Overseas (feat. Zach Fox)
09. Dragonball Durag
10. How I Feel
11. King of The Hill
12. Unrequited Love
13. Fair Chance (feat. Ty Dolla $ign & Lil B)
14. Existential Dreads
15. It Is What It Is (feat. Pedro Martins)

Brainfeeder – Avril 2020